‹ Les sérothérapiesChapitre 5 sur 57 · THÉRAPEUTIQUE PATHOGÉNIQUE · texte numérisé non relu

THÉRAPEUTIQUE PATHOGÉNIQUE

de travaux considérables, de découvertes importantes, de services éclatants, avait été, au xix® siècle, moins de l’avant que beaucoup d’autres branches de la médecine, trouvât des voies nouvelles, prît son plein essor et pût, d’un bond, monter aussi haut qu’étaient venues, en ces cinquante dernières années, la nosographie, l’anatomie pathologique, qui avaient tant progressé dans notre pays, grâce aux travaux de Gorvisart, Dupuytren, Laënnec, Andral, Bretonneau, Bouillaud, Trousseau, Cruveilhier, Ricord, Bazin, Hardy, Duchenne (de Boulogne), Charcot, Brown-Séquard.

Il fallait Pasteur pour que la thérapeutique, d’empirique, de symptomatologique, de physiologique, — - j’aurai â vous redire, chemin faisant, dans les leçons prochaines, à propos des indications thérapeutiques au cours des affections rénales, j’aurai à vous dire de combien d’utiles médications, de combien d’excellents médicaments nous resterons éternellement reconnaissants à la vieille thérapeutique et à l’ancienne matière médicale — devînt pathogénique.

Réfléchissez-y bien. Messieurs, de la médecine pathogénique, de la science du pourquoi de la maladie, devait sortir l’idée, la science et l’art d’empêcher, d’atténuer, d’arrêter, de guérir les maladies ; de la science pathogénique devait sortir l’invention d’agents thérapeutiques nouveaux empruntés immédiatement ou médiatement?i\\ règne humain., le médecin ayant appris de Pasteur Part d’asservir au laboratoire les humeurs prises à l’hôpital, pour en faire un agent de réconfort ou de défense pour le malade ? Atténuation de la maladie, arrêt de la maladie, — comme dans les injections du sérum antidiphtérique de Behring-Roux, — vaccination instantanée ou prochaine, â perpétuité ou à temps, mithridatisme, immunisation, thérapeutique préventive, — comme dans les injections faites par la méthode de Nocard chez les animaux ou l’homme atteints de blessures suspectes de pouvoir donner le tétanos, — procédés sérothérapiques, quelles que soient du reste leur matière, leurs visées ou leurs applications, toutes ces entreprises, conduites â l’aide d’agents thérapeutiques artificiels ou naturels, demandés au règne animal ou au règne humain, tout cela découle directement de la médecine pathogénique, de l’idée que nous nous faisons du pourquoi de la maladie, de l’idée que nous avons de la nature des maladies infectieuses et toxiques.

C’est donc, de la part de la IMatière médicale, faire encore acte de reconnaissance, que de proclamer qu’elle aussi est largement tributaire de l’œuvre pastorienne, puisque celle-ci a doté notre arsenal d’armes d’une efficacité, d’une portée et d’une précision qui ne le cèdent en

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rien à la puissance des meilleurs alcaloïdes dont nous ait enrichis la chimie moderne.

La sérothérapie, cette branche de la thérapeutique qui n’était rien hier et qui ferait mine de vouloir être tout (à en croire certains médecins alternativement prompts à l’enthousiasme et au dénigrement pour toutes choses nouvelles, à en croire certains praticiens compromettants pour les meilleures médications), la sérothérapie, méthode merveilleuse de thérapeutique, est sortie toute entière de la médecine pathogénique, et c’est de Pasteur que se réclament tous ceux qui, de Ch. Richet et Iléricourt à Behring, à Kitasato, à Roux, à Tommasoli, à Cclso Pellizari, à Kollmann, à Foa et Bonome, à Klemperer, à Emmerich et Towitzky, à Foa et Scabia, à Mosny, à Ch. Bouchard, à Gamaléïa et Charrin, à Roger, à Marmorek, à INIaragliano, à Nocard, à Roux et Vaillard, à Marchaux, se sont lancés, avec des succès si divers, parfois décisifs, dans les tentatives que vous savez, d’hématothérapie et de sérothérapie : méthodes sur lesquelles je me suis longuement étendu l’an dernier, quand je vous ai fait connaître, dans leur doctrine , dans leur technique, dans leurs applications, dans leurs résultats, spécialement les injections de sérum antidiphtérique.

Je ne dois aujourd’hui rien vous laisser ignorer des recherches qui se poursuivent en maints laboratoires puisqu’il y va, dans les résultats obtenus, des avantages que pourront en retirer vos clients. De ce que les recherches et certains succès de Roger, de Marmorek, nous donnent actuellement plus de chances encore que de certitudes de guérison contre les accidents formidables de la fièvre puerpérale ; de ce que les expériences et les essais deNocard, Roux et Vaillard, dotent la médecine vétérinaire et la médecine humaine du traitement seulement préventif du tétanos; de ce que les prémisses expérimentales de E. Marchaux nous promettent plus qu’elles n’ont été à même de nous donner dans le traitement du charbon, chez l’homme (par injection de sérum dès l’apparition de la pustule maligne); de ce que chacun de ces problèmes si ardus soit loin, très loin encore, de sa solution, celle-ci pourtant est déjà assez entrevue, le progrès thérapeutique apparaît assez marqué, les prémisses sont assez encourageantes, certaines applications à l’homme sont d’ores et déjà assez heureuses, pour que, vous, praticiens en quête de médications, vous ayez le devoir de ne rien ignorer des doctrines et de la technique sérothérapiques, afin d’être à même d’en accorder ou d'en refuser le secours à vos malades.

Quand il s’agit de tétanos, de fièvre puei'pérale, de charbon, affections que vous savez d’ordinaire fatales, toutes les tentatives, pourvu qu’elles ne soient pas nocives, sont permises, et le médecin s’avoue coupable

THÉRAPEUTIQUE PATIIOGENIQUE . SÉROTHÉRAPIE

d’inscience, qui, par le temps qui court, reste inerte, ne se fait pas prudemment sérothérapiste et n’apporte pas à son client le secours, si minime même serait-il, d’une méthode qui, dites-vous le bien, est en train de révolutionner la thérapeutique.

Comprenez-vous, INIessieurs, pourquoi le professeur de Thérapeutique manquerait à sa mission s’il ne vous tenait pas, au jour le jour, au courant des essais et des acquisitions de la médecine en quête d’augmenter sa puissance d’immunisation. Je vous ai trop souvent dit et redit qu’en médecine, tant valait le doctrinaire, tant valait le praticien, pour vous laisser ignorer, en thérapeutique, rien des progrès auxquels nous amène la médecine pathogénique.

11 y va, ^Messieurs, du salut de vos malades, du repos de votre conscience, de l'honneur de l’Ecole, que vous n’ignoriez rien des doctrines nouvelles qui, vous le voulant ou ne le voulant pas, vous le sachant ou l’ignorant, mèneront demain votre pratique.

Ces quelques réflexions étaient nécessaires pour que ceux d’entre vous qui, l’an dernier, suivaient le cours de Thérapeutique, ne s’étonnent plus, qu’ayant déjà traité de la sérothérapie au point de vue doctrinaire et pratique, mais uniquement dans ses rapports avec la diphtérie, je revienne aujourd’hui encore sur ce sujet tout d’actualité et dont l’importance va chaque jour grandissant.

C’est de propos délibéré, après mûres réflexions, que j’ai choisi et libellé le programme de mon cours tel qu’il vous a été annoncé : ce programme, je vous le dois commenter aujourd’hui. J’ai voulu, ne vous y trompez pas, que mon cours lut essentiellement utilitaire; aussi m’imposerai-je , à chacune de mes leçons, la tâche difficile de vous apprendre à penser thérapeutiqaenient plus encore que de vous enseigner précisément dans leurs détails la Thérapeutique et la Matière médicale.

J’ai conçu et rédigé mon programme de façon qu’il comportât deux parties, qui, pour avoir chacune des visées autant pratiques que doctrinaires, semblent bien faites pour marquer la distinction que vous apercevrez, en vos pensées et en vos actes cliniques, quand vous aurez à guérir des maladies et à traiter des malades.

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