‹ Les sérothérapiesChapitre 7 sur 57 · THÉRAPEUTIQUE PATHOGÉNIQUE. OPOTHÉRAPIE · texte numérisé non relu

THÉRAPEUTIQUE PATHOGÉNIQUE. OPOTHÉRAPIE

dans l’enseignement qui vous aura été transmis ici, puiser l’honnéteté courageuse de répondre, sinon au malade, du moins à son entourage, qu’en dépit de certains avantages généraux possibles, qu’en dépit d’un certain réconfort, qu’en dépit de légers soulagements apportés à certaines douleurs, qu’en dépit d’amendements procurés à certaines cachexies, qu’en dépit d’arrêts obtenus parfois dans l’évolution d’affections organiques, qu’en dépit d’une certaine vaillantise rendue, contre tout espoir, à des miséreux qui ont recouvré de l’appétit, du calme, du sommeil, de la respiration, des forces, la marche même ; il vous faudra, dis-je, une certaine honnêteté courageuse pour avertir une famille assoiffée de guérison ou de soulagement, que le remède « proclamé depuis hier infaillible » n’est pas ce que l’on pense ; que l’injection « providentielle » n’est pas encore trouvée ; et que, pour merveilleuses que soient déjà les conquêtes de la sérothérapie ou de l’opothérapie, il est malheureusement un petit nombre de maladies seulement, où, à l’heure présente, leurs indications soient formelles et leur application décisive. C’est ce que je vous dirai en détail, dans les prochaines leçons qui vous apporteront le bilan des acquisitions positives de la Sérothérapie et de l’Opothérapie.

J’ai à m’expliquer, Messieurs, sur cette expression qui a tout lieu de vous surprendre, attendu qu’elle est nouvelle, l’ayant forgée pour les besoins de mon cours, pour la commodité et la rapidité qu’elle donnera au langage, quand je vous parlerai des médications qui, mettant en œuvre, comme agents de Matière médicale, les sucs empruntés aux tissus animaux ou humains, les tissus eux-mêmes (corps thyroïde par exemple), les emploient soit après greffe, soit après broiement, macération ou tous autres modes de préparation qui ressortissent à la pharmacologie nouvelle.

A V Opothérapie (de otioç, suc, jus, humeur de tissu, tissu, et GspaTrsta, traitement, cure) ressortissent non seulement les injections orchidiennes de Brown-Séquard, mais encore les injections ouïes ingestions de sucs exprimés de viscères extraits d’un animal vivant ou mis à mort, aussi bien que les injections et les ingestions des tissus eux-mêmes empruntés aux animaux ou à l’homme ; qu’il s’agisse de l’emploi du suc thyroïdien dans le myxœdème, dans les affections goitreuses ou dans la maladie de Basedow ; de suc pancréatique dans certains diabètes ; de suc thyroïdien dans l’obésité; de tissu rénal dans certaines affections néphrétiques ; de tissu nerveux, chez les neurasthéniques ; de tissu cardiaque, comme cela a été proposé et ordonnancé en Allemagne, dans certains cas d’insuffisance cardiaque !

PREMIERE LEÇON

Déjà, l’an dernier, plusieurs de mes leçons ont porté sur les applications de la méthode Séqnardienne, tenant à ce que vous fussiez bien fixés sur ce que vous aviez le devoir d’accepter ou de refuser de cette médication sur laquelle on a, tour à tour, jeté trop de confiance, de suspicions et surtout de dénigrement. Cette année, je consacrerai de nouveaux développements à l’opothérapie, comme à une méthode qu’on aurait tort de juger sur ses seuls débuts; qui a pour elle maintes prémisses physiologiques, qui porte à son actif d’incontestables services ; qui a répondu efficacement déjà à certaines indications qu’il appartient à la clinique et à la médecine expérimentale de mieux dégager et de préciser.

Puisque nous savons, par les travaux de SchifT, d’IIeger, de Lautenbach, de Jacques, de Pioger, entre autres, que le foie possède le pouvoir de retenir certains alcaloïdes végétaux, strychnine, aconitine, etc., si bien qu’il faut, pour tuer un animal, une quantité plus considérable de poison, quand on l’injecte par un rameau porte que par une veine quelconque, par la jugulaire, par exemple ; puisque nous savons, d’autre pai’t, que des fragments de foie, broyés avec une solution d’alcaloïde, diminuent la toxicité de celui-ci ; puisque encore nous savons de quelle importance est, dans la genèse de certaines de nos autointoxications, la non intégrité du Aoscère bépatiijue, est-il déraisonnable de chercher, par injection ou ingestion de tissu hépatique, à rétablir la fonction antitoxémique empêchée, ralentie, viciée chez des cirrhosés ? L’opothérapie hépatique ne mérite-t-elle pas d’ètre tentée comme médication de l’ictère grave symptomatique, par exemple ?

Autre chose : puisque nous savons, notamment par les récentes recherches d’Abelous, que cette propriété antitoxique, pour être grandement fonction hépatique, n’est pas l’apanage exclusif du foie; puisque nous savons le tissu musculaire doué du pouvoir, presque égal à celui du foie, de retenir certaines substances toxiques, n’est-il pas indiqué de faire appel, soit à des injections du suc musculaire, soit à des ingestions du tissu musculaire — celui-ci, à priori, ne devrait pas subir la cuisson que lui imposent nos habitudes culinaires, — soit à des greffes, soit à des inclusions de muscle, pour militer contre certaines intoxications, que celles-ci se produisent, chez des sujets en intégrité hépatique, que celles-ci se produisent au contraire, chez des hépatalgiques , en

insuffisance fonctionnelle l’opothérapie muscidaire se proposant,

dans l’espèce, un rôle vicariant, par rapport au foie défaillant ?

A quelles suggestions thérapeutiques ne se sent-on pas vraiment invité quand on connaît certains des résultats extraordinaires auxquels sont arrivés Brieger, Kitasato et Wassermann, en quête de procédés

OPOTHERAPIE

d’immunisation contre le tétanos ? Apprenez, Messieurs, que Brieger, Kitasato et Wassermann, cultivant le bacille tétanique, le bacille de Nicolaïer, dans de l’extrait de thymus, s’aperçoivent que ces cultures sont autant asporogènes et aussi peu toxiques que sont très sporogènes et hypertoxiques les cultures faites dans le bouillon ordinaire !

Que penser encore de cette variante d’expérience des mêmes auteurs ? Il leur suffit de mélanger de l’extrait de thymus à une culture tétanique très toxique pour que, peu à peu, la culture perde sa toxicité! Que vous dit, INIessieurs, cette action exercée par le thymus sur une culture tétanique ? Au départ, la culture tétanique était si hypertoxique qu’on ne la peut comparer qu’au plus terrible des venins, qu’elle tue en douze ou vingt heures une souris par injection d’un cinq centième de centimètre cube, qu’elle tue en trente-six à quarante heures un cobaye par injection d’un huit centième de centimètre cube ! Il a suffi de mélanger pareille culture hypertoxique à du suc thymique pour en faire un vaccin qui permettra d’immuniser les animaux les plus sensibles au tétanos !

Ces faits n’emportent-ils pas tout un enseignement, et ne croyez-vous pas qu’il y ait beaucoup à trouver dans l’opothérapie ?

Il est évident qu’il y a là tout un champ de recherches à explorer, et qué l’opothérapie scientifiquement étudiée, scientifiquement pratiquée, prudemment conduite, nous réserve plus d’une surprise ; il est évident que nous aurions tort de ne pas nous laisser mettre, par la médecine expérimentale, en suggestions thérapeutiques, qui, vraisemblablement, reculeront demain notre zone d’action sur les affections viscérales, dont le plus grand nombre résiste, vous ne l’apprendrez que trop, aux entreprises de notre thérapeutique courante. Que s’il n’appartient pas plus à l’opothérapie qu’à nos médications usuelles de permettre à nos viscères de revenir organiquement ad inlegriim^ il n’est pas interdit au médecin qui pense pathogéniquement de faire appel à des tissus et à leurs fonctions de vicariance ; il ne lui est pas interdit de demander à un tissu de renfort de tenir le rôle fonclionnel du viscère adultéré.

Sans vouloir escompter tout ce que la thérapeutique de demain, lancée dans une voie nouvelle (car elle n’aura garde de se réclamer de la vieille pharmacopée de nos aïeux, qui amalgamait en des apozèmes infects de la poudre d’un frontal humain, du sang de renard, le corps d’une vipère, le foie d’un chien, le cœur d’une tourterelle et les bézoards de vigognes), sans vouloir escompter ce que cette thérapeutique nouvelle semble pouvoir nous donner, je vous ferai prochainement connaître le meilleur de l’opothérapie. Le jour où l’opothérapie scientifique serait une arme éprouvée dans la main du praticien ; le jour où l’opothérapie nous fournirait le moyen efficace de pallier vite et bien au plus pernicieux

PREMIERE LEÇON

parmi tout un groupe de troubles fonctionnels ; le jour, par exemple, où l’opothérapie hépatique, ou même musculaire, empêcherait, diminuerait les accidents formidables d’ictère grave que nous voyons parfois survenir au cours d’une lithiase biliaire, — je vous ai dit, à cette place, il y a deux ans, combien malheureusement la chose était relativement assez peu rare chez les femmes enceintes ou qui viennent d’accoucher, — la thérapeutique aurait décuplé ses forces, puisqu’elle serait en mesure de suppléer à une défaillance fonctionnelle par un apport adéquatement fonctionnel. Combien autrement active, autrement entreprenante que son aînée, sera la thérapeutique de demain, si, par l’opothérapie nervine, elle est à même de guérir certaines monoplégies hystériques ou d'en finir avec les désolants et indéracinables états neurasthéniques ?

La neuropathologie devra d’autant moins se désintéresser de ces problèmes que je pourrais lui appliquer ce que je disais en commençant des lents progrès qu’avait faits la Thérapeutique générale au milieu de notre siècle, comparés aux progrès des autres branches de la médecine. Si la neuropathologie a bien mérité de la science pour l’analyse pénétrante qu’elle a su porter dans l’étude anatomopathologique, nosographique, diagnostique et pathogénique des pathies nerveuses, centrales ou périphériques ; si la neuropathologie a le droit de s’énorgueillir des travaux d’Ollivier d’Angers, de Landry, de Rostan, de Gruveilhier, de Vulpian, de Duchenne de Boulogne, de Charcot, de Brown-Séquard (pour ne parler que de nos morts), il faut savoir reconnaître que ses apports thérapeutiques ont été bien minces, et que, de tous temps, les neuropathologistes se sont révélés analystes plus sagaces, chercheurs plus avisés, peintres plus excellents, que guérisseurs puissants et ingénieux.

La neuropathologie devra, dès aujourd’hui, s’orienter dans la voie nouvellement ouverte par Brown-Séquard, et qui nous ménage peut-être autant de surprises que celles qui accueillirent les premières tentatives de thérapeutique thyroïdienne appliquée au myxoîdème et à la maladie de Basedow ; que celles qui accueillirent l’opothérapie thyroïdienne de l’obésité, qui n’est, à bien prendre les choses, qu’une manière de dystrophie nerveuse. Je ne fais qu’indiquer cette question, ayant à la reprendre, avec tous les développements qu’elle comporte, quand je traiterai sjiécialement et longuement de l’opothérapie thyroïdienne.

Je reviens, iNIessieurs, au libellé du programme de mon cours, au sommaire de la seconde partie ; indications thérapeutiques et médications au cours des affections de l’appareil rénal.

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