L. Laxdouzy. — Progrès médical, 1880, Novembre, p
2. Cochet. — Contribution à 1 étude des injections hypodermiques. Thèse^ Paris, 1883.
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du sang en dépit d’une liémostase bien conduite, était en état subintrant de lipothymie, avec pouls insensible. N’ayant pas autre chose sous la main, je fis à la base du moignon une injection sous-cutanée d’un centimètre cube d’une solution morphinée au cinquantième. Presque immédiatement l’hémorragie s’arrêta, le pouls se releva, et, sans que les pupilles se rétrécissent, les défaillances ne reparurent plus chez cette enfant qui était en état de mort apparente. Les suites de l’opération furent bonnes et la cicatrisation de la plaie se fit sans incident.
J’avais compté, en intervenant chez cette enfant moribonde par ma piqûre, autant sur la série des actes d’incitations réflexes auxquels je faisais tout à l’heure allusion, que sur la petite quantité de morphine contenue dans mon injection.
Quel que soit le mode d’interprétation auquel vous vous arrêtiez pour comprendre les effets remontants, éphémères ou durables, de la sérothérapie minima, apprenez qu’empiriquement, vous ne pourriez souvent mieux faire que d’y recourir chez les neurasthéniques, qui, vous le savez, sont légion. L’injection de sérum leur est, d’ordinaire, très secourable, très réconfortante, quelles que soient les modalités symptomatiques de leur insuffisance nerveuse. Et c’est ainsi qu’il m’arrive souvent, aussi bien à l’hôpital qu’en ville et dans mon cabinet, de calmer tout ou partie des phénomènes douloureux, d’amender tout ou partie des troubles fonctionnels pour lesquels consultent les névropathes.
Ne l’oubliez pas, INIessieurs, par la sérothérapie minima, souvent vous soulagerez, vous calmerez — je dis souvent, parce qu’il n’existe pas de médications infaillibles — tels de vos neurasthéniques, telles de vos hystériques, en proie à des accès de palpitations, à des crises d’étouffements, de hoquets, de bâillements, de fou rire ; en proie à ces états d’angoisse si pénibles, qui font que les malades ont peur de mourir ; en proie à des crises de vertige ; en proie à ces accès de frayeur irréfléchie et indéterminée, qui les font ne pas vouloir rester seules.
Par la sérothérapie minima, il vous arrivera encore de jiouvoir ragaillardir certains de vos malades tellement asthéniques que, toute énergie morale les abandonnant, vous les trouviez incapables de toute esjiècc de pensée, d’effort et de volonté. Souvent, à ces malades, dont vous A^errez le nombre croître tous les jours, la sérothérapie minima servira de viati([ue, de cordial, et votre injection apportera le meilleur des réconforts immédiats.
Ces soulagements, ce mieux-être que a'ous donnerez si souA’ent à toute une catégorie de malades, aA^ec des injections de 2 grammes de
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sériiiu artificiel, aussi liien que l’indolence et la béatitude que procurent (dans les premiers temps au moins) les piqûres de morphine, expliquent que les injections sous-cutanées soient entrées tant et si vite dans les habitudes médii'ales, et qu’elles commencent à entrer dans les mœurs des malades. Les choses sont arrivées, laissez-moi vous le dire en passant, à un degré tel, de part et d’autre, qu’elles sont en train de passer la mesure ; que, bientôt, une réaction deviendra nécessaire. La laute en cet excès n’est pas tout entière aux malades, dont le droit est de chercher partout du soulagement; la faute en est aussi aux médecins, chez lesquels la sérothérapie, comme les injections de morphine, fa\'orise lin tantinet cette paresse inhérente à l’esprit humain, qui les porte si facilement à préférer les médications réflexes aux médications réflé- (diies. Il est si commode, il est si agréable de se servir, en toutes occasions, d’un procédé uniforme, qui nous évite ce petit effort consistant à faire un choix réfléchi parmi les divers modes d’administrafion d’un même médicament !
Ne m’en veuillez pas. Messieurs, si — nous sommes entre nous, nous pouvons bien nous dire nos vérités — je fais ici, à haute voix, l’examen de conscience de toute une légion de thérapeutes. Combien de médecins, vous me le concéderez, une fois qu’ils ont appris que, par la sérothérapie on pouvait vivifier, réconforter, tonifier certains malades, comme par la morphine on pouvait calmer la douleur; combien, dis-je, de médecins ne vont-ils pas s'abonner au maniement de ces deux armes qu’ils emploieront presque exclusivement, imperturbablement, en tous temps, en tous lieux, en toutes circonstances, visant exclusivement le symptôme ou l’entité morbide, et non plus la personnalité du malade ? Pour ces médecins, soucieux de réconforter et de calmer leurs clients, c’en est fini, en dehors de la sérothérapie, de l’étude et de l’application des médications toniques et des médications calmantes. Pour eux, les indications des préparations martiales, arsenicales, quiniques, strychninées, ne sont plus en question : la sérothérapie n’est même pas un succédané, elle devient la niédication tonifiante par excellence. De même, ils méconnaissent la série des analgésiques : ils vont droit à la morphine ; les indications et contre-indications thérapeutiques ne se posent même plus : douleur il y a, morphine il y aura. La médication devient réflexe ; mathématiquement en quelque sorte, le remède s’est trouvé superposé au mal !
N’allez pas. Messieurs, vous autoriser de ce que je vous dis Là pour vous imaginer que je veux plaider contre la méthode hypodermique — mes paroles seraient en désaccord avec mes pensées et mes actes — mais, je ne puis pas ne pas saisir une occasion de prémunir les jeunes
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générations médicales contre rengonement exclusif qn’on semble marquer pour les injections hypodermiques.
Ce n’est pas le moment, pour moi, de faire un parallèle entre la méthode hypodermique et telles autres manières d’introduire dans l’organisme des agents médicamenteux : nous reviendrons sur ce point, plus important que vous ne sauriez vous l’imaginer, quand, traitant de l’opothérapie, je discuterai la meilleure manière d’ordonnancer les extraits d’organes à sécrétion récrémentitielle. Mais, suivant mon habitude de prendre mon bien où je le trouve et de saisir tontes occasions que je rencontre de penser thérapeutiquement devant vous, je veux. Messieurs , m’autoriser de la parenthèse que j’ai cru devoir ouvrir à propos des injections hypodermiques et de la thérapeutique réflexe qu’elles favorisent, je veux m’autoriser, dis-je, de cette parenthèse, pour vous prémunir contre certaine tendance avec laquelle trop de médecins se laissent aller à pratiquer des piqûres de morphine.
C’est là un sujet sur lequel je reviens à satiété, à l’hôpital plus encore qu’ici, mais sur lequel on ne saurait trop s’appesantir.
Je ne vise pas les cas nombreux dans lesquels le malade s’est acheminé vers la morphinomanie, grâce à la trop grande complaisance de son médecin ; je me propose exclusivement de viser les cas où, appelé pour des phénomènes douloureux, tels que névralgies intercostales, fulgurations tabétiques, coliques hépatique ou néphrétique, etc., etc., ou encore pour des crises d’étoufTements, accès d’asthme vrai ou symptomatique, cédant mi-partie aux injonctions des malades, mi-partie à des habitudes de thérapeutique réflexe — entretenues malheureusement par vos Mémorials thérapeutiques — le médecin remplit, d’emblée et exclusivement^ l’indication antidonlourense on eupnéiqne. Sans autre considération, sans autre préoccupation, que celles de la douleur ou de l’étouHement, sans autre souci que celui des plaintes ou de la dyspnée de son malade, il se laisse aller à intervenir d’emblée par une injection de morphine.
Et c’est comme cela qu’il est arrivé trop souvent, INIessieurs, que le médecin, visant seulement le symptôme, méconnut les contre-indications de son intervention; que, victime de ses actes réflexes et non réfléchis, négligeant de faire complète connaissance avec son malade, agissant symptomatiquement et non pathogéniquement , il changeât un état sérieux en un état menaçant et précipitât la mort ! C’est qu’il n’avait rempli, sans la raisonner, qu’une seule des indications thérajientiques, et que l’absence de raisonnement aboutissait, dans l’espèce, à une indication fautive, puisque toutes les données dn problème n’avaient point été dégagées ; il avait omis, par exemple, comme je l’ai vu récemment
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chez un malade atteint de zona très douloureux, de s’enquérir du fonctionnement des reins et avait ainsi méconnu une albuminurie latente ; ou bien, appelé en hâte auprès d’un vieillard ^ — ancien asthmatique chez lequel la cinquantaine avait vu disparaître les accès ■ — en proie à une crise de dyspnée, qualifiée par la famille de réveil de l’ancienne infirmité, négligeant toute enquête sur l’état immédiat de son malade, il n’avait pas songé à faire de diagnostic diflerentiel ; ou bien encore, il ne s’était point informé du régime urinaire de son client, de la quantité ni de la qualité de ses urines, n’avait point regardé les pupilles, n’avait point songé à la possibilité d’une attaque d’urémie à forme dyspnéique.
Je pourrais multiplier les faits de ce genre ; qu’il me suffise de vous dire que les cas de mort hâtée ou provoquée par des injections de morphine, réclamées par un symptôme éclatant, contre-indiquées par des états organiques latents, sont fréquents, beaucoup plus fréquents qu’on ne pense.
Puisque, ^Messieurs, nous sommes en train, à propos de médecine vécue, à propos de thérapeutique plus ou moins bien appliquée, de nous faire des confidences sur certains points de pratique médicale, qui, parfois, peuvent laisser à désirer, permettez-moi de vous dire, qu’en dépit de tous enseignements, cette question de l’examen des urines est encore très loin de prendre, dans les préoccupations du médecin, la place qu’elle devrait avoir. Jamais, entendez-vous bien, un médechi en quête d’entreprises thérapeutiques quelconques , si anodines même qu’elles puissent paraître, ne devrait agir qu’après informations pleines et entières sur les urines de son malade. Si je dis jamais, c’est que., sur ce chapitre, il n’y a rien d’indilïerent, et que la notion exacte de l’étiage urinaire, aussi bien que de la qualité des urines, importe a la thérapeutique autant qu’au pronostic, infiniment plus qu’au diagnostic des maladies.
A force d’étre répétée, cette vérité risque de paraître banale ; eh bien, sachez que, si la recommandation est banale, elle n’est point inutile. Ceux des praticiens qui font ce qu’on appelle la consultation ne me contrediront point quand j’afllrmerai — dût la chose vraie paraître invraisemblable ou exagérée — que, très souvent encore, des malades traités pour des affections aiguës, subaiguës ou chroniques, sont l’objet d’entreprises thérapeutiques militantes, hardies, perturbatrices, sans qu’à aucun moment de son intervention leur médecin ait pris soin d’établir le bilan urinaire, sans que, depuis de longs mois, sans que, depuis plusieurs années, les urines aient été examinées! Il n’y a pas de semaines, qu’en mon cabinet, je ne sois à même de faire pareille constatation.
Et cependant, sans la notion du coefficient urinaire (quantitatif et
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qualitatif) de son malade, le thérapeute marche à l’aveugle ; il ne peut sciemment choisir parmi les médications ; il risque une prescription dont la portée et les conséquences lui échappent, puisqu’il est ignorant des qualités de la dépuration urinaire, puisqu’il ne peut savoir si sa médication, bienfaisante en temps normal, ne devient pas, dans l’espèce, offensive. C’est faute de renseignements sur ce point qu’il arrive tous les jours qu’une prescription, bonne en elle-même, devienne nocive, soit que le médicament, ne s’éliminant pas, devienne toxique, soit que les effets physiologiques produits deviennent offensants, du fait de l’imperméabilité urinaire. Je pourrais, à ce propos, vous citer maintes intoxications produites par la digitale, par les opiacés, par le salicylate de soude, chez des néjihrétiques méconnus. De même, je pourrais évoquer le souvenir de maints désastres (hémorragie cérébrale par exemple) provoqués chez des artério-scléreux chez lesquels une médication non dosée, produisant brusquement une hausse dans la tension vasculaire, aboutit à des congestions ou à des hémorragies cérébrales, alors que le médecin, avant d’intervenir, n’a pas pris soin de s’assurer que la perméabilité rénale maintiendrait les canaux sanguins à l’étiage physiologique, en même temps qu’elle assurerait l’élimination des toxines exogènes, endogènes et médicamenteuses ; c’est encore l’histoire de vieillards c|u’un tamponnement émérite des fosses nasales tue, en vingtquatre heures, d’une hémorragie cérébrale que l’abondante épistaxis allait faire éviter ; c’est l’histoire des artério-scléreux que la digitale met parfois en état d’apoplexie séreuse, de certains néphrétiques qu’une préparation opiacée empêche de dormir ; c’est l’histoire enfin de certains insuffisants rénaux qu’une piqûre de morphine met en collapsus, etc., etc.
Nous aurons, du reste, tout à l’heure, l’occasion de revenir sur ce sujet, quand, vous parlant des injections de sérum artificiel massives, hypodermiques ou intraveineuses, je vous montrerai que c’est dans l’examen de la fonction rénale que vous puiserez les indications ou les contre-indications de l’emploi exclusif de cette méthode.
J’en ai fini. Messieurs, avec ces avertissements dont, un jour, vous reconnaîtrez le bien fondé, quand votre pratique vous aura montré dans la plupart des médications actives, notamment dans les injections de morphine, une arme qui peut être à deux tranchants. Si j’ai cru cette digression nécessaire, c’est, d’une jiart, que, témoin de nombre d’accidents (fort heureusement pas toujours mortels) dus à l’emploi réflexe de la morphine, j’ai voulu vous mettre en garde contre vous-mêmes et contre les sollicitations de tant de malades qui ne veulent pas souffrir, c’est, d’autre part, que, pour vous apprendre la thérapeutique, je veux faire le [ilus possilde mon enseignement pratique, m’elforçant de saisir,
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chaque fois que je les trouve, les occasions de vous montrer les médications avec leurs avantages, leurs difficultés, leurs inconvénients et leurs dangers.
Ceci dit, j’en reviens. Messieurs, aux injections minima de sérum artificiel et à leur mode d’emploi, non plus cette fois comme stimulant, comme viatique instantané, non plus comme médication nervine mise au service de vos neurasthéniques, de vos malades déprimés, dont vous pouvez ainsi, séance tenante, modifier la vitalité organique et fonctionnelle, mais comme médication reconstituante, susceptible d’apporter, dans la réfection dyscrasique des malades, son coefficient dynamogénisant autant qu’humoral. Je vise ici les injections hypodermiques que vous ferez avec avantages, à la dose de lo, 20 ou 4® grammes, une ou deux fois par semaine, chez des sujets mis, par une maladie longue, par une néoplasie, par une tuberculose torpide, par une inflammation subaiguë diffuse du bassin, par des suppurations intarissables, etc., etc., en état d’anémie marquée ou de cachexie profonde.
Dans ces cas, il vous est possible de remonter, de tonifier vos malades, de relever leurs forces, comme on dit, de les aider à se rétablir ; il vous apparaîtra clairement que votre injection avive chez eux les activités organiques et fonctionnelles, tant locales que générales. C’est par la vitalité imprimée aux activités des échanges intra et extracellulaires, aux mouvements osmotiques, aux activités phagocytaires, aux réactions nerveuses vasculaires et sécrétoires, que vous aiderez à la résolution de certains engorgements inflammatoires, notamment à la guérison de certains états fluxionnaires intrapelviens interminables, dont la thérapeutique purement médicale peut, dans certains cas, venir à bout par ses seules ressources. Il est incontestable qu’il nous arrive — quelle que soit, du reste, la destinée ultérieure de certains de ces engorgements périutérins — d’apporter, parla sérothérapie, à toute une catégorie de malades, contre l’élément douleur et contre l’élément anémie, un soulagement et une amélioration que ne leur avait procurés, aussi bien et aussi vite, aucune des autres médications employées.
Après tout ce que je vous ai dit au début de cette leçon, après l’essai d’interprétation physiologique que je vous ai donnée du mode d’action de la sérothérapie minima, j’imagine. Messieurs, que je n’ai plus grand’ chose à ajouter, pour que vous puissiez analyser le mécanisme par lequel des injections hypodermiques de 10 ou de 20 grammes transforment l’état local d’un malade, changent sa statique et sa dynamique générales, et, en dernière analyse, modifient son état dyscrasique.
Ai-je besoin de revenir sur des choses déjà dites, ai-je besoin de
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retenir vos pensées sur la considération de toute la série d’actes, de mouvements, d’échanges, d’absorptions et d’excrétions cellulaires, qui, pour avoir d’abord été provoqués au centre d’un territoire d’apparence circonscrit, dans une province anatomiquement dénommée, ne pouvaient rester limités aux frontières purement virtuelles de cette province ? i\e savez-vous pas, qu’en matière de nutrition intime et de dynamisme cellulaires, tout est continuité dans notre fédération organique ? Ne savez-vous pas que le travail physique, mécanique, thermique, électrique, que le travail chimique, produit au point injecté, n’y reste pas confiné ? Ne savez-vous pas que le point percuté par l’injection devient centre d’une infinité d’actes réflexes qui, se résolvant en incitations vasomotrices, aboutissent à des modalités nutritives dont la répercussion se fera aux quatre coins de l’horizon. Comprenez-vous comment la vitalité générale va désormais évoluer sur un nouveau mode ; comment les actes organiques et fonctionnels vont marcher à une allure différente ; comment le dynamisme et l’humorisme importés, pour si petits qu’ils apparaissent, vont aboutir à des rénovations organiques et fonctionnelles, autant qu’à des activités nutritives changées ? Comprenezvous comment les activités cellulaires provinciales, statiquement et dynamiquement transformées, vont engendrer tout un consensus statique, humoral, dynamique, fonctionnel, aboutissant à la reconstitution d’un malade, qui, suivant l’expression, aussi véridique qu’imagée des gens du monde, finit par faire « peau neuve » ?
Pour important que soit le rôle de la sérothérapie minima dans le traitement des états pathologiques que je viens de vous dire, pour nombreux que soient les malades qui vous paraîtront justiciables de vos injections de sérum à doses petites, sachez. Messieurs, que nous n’avons eiH'ore étudié qu’une des phases de la question.
T..a sérothérapie artificielle, vous disais-je en commençant, mérite de prendre place parmi les grandes médications ; c’est que, faite non plus a doses petites, mais à doses grandes, à doses massives, par injections hypodermiques ou intraveineuses, elle trouve son emploi tout indiqué, non seulement dans le traitement du collapsus postopératoire et de l’agonie posthémorragique, mais encore dans la cure des infections médicales et chirurgicales, dans la cure des intoxications endogènes ou exogènes. Ce sont ces injections massives de sérum artificiel que nous étudierons dans la jirochaine leçon, sous le nom de sérothérapie artificielle ma.vima, ou de transfusion séreuse.
VINGT-TROISIÈME LEÇON
SÉROTHÉRAPIE ARTIFICIELLE
— SUITE
Injections de sérums artificiels à doses massives : transfusions séreuses.
Ces injections vont à l'encontre de la déplétion vasculaire et de la dépression nerveuse ; elles excitent les activités cellulaires, les fonctions viscérales, spécialement la diurèse ; elles apportent une irrigation de l’économie quantitativement et cpialitativement autre, d’où résultent des modifications organiques, dynamiques et fonctionnelles ;|
Leurs indications visent l’hypotension vasculaire et nerveuse ; viciations humorales; lavage du sang.
Emploi des injections à doses massives : dans le collapsus nerveux résultant du choc émotionnel, traumatique, opératoire; dans la déplétion vasculaire rapide ou subite (collapsus hémorragique) consécutive aux blessures, aux opérations, aux accouchements, aux affections médicales hémorragipares.
Dans la dernière leçon, Messieurs, après vous avoir montré tout le parti que vous pouviez tirer de la sérothérapie miiiima, c’est-à-dire des injections hypodermiques de sérum artificiel à doses petites, je vous disais que la sérothérapie artificielle comprenait bien d’autres indications dans lesquelles elle faisait merveille. En parlant ainsi, je visais l’emploi du sérum à doses massives (plusieurs centaines de grammes en une fois, plusieurs milliers de grammes en une journée), en injections hypodermiques ou intraveineuses ; et, quand je vous aurai montré à combien d’indications répond la méthode des injections salines massives ou transfusions séreuses, vous comprendrez qu’il n’y a rien d’exagéré à compter, comme je le fais, la sérothérapie artificielle parmi les meilleures de nos grandes médications.
Les injections salines massives se font sous la peau ou dans la veine, suivant une technique des plus simples, que je vous enseignerai tout à l’heure, quand, à propos de chacune des indications de la méthode, je
Sérothérapie. Opothérapie. 2!)
VINGT-TROISIEME LEÇON
VOUS aurai dit lequel des deux procédés (hypodermique ou intraveineux) sera, dans chacun des cas particuliers, mis en œuvre par choix ou par nécessité. Vous verrez que la chose a son importance; vous verrez que le procédé varie non seulement avec les résultats que vous attendez de votre injection, mais encore et surtout avec l’état du malade ; la clinique vous montrera que tel patient, merveilleusement réconforté par une injection hypodermique, risque parfois d’être desservi par une injection intraveineuse, et vice versa^ alors même que vous injectez des doses égales de sérum.
Vous vous servirez soit du sérum de Ilayem, soit du sérum chirurgical dont je vous rappelle la formule :
Eau bouillie .
Chlorure de sodium
Ce sérum, dont l’emploi tend à devenir, sinon exclusif, du moins presque général, n’est qu’une solution de sel marin, n’est que de l’eau salée : c’est de l’eau filtrée et bouillie, tenant en solution du chlorure de sodium, d’où notre manière abréviative de parler quand nous désignons, sous le terme d’injections salées ou injections d’eau salée, les injections que nous faisons avec le chlorure de sodium mélangé à d’autres sels, aussi bien que la méthode tout entière. Le vocable, injection salée, devient, dans la pratique, synonyme d’injection saline, de transfusion séreuse, de sérothérapie artificielle maxima, et aussi de*ce que l’on a appelé, peut-être à tort, lavage du sang, hématocatharsise.
A proprement parler, cette expression, injection d’eau salée, ne devrait s’appliquer qu’au sérum chirurgical ; elle ne devrait pas s’appli- (pier au sérum de Hayem, puisque vous savez que ce dernier sérum renferme, en plus du chlorure de sodium, du sulfate de soude. L’expression propre pour désigner le sérum de Hayem serait injection saline, et non point, comme l’écrivent certains auteurs, injections salées.
Vous savez pourquoi, dans vos formulaires, le sérum artificiel, l’injection d’eau salée, l’injection faite purement d’une solution de chlorure de sodium, porte le nom de sérum chirurgical ? C’est que, jusqu’à ces derniers temps, les injections massives • — qu’on faisait presque exclusivement intraveineuses — n’étaient guère usitées qu’en chirurgie, ([uoiqu’elles aient été inventées et faites d’abord en médecine, sur des cholériques.
Mais, depuis ces années dernières, les choses ont bien changé sur ce point comme sur tant d’autres, et les injections d’eau salée, que nous ne voyions naguère employées que rarement, ont pénétré dans la pra-
I ooo grammes.
SEROTHERAPIE ARTIFICIELLE
tique quasi journalière et font en quelque sorte partie des médications courantes.
A voir le train que les injections salines mènent aujourd’hui dans la thérapeutique médico-chirurgicale, certains d’entre vous, Messieurs, pourraient croire la méthode nouvelle : ceux-là se tromperaient étrangement. Ce qui est nouveau, c’est cette extension que nous avons donnée à la médication ; c’est le grand nombre d’applications que nous lui trouvons ; c’est encore, et surtout, ce fait que nous recourons, par choix ^ aux injections hypodermiques plus souvent et plus largement que ne le faisaient nos devanciers.
Je ne voudrais pas vous faire ici l’historique des injections salines en théi’apeutique, je ne voudrais point étudier la médication à ses débuts, et la suivre jusqu’à aujourd’hui ; cela m’entraînerait trop loin, ce serait trente ans d’histoire (pourtant fort instructive) de la Thérapeutique, qu’il me faudrait vous relater.
Je devrais remonter aux injections intraveineuses acidulées de Jœniker de Moscou, faites, en i83o, à des cholériques, sur le conseil d’Hermann ; aux injections intraveineuses salines de plusieurs milliers de grammes, qu’en i832, le médecin écossais Latta faisait à des cholériques dont il voulait, lui aussi, en vertu d’idées humorales plus justes que celles du chimiste moscovite, changer la constitution sanguine.
Cette pratique de Latta, presque oubliée, aussi bien en Ecosse qu’en France, fut reprise par le professeur Hayem, qui, dès 1873, proposa de traiter les cholériques en leur injectant dans le système veineux de grandes quantités d’un liquide dont la composition, se rapprochant de celle du sérum sanguin, ne pouvait altérer les globules du sang.
11 se servit d’abord d’une simple solution de chlorure de sodium à 5 ou 6 pour 1000; puis, à cette formule il substitua la suivante:
Sulfate de soude 10 grammes.
(dilorure de sodium 5
Eau distillée bouillie t 000 —
dont l’emploi est devenu, vous le savez, courant sous le nom de sérum de Hayem.
Mon collègue se proposait, par ses injections, de restituer à l’organisme une certaine partie du liquide que les cholériques perdent en si grande abondance par leurs évacuations alvines, et de remédier ainsi à la déshydratation du sang et des tissus *. Vous savez combien les