L. Lwdouzy. — Revue de Médecine, 1880, p
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appris à rapporter à sa véritable origine ? Que de tuberculoses frustes (à commencer par le lupus, par certaines gommes cutanées, à continuer par la scrofule, par la pleurésie a frigore, par certaine's sténoses mitrales et la chlorose vraisemblablement) ont été longues à se faire reconnaître ! C’est que nous étions encore dominés par la considération trop exclusive de ne pouvoir reconnaître tuberculeux que ceux des états pathologiques dans lesquels se montrait le nodule spécifique de Laennec.
N’est-ce pas en vertu de ces conceptions exclusives, qui dataient d’un autre âge (de l’âge où étaient inconnues et la tuberculose histologique et la tuberculose bacillaire), que nous avons eu tant de peine à faire accepter comme tuberculeux : les pleurétiques a frigore, certains bébés athrepsiques, tuberculeux et tuberculineux sans en avoir l’apparence symptomatique, certains typhiques qu’on traitait autrefois comme dothiénentériques et que j’ai montré être atteints de fièvre typhoïde bacillaire prétuberculeuse.
Eh bien ! la distance symptomatique et les différences anatomo-pathologiques qui séparent certains pleurétiques, certains bébés athrepsiques, certains typhoïdiques bacillaires prétuberculeux, de la tuberculose pleurale grossière, de la tuberculose infantile classique et de la fièvre typhoïde éberthienne, je les retrouve chez les asthmatiques qui ne sentent la tuberculose pulmonaire que de très loin.
Quoi d’étonnant, après tout, à ce qu’une épine de tuberculose atténuée, à évolution spéciale, fasse d’un nerveux un asthmatic{ue, et conditionne ses accès à la faveur de causes occasionnelles surajoutées : fatigues, émotions, excitations pharyngées, bronchiques, gastriques, etc. ?
Le terrain sur lequel apparaît d’ordinaire l’asthme, expliquerait en partie l’évolution si torpide et la symptomatologie si spéciale de la bacillose. Ce sont, en effet, les neuro-arthritiques les plus authentiques qui frayent avec l’asthme vrai, ce sont les neuro-arthritiques qui, touchés par une épine tuberculeuse pulmonaire, font de l’asthme. Eclosant chez eux, la tuberculose aboutit à l’appareil dyspnéique convulsif qui fait entrer certains arthritiques néotuberculeux dans la catégorie des asthmatiques.
Pour qui voudra bien y réfléchir, cette évolution torpide fruste de la tuberculose n’a, à tout prendre, rien d’extraordinaire. Ne savons-nous pas combien les neurasthéniques, combien les arthritiques sclérogénisants vivent d’ordinaire en quasi-santé avec leurs servitudes tuberculeuses, quelle que soit, du reste, la localisation de celles-ci ? Ne connaissons-nous pas les pronostics moins sombres à porter chez toutes les jeunes femmes, névropathiques et neurasthéniques renforcées, dont les
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phtisies, marchant avec une extrême lenteur, tendant plutôt à se circonscrire qu’à diffuser, les fatiguent par les accès de toux et de dyspnée plus que par la fièvre, la tuberculose se montrant chez elles remarquablement peu infectieuse ? Est-ce que Pidoux, déjà, ne nous avait pas appris à compter avec la marche spécialement lente et originale de la tuberculose chez les asthmatiques ?
Qu’on ne vienne pas m’olijecter que, si tel asthmatique avéré, après une carrière bien remplie d’accès d’asthme, s’est formellement révélé tulierculeux, qu’on ne vienne pas me dire que cela tient à ce que la contagion s’est abattue sur lui et l’a fait tuberculeux, quoique ou parce que asthmatique.
Cette objection, ne me l’a-t-on pas faite à propos des pleurétiques a frigore qu’on me disait devenir tuberculeux six mois, deux ans, cinq ans après leur pleurite, sous prétexte que celle-ci les avait mis en infériorité respiratoire et en opportunité morbide pulmonaire ? Alors que je disais les ex-pleurétiques continuer simplement à être tuberculeux, on les prétendait néotuberculeux ; alors qu’on m’objectait que la tuberculose venait se greffer sur la pleurésie, je déclarais au contraire mes malades tuberculeux, après comme pendant leur pleurésie.
Je pense qu’il en est ainsi, d’ordinaire, pour l’asthme vrai, et, sans méconnaître en rien le rôle que la dyscrasie, spéciale aux neuro-arthritiques, peut jouer dans l’apparition de la névrose pulmonaire, j’estime qu’une épine tuberculeuse y prend une place prépondérante, ne seraitce qu’à titre fixateur.
Toute l’histoire de maints asthmatiques réclame contre cette conception étroite que la nosographie classique nous donne de l’asthme vrai ; je crois que, de ce côté, la révision est au moins nécessaire, et que la tuberculine passant sur maints asthmatiques pourrait bien nous apporter autant de révélations que de surprises.
D’autant que nous savons tous comliien est chose délicate le diagnostic d’un noyau d’infiltration commençante chez les asthmatiques dont un certain degré d’emphysème, commensal obligé de l’asthme, vient gêner l’examen par la percussion et par l’auscultation.
Cette année encore, j’ai pu, dans mon cabinet, suivre l’histoire de trois arthritiques avérés, un homme et deux femmes, dont le dossier arthritique était absolument complet (épistaxis de l’enfance, métrorragies, migraines, hémorrhoïdes, camptodactylie, etc., etc.,) et qui, considérés par des maîtres comme asthmatiques vrais, étaient atteints de tuberculose du sommet.
Chez ces trois consultants, la tuberculose unilatérale, étroitement circonscrite, n'ayant jamais allumé de fièvre ni donné lieu à quelque
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symptomatologie infectieuse, provoquait, de loin en loin, quelque peu d’expectoration ; de nombreux examens des crachats avaient, une fois seulement, signalé de rares bacilles. Chez ces trois asthmatiques dont j’évoque spécialement aujourd’hui le souvenir — parce que ce sont les derniers qui se sont présentés à moi — la tuberculose ne put être décelée (sommet droit chez deux des malades, sommet gauche chez la troisième) qu’après une percussion très délicate et l’auscultation minutieuse de la respiration, de la voix et de la toux, sans entraîner, du reste, la conviction des confrères chez lesquels fréquentaient ces clients en même temps que chez moi.
Ce ne sont pas seulement des idées de Pathologie générale qui m’ont suggéré des conceptions pathogéniques analogues touchant l’asthme, la pleurésie a frigore, la fièvre prétuberculeuse ; c’est encore un fait sur lequel, à l’hôpital, j’appelle fréquemment votre attention : je parle des fluxions circonscrites pérituberculeuses, déterminées par l’iodure de potassium. Tandis que vos asthme iques devront à l’emploi de l’iodure de respirer mieux, d’avoir une circulation pulmonaire plus facile, de sentir leurs accès de dyspnée réduits d’intensité et de longueur, souvent vous surprendrez, en faisant comparative votre auscultation avant et après l’emploi de l’iodure, vous surprendrez, dis-je, des localisations fluxionnaires limitées au point précis où votre doigt et votre oreille auront, antérieurement, soupçonné une infiltration commençante.
J’en ai fini avec cette digression dont vous aurez. Messieurs, saisi l’intérêt tant pratique que doctrinal. Quelle que soit la conception que vous preniez de l’asthme, vous aurez fréquemment, en clientèle, à résoudre pratiquement la question délicate de savoir si, oui ou non, votre client asthmatique n’est pas entaché de tuberculose ? Convenez avec moi que la réponse à votre question, que vous savez déjà difficile à obtenir de la percussion et de l’auscultation, ne sera en rien aidée par la symptomatologie classique de la tuberculose, puisque le propre de la tuberculose du neuro-arthritique est d’évoluer sans fièvre, est d’évoluer sèche, c’est-à-dire sans expectoration, c’est-à-dire sans permettre de recourir aux examens bactérioscopiques.
Reconnaissez combien vous seriez aises que le doute dans lequel la clinique vous laisse en pareil cas put être levé par un appel fait aux injections de tuberculine, et le réactif de la tuberculose vous apparaîtra donc, comme ,à moi, d’un emploi légitime chez les asthmatiques. La conviction dans laquelle vous serez mis par vos injections de tuberculine n’importe pas seulement, dans l’espèce, à la précision de votre diagnostic : elle importe surtout à l’orientation que vous donnerez au
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traitement de votre malade, aussi bien qu’à la prophylaxie par laquelle, de suite, vous travaillerez à sauvegarder son entourage.
Je crois, vous disais-je tout à l’heure. Messieurs, que vous ferez bien aussi, en certains cas de sciatiques, de recourir à l’emploi des injections de tuberculine. C’est que, depuis longtemps déjà, j’appelle l’attention de mes élèves sur les rapports très étroits qui unissent la sciatique à la tuberculose : très fréquemment, beaucoup plus fréquemment qu’on ne le pense, qu’on ne le dit surtout, je crois la sciatique fonction de bacillose.
C’est que, nombre de fois il m’est arrivé de suspecter de bacillose des malades qui ne m’accusaient d’autre trouble de santé qu’une sciatique, dont on aurait cherché en vain la raison dans le paludisme, dans le rhumatisme, dans le diabète, dans une gonococcie, dans une compression, dans la syphilis, ou encore dans une affection spinale. Je ne fais pas allusion ici, bien entendu, aux sciatiques dont se plaignent, au cours de leur maladie, des phtisiques avérés; je ne fais pas allusion à ces faits bien connus, décrits par Peter, dans ses Leçons cliniques, et par son élève Friot dans sa thèse : pour intéressants qu’ils soient, ces faits ont trait plutôt à ce qu’on pourrait appeler les complications de la phtisie. Je vise d’autres faits singulièrement plus importants, je vise spécialement toute une catégorie de malades souffrant uniquement de sciatique, chez lesquels, si tant est que la tuberculose évolutionnât dans d’autres points de l’organisme, elle n’apparaissait pas. J’ai vu, j’ai suivi de nombreux malades chez lesquels seul& une sciatique avait mis mon attention en éveil touchant une tuberculose latente, touchant une phtisie à craindre. Cette phtisie, je l’ai vue survenir des mois ou des années après la sciatique, et cela assez fréquemment pour suspecter aujourd’hui de tuberculose tout individu porteur d’une sciatique, chez lequel aucune des causes que j’énumérais plus haut ne peut m’expliquer l'affection nerveuse.
Parmi les cas types que j’ai suivis en clientèle, j’évoquerai l’observation d’un jeune homme de vingt ans, sans antécédents héréditaires particuliers, sans tare personnelle (pas de fièvre typhoïde, pas de fièvre rhumatismale, pas de blennorrhagie, pas de syphilis, pas de paludisme, pas de traumatisme, pas d’alcoolisme, pas d’intoxication professionnelle ou alimentaire, pas de tabes fruste), qui, sans raison apparente, se mit, en Juillet, à souffrir d’une sciatique droite. Un mois après, le membre droit était atrophié : deux centimètres de moins pour la cuisse, un centimètre de moins pour la jambe que du côté gauche, sans compter qu’il y avait, à droite, cet épaississement du pannicule adipeux sous-cutané sur lequel, il y a longtemps déjà, j’ai appelé l’attention, comme pouvant masquer la macilence myopathique. Sauf la scia-
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tique, j’eus beau chercher, je ne trouvai rien chez mon client qui, pourtant, ne se sentait plus aussi bien « qu’au cominenceinent de l’année, avant l’apparition des douleurs ». En Septembre, petit rhume avec légère hémoptysie ; lin de Septembre, quelques petits crachements de sang. En Octobre, la toux, l’expectoration, la lièvre s’installent, le malade perd ses forces, son entrain et s’amaigrit ; en même temps, des signes de congestion et de ramollissement apparaissent sous la clavicule droite. Rapidement, il se fit là une "fonte pulmonaire à laquelle l’ancien névralgique succombait, en Décembre, six mois seulement après la venue de la fameuse douleur de la fesse qui, suivant l’expression de mon client, « n’avait l’air de rien ».
Si j’insiste sur pareilles observations, c’est que je professe depuis longtemps que les sciatiques prennent souvent l’air de quelque chose c’est que je professe que pareilles sciatiques peuvent aider à faire un diagnostic de suspicion à longue portée^ et servir à une orientation pronostique et thérapeutique meilleure, puisque derrière la sciatique tuberculineuse se prépare à se démasquer un tuberculeux. Si j’insiste sur pareilles observations, c’est qu’en dépit de la dénonciation que j’en fais en clinique, depuis longues années, on n’en saisit pas la valeur. Gela tient. Messieurs, à ce que, notamment en matière de déterminations tuberculeuses, les médecins sont encore beaucoup trop organiciens, trop anatomo-pathologistes, et ne comptent pas encore assez avec l’humorisme, avec l’histochimisme, avec certaines imprégnations tuberculineuses périphériques, partant de foyers bacillaires viscéraux, qui, bien avant de faire œuvres tuberculeuses, savent faire œuvre de toxinémie, de tuberculinémie.
Aux médecins tentés de nier la jiathogénie de ces sciatiques prémonitoires (qui, comme je le dis familièrement, marchent fort à l’avant-garde de la tuberculose pulmonaire), sous prétexte que, d’iine jiart, pendant de longs mois, le patient reste exclusivement souffrant de sa sciatique, que, d’autre part, on n’a jamais vu de tubercules dans les nerfs de phtisiques qui avaient eu ces sciatiques préliminaires; à ces médecins je réponds que, si les choses sont ainsi, c’est que le malade est un bacillaire toxinémique, tuberculinant longtemps avant de se dénoncer grossièrement tuberculeux, c’est qu’il souffre d’une sciatique tuberculineuse et non point d’une sciatique due à des granulations tuberculeuses qu’on sait ne se développer, en pareil cas, ni dans le parenchyme, ni dans la gaine du nerf.
Je n’irais pas jusqu’à répéter pour la sciatique a frigore ce que j’ai dit, il y a quinze ans déjà, de la pleurésie « frigore-^ et pourtant, je tiens pour suspect de tuberculose tout individu qui me fait une sciatique dont je ne parviens pas à dépister l’origine et qui résiste aux médications
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spécifiques : sulfate de quinine à hautes closes, salicylate de soude donné avec insistance, alcalins à doses élevées, iodure de potassium larga manu. J’avoue que, si la tuberculine me donnait, chez de pareils malades — chez lescjuels bien entendu l’oreille la plus exercée ne permettrait pas de suspecter les sommets, — la réaction spécifique, j’y trouvel’ais une nouvelle confirmation de ma manière de voir qui, vous le reconnaîtrez, a une importance pratique plus grande encore que doctrinale.
Pour être complet, je tiens à vous faire remarquer, ^Messieurs, qu’il est prudent, surtout étant donnée la nouveauté de l’emploi de la tuberculine chez l’homme, de faire quelques réserves sur la spécificité univoque de la réaction tuberculineuse. 11 paraîtrait que l’application de la tuberculine à diverses maladies non tuberculeuses — cjui sait pourtant si les malades en question n’étaient point en même temps entachés de bacillose ? — a montré qu’il en était peut-être quelques-unes qui donneraient vis-à-vis de cet agent la même réaction que la tuberculose ?
Dans des cas de syphilis^ J. Neumarck (de Vienne), Straus et Teissier ‘ ont obtenu plusieurs fois une réaction générale, moins souvent une réaction locale, consistant en une poussée congestive au niveau des lésions cutanées (gomme, rupia), tout à fait comparable à ce que l’on observe dans le lupus.
V. Eiselsberg dit avoir obtenu la même réaction dans V actinomycose chez l’homme ; Schwiencer et Kaposi dans le lupus érythémateux ; d’autres enfin dans certaines formes de bronchites fétides et dans quelques cas de sarcome et d'épithéliome ; sans qu’il soit possible d’affirmer si, dans tous ces cas, la réaction vis-à-vis de la tuberculine n’était pas due à quelque foyer de tuberculose latente ?
Parmi les cas pathologiques qui auraient répondu affirmativement à l’épreuve de la tuberculine, je dois vous citer encore la lèpre^ dans laquelle Max Joseph, Kaposi, Arning ont observé, quoique plus rarement et a un degré moins accusé^ une réaction locale et générale. Goldschmidt ^ (de Madère), Babès et Kalendero^ ont également obtenu la réaction dans la lèpre, le premier avec une dose de i milligramme de tuberculine, les seconds avec des doses plus élevées.
1. SïiiAUS et P. Teissikr. — De l'emploi de la tubereulinc eonimc agent révélateur de la syphilis. Congres pour Vétude de la Tuberculose. Juillet 1893.
2. Goldschmidt. — Bericht über filnfzehn mit dem Koeh’sehcn Heilmittel bchandelte Fülle von Lepra. Berliner phys. Wochenschrift. 1891, p. 28.
3. Baiîès et Kalendero. — Ueber die Wirkung dos Koeh'sehcn lleilmittols bei Lepra. Deutsche me.d. Wochenschrift. 1891, p. 113.
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Straus ^ a employé la tuberculine chez un homme (présentant de l’atrophie musculaii’e prédominant au niveau de l’éminence thénar et des interosseux de la main, de la sclérodermie digitale, des lésions mutilantes des doigts et des orteils, des maux perforants et une dissociation incomplète de la sensibilité) que certains médecins avaient considéré comme un syringomyélique, d’autres, tels que Zambaco, comme un lépreux. Ce malade portait, en effet, le long des nerfs du bras et de l’avant-bras, des névromes caractéristiques de la lèpre. Or, chez ce malade, une injection de 2 milligrammes de tuberculine provoqua une réaction très intense avec ascension thermique à 4o“,6, frisson, courbature, céphalée ; la lièvre persista quarante-huit heures.
Il semble donc, d’après certaines observations, que la tuberculine puisse provoquer en matière de lèpre une réaction générale. Peut-être, pour le cas particulier de Straus, serait-il prudent de faire quelque réserve, car, d’une part, le bacille de la lèpre n’a pu être trouvé chez le malade, et d’autre part, il ne serait point impossible que ce lépreux lut en même temps tuberculeux ?
Si de nouvelles observations démontraient la constance de réaction de la tuberculine dans la lèpre, il n’en faudrait pas conclure à la mévaleur de la tuberculine comme instrument diagnostique, d’autant qu’il se pourrait que la réaction obtenue en matière de tuberculose et de lèpre ne fût point absolument, identiquement, la même. Est-ce que nous ne sommes pas, relativement à maintes réactions diagnostiques, accoutumés à des nuances plutôt qu’à de véritables différences ? Est-ce que la matité et le souffle ne sont pas signes de pneumonie et de pleurésie ; est-ce que pourtant matité et souffle n’ont pas leur physionomie dénonciatrice particulière? La preuve de ce que je pense pouvoir être des nuances observables en matière de réaction de tuberculine chez les tuberculeux et chez les lépreux, la preuve en est, Messieurs, que Babès^, recherchant l’action de la tuberculine dans des cas de lèpre nerveuse systématisée, a relevé de véritables différences dans la manière dont réagissaient ces lépreux par rapport aux tubercideux. Chez ces derniers, la réaction n’apparaissait guère que dix à douze heures après l’injection, tandis que chez les lépreux c’était beaucoup plus vite, trois à quatre heures après l’injection, que survenait l’hyperthermie. De plus, la réaction de la tuberculine durait plus longtemps et donnait lieu à des phénomènes généraux plus sérieux chez les lépreux que chez les tuberculeux.
1. Straus. — Sur l’action de la tuberculine dans un cas de lèpre systéiniitisée nerveuse. Congrès pour l’élude de la Tiibercu'ose. Juillet 1893. — La tuberculose et son bacille, 1893, p. 832-833.
2. Babks. — Congrès pour l'élude de la Tuberculose. Juillet 1893.
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S’il arrive qu’en pays oii la lèpre règne endénliquement on démontre, par toute une série d’observations bien conduites, que la tuberculine donne constante la réaction positive, la Matière médicale nouvelle nous aura dotés d’un élément de diagnostic de plus, d’un élément de diagnostic dont, croyez-moi, INIessieurs, nous n’avons pas à faire fi. Non seulement la tuberculine servira médiatement à la prophylaxie, mais, devenue réactif de la lèpre, elle aidera les nosographes à faire le départ de ce qui appartient vraiment à cette maladie, dans toute une série de cas qui lui empruntent un appareil symptomatique bien propre à tenir parfois en échec le jugement des cliniciens les plus experts.
N’allez pas. Messieurs, vous imaginer que, pour l’analyse des cas cliniques difficiles auxquels je fais allusion, l’étude des commémoratifs et des antécédents des malades, jointe à la considération de rareté de la lèpre, suffise pour que vous opiniez facilement vers le diagnostic d’affections léproïdes et non lépreuses. D’abord, la lèpre est beaucoup moins rare en Europe, en France, à Paris même, que vous ne l’imaginez, et puis, sachez que, si, in ære parisiensi^ vous l’observez à l’état de curiosité clinique en ville ou à l’hôpital, vous la rencontrerez assez communément dans nos colonies d’Orient, au Tonkin particulièrement. Apprenez que la lèpre nous menace à l’extrême nord et à l’extrême orient par ses foyers endémiques; sachez qu’elle risque fort de nous être importée par la légion de marins que la pèche attire en Islande; sachez que nos fréquentations incessantes et rapides avec nos possessions asiatiques peuvent nous ramener la lèpre comme l’apportèrent autrefois les Croisés.
Sachez donc. Messieurs, que, dans la métropole comme dans nos possessions d’outre-mer, vous aurez à compter avec la lèpre et devez, tous tant que vous êtes, vous précautionner de savoir la reconnaître : soit dans ses formes classiques, léonines, nodulaires et mutilantes, comme celles que j’ai, il y a dix ans, vues, nombreuses, dans la sordide léproserie de Jérusalem, ou disséminées dans divers quartiers de Damas ; soit dans ses formes frustes, anesthésiques et maculeuses, comme celle qu’il m’a fallu dépister dans mon service de l’hôpital Tenon, chez un cultivateur des environs de Paris, qui, jiris par le service militaire, n’avait quitté son village que pour faire partie de notre expédition du Mexique. Les commémoratifs, les antécédents, chez ce lépreux surtout maculeux, porteur sur le tronc de larges taches de teinte saumonnée , les commémoratifs, dis-je, étaient assez minces pour ne pas inviter au diagnostic, d’autant que les premières manifestations de la lèpre n’apparurent, chez ce paysan, que sept ans après son retour au foyer domestique.
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L’histoire de ce lépreux, aussi authentique que fruste, n’est point seulement intéressante par scs difficultés diagnostiques grandes, elle l’est aussi, et surtout, par la longue durée de l’incubation. C’est à ce titre spécial que mon collègue Leloir l’a rapportée dans son traité magistral de la lèpre. Le cas de mon lépreux doit être retenu, comme fort instructif, par la pathologie générale, qui y verra un bel exemple de ce que peut durer la période d’incubation ou au moins d’apparition d’une maladie infectieuse.
Donc, Messieurs, ne vous fiez ni aux commémoratifs ni à la rareté relative de la lèpre pour trancher en matière diagnostique. Sachez que, vraisendilahlement, vous vous trouverez bien d’emploj^er la tuberculine pour classifier certains de ces cas, qui, assez fréquemment, tiennent en haleine, par exemple, le jugement des neuropathologistes.
En présence d’appareils symptomatologiques complexes et mêlés, rappelant par certains cotés la lèpre, il arrive aux neuropathologistes de se demander de quoi il retourne. 11 nous arrive de discuter longuement, pour savoir si nos malades doivent rentrer dans la catégorie des AU’ais lépreux frustes, ou bien être considérés comme des léproïdes, les troubles organiques et fonctionnels ressortissant, dans ces cas, soit à la maladie de Morvan, soit à la sclérodermie, soit à la syringomyélie. 11 y a là peut-être tout un champ d’applications pour la tuberculine, dont l’emploi permettra non seulement d’aiguiser les diagnostics obscurs, mais qui donnera le moyen de fixer la nosographie hésitante sur certaine? questions doctrinales et pratiques, celle, par exemple, de savoir s’il ne faut pas, avec mon confrère de l’Académie, Zambaco- Pacha, rattacher à la lèpre maint état morbide qu’on serait tenté d’en distraire. Je fais allusion à l’enquête que Zambaco-Pacha a menée, ces années dernières, en Bretagne, d’oii il est revenu restreignant fort la part à accorder à la maladie de Morvan et aux syringomyélies, pour nous montrer les analogies grandes existant entre les malades qu’il avait découverts en Bretagne et ceux qu’il avait communément soignés en Orient ; des uns comme des autres, il faisait des lépreux.
Ce sont là des considérations qui peut-être vous font croire que je sors de mon sujet ; il n’en est rien, puisque je vous montre combien fréquemment trouvera vraisemlilalilement à s’employer la tuberculine, agent de la Matière médicale nouvelle, pour le diagnostic d’affections plus nombreuses que vous ne sauriez l’imaginer.
Parmi les q^uestions qui divisent le plus les neuropatbologistes, il en estime, celle de la syringomyélie, dans laquelle la tuberculine est vraisemblablement appelée à jouer un riMe, si l’on veut soigneusement distinguer le syndrome syringomyélique (que peut donner la lèpre aulben-
Sérothérapie. Opothérapie.
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tique) de la soi-disant maladie syringomyélie. Il ne serait nullement indifFérent pour la clinique de débrouiller le chaos dans lequel se trouve encore cette question de la syringomyélie et des états syringomyéli- Ibrmes. Vous savez que l’on voudrait faire de ce syndrome une entité morbide ; vous savez qu’on décrit la syringomyélie comme on décrit le tabes dorsal, et cela, sous prétexte que la syringomyélie a un fond lésionnal cp^iasi personnel, sous prétexte qu’assez ordinairement on a trouvé en regard de la symptomatologie présentée par les malades étiquetés syringomyéliques, une lésion cavitaire médullaire. Mais, cette lésion cavitaire, par laquelle on voudrait caractériser autant que dénommer le syndrome, faudrait-il encore cherchera savoir quel a été le mode instrumental de son développement; faudrait-il chercher à savoir s’il ne s’agit pas là d’une séquelle de maladie infectieuse toxique, héréditaire ou acquise ?
Vous comprenez. Messieurs, d’api^ès les exemples que je viens de vous citer rapidement, combien la tuberculine semble devoir prendre d’importance poumons, cliniciens, donnant à nos diagnostics un caractère de précision et de certitude auquel ne pouvait nous accoutumer la séméiotique de nos pères.
Vous saisissez aussi le bien fondé de cette affirmation que je vous fais entendre chaque jour : que tout se tient en médecine, que le moindre progrès fait dans une branche de notre science et de notre art, devient rapidement la source de progrès pour toutes les autres.
De cette vérité, la tuberculine maniée comme agent diagnostique vous est un bel exemple : la Matière médicale trouve, dans le règne microbien, un agent nouveau, doué de réactions biologiques spéciales ; la médecine l’applique à l’étude du diagnostic; du coup, la nosographie s’éclaire, se complète et se réforme ; la clinique aussitôt en tire des indications thérapeutiques précises ; et, de la nouvelle interprétation des faits, l’étiologie, la pathogénie, la prophylaxie, le traitement des maladies profitent; l’hygiène, la santé publique, l’économie sociale, la fortune du pays bénificient.
Voilà comme d’une invention de laboratoire, voilà comme de l’emploi d’un agent nouveau de Matière médicale, peut découler toute une série de résultantes que l’esprit le plus généralisateur n’aurait pu pressentir.
Est-ce que, par exemple, les économistes pouvaient songer aux colossales épargnes dont l’agriculture allait être redevable à l’invention de la lymjihe de Koch ?
Est-ce que les statisticiens avaient supputé les millions déjà économisés (sans parler du capital humain épargné) par l’application de l’an-
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tidiphtérine et de l’antitétanine au traitement des malades ; par l’application de la tuberculine à la prophylaxie des tuberculoses animale et humaine ?
Est-ce que les économistes et les statisticiens avaient chiffré la part que les inventions de laboratoire, appliquées à la diminution de la morbidité et de la léthalité humaines et animales, ont laite à la puissance morale, comme à la force matérielle et à la richesse de l’Europe ?
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