‹ Les sérothérapiesChapitre 8 sur 57 · THÉRAPEUTIQUE DES MALADIES. THERAPEUTIQUE DES AFFECTIONS · texte numérisé non relu

THÉRAPEUTIQUE DES MALADIES. THERAPEUTIQUE DES AFFECTIONS

Je tiens à vous expliquer pourquoi, cette année encore, j’ai voulu, par une manière d’opposition, consacrer la première partie des leçons à la sérothérapie envisagée, tant dans ses résultats acquis que dans ses tentatives, dans le traitement^ la curation des infections : tétanos, septicémie puerpérale, érysipèle, diphtérie, pneumonie, syphilis, tuberculose, etc., etc., alors que j’étudierai, dans la seconde partie, non plus le traitement, la curation des affections de l’appareil rénal, mais l'assistance qu apporte le médecin aux néphrétiques. J’ai cherché à fixer votre attention sur la distance et la différence qui séparaient la manière dont pense, se détermine et agit thérapeutiquement le médecin alors qu’il assiste un diphtéritique, un éi’ysipélateux, un syphilitique, un pneumonique, un tuberculeux, ou bien alors qu’il assiste un patient atteint de néphrite au cours d’une fièvre typhoïde par exemple, ou encore un patient devenu albuminurique au cours ou au lointain déclin d’une scarlatine; alors encore qu’il assiste un asystolique en insuffisance rénale quantitative; alors qu’il assiste un podagre mis en inhibition rénale par un accès de goutte ; alors qu’il assiste un vieux saturnin mis à mal par une sommation rénale de son intoxication ; alors encore qu’il assiste un vieil urinaire qui a fait d’une infection vésicale une néphrite ascendante; alors encore qu’il assiste, comme cela vous arrivera si communément, un artério-scléreux (un polyscléreiix, vaudrait-il mieux dire), en proie à des accidents frustes ou éclatants d’insuffisance qualitative urinaire.

Quand vous pensez et agissez thérapeutiquement au lit du diphtéritique, de l’érysipélateux, d’un angineux streptococcique, du mégissier atteint de pustule maligne, du blessé suspect de devoir faire du tétanos, vous prétendez agir, d’emblée, directement, sur la cause de l’évolution de la maladie; vous vous proposez que la maladie ne devienne pas^ vous l’arrêtez à son premier essor, peu impoi’te l’idée que vous vous fassiez de l’agent curateur que vous avez dans la main. Que vous en fassiez du sérum ou antidote; que vous en fassiez un vaccin; que vous lui prêtiez même une vertu spécifique ; que vous l’envisagiez simplement comme un antiseptique ; que vous le considériez encore comme un viatique spécial (je ne dis plus spécifique), qui, ralliant le système nerveux, qui, mobilisant l’armée cellulaire phagocytaire, permet à l’économie de faire fonds sur son pouvoir bactéricide personnel et sur les ressources de sa nature médicatrice^ vous vous proposez de traiter la maladie, abstraction presque faite du malade.

Toutes autres doivent être vos intentions, beaucoup plus humbles doivent être vos prétentions, quand vous secourez le rénal qui vous demande assistance. C’est par tout un chemin détourné, c’est par le

PBEMIERE LEÇON

relevé de toute une série d’indications, c’est après constatation de tout un enchaînement de désordres organiques et de troubles fonctionnels, que vous trouverez moyen de pallier l’affection rénale, puisque vous ne pouvez plus ne pas reconnaître que, si nous avons le pouvoir d’enrayer une di])htérie, de prévenir un tétanos, d’empècher la rage, d’arrêter la septicémie streptococcique, d’atténuer peut-être la pneumococcie, nous n’avons pas le pouvoir de recréer une activité rénale spécifique là où s’est faite une désorganisation ; dès qu’a disparu l’épithélium d’Heidenheim ; dès que s’esl produite une sclérose qui a étoufie tout le système tubulaire rénal; dès que, le tissu rénal venant à disparaître, s’est éteinte forcément la fonction de dépuration urinaire. Ce qui revient à dire, à bien comprendre les choses, que, si la thérapeutique moderne nous donne la puissance sur quelques maladies, que si la thérapeutique moderne permet au médecin de se vanter de pouvoir la diphtérie,

la rage, le tétanos, la septicémie puerpérale et la pustule maligne peutêtre, la thérapeutique ne lui donne ni le moyen ni le droit de dire qu’il ait jamais guéri une vraie néphrite.

Est-ce à dire, pour cela, que nous ne sachions et que nous ne puissions être que d’une faible utilité, que d’un mince secours, pour les patients atteints d’affection rénale ? Rien ne serait moins exact, rien ne serait plus en désaccord avec l’exposé de toute la série d’indications thérapeutiques et de médications que je vous apprendrai à relever au cours des affections de l’appareil urinaire.

.J’ai voulu simplement vous faire comprendre combien étaient différentes nos manières de penser, d’agir et d’obtenir, quand, nous médecins-traitants, nous étions aux prises avec les maladies infectieuses ou avec leurs séquelles, avec leurs complications, avec leurs diverses localisations organiques, avec les néphropathies.

Je ne veux pas aujourd’hui m’étendre sur ces considérations de thérapeutique générale que nous reprendrons quand nous commencerons, en thérapeutes, l’étude des affections rénales. Alors j’aurai à soumettre à vos méditations des considérations de pathologie générale, déjà exposées l’an dernier, à propos du rôle du médecin-thérapeute aux prises avec les angiopathies et les cardiopathies b

Je vous répéterai que la thérapeutique, si elle nous donne aujourd’hui le traitement de la diphtérie, de la fièvre paludéenne, de la syphilis, ne

1. L. Landouzy. — Leçons de Théra'culiquc et Matière médicale, novenibre 1894. Presse medicale, 1894, p. 367.

INDICATIONS THERAPEUTIQUES DANS LES AFFECTIONS RENALES

nous donne et ne peut guère nous donner le traitement des pathies rénales.

Nous concevons, pour les considérations d’anatomie et de physiologie pathologicpies que je vous ai dites, le traitement de la fièvre pneumonique, de la pneumococcie, nous concevons le traitement du choléra, de la peste, nous ne concevons pas le traitement, nous ne concevons pas la curation d’affections (myocardites, néphrites, encéphalites, névrites) qui ne sont rien autre chose que des suppressions ou des déviations fonctionnelles adéquates à des viciations organiques quasi irrémédiables. Tant cjue la thérapeutique n’aura pas en son pouvoir le retour ad integrum des viscères et des appareils en lesquels se seront faites des sommations {des localisations, comme nous disons en anatomie pathologique), au cours des maladies d’infection ou d’intoxication, notre rôle de médecin-thérapeute se bornera à assister, aider, soulager, améliorer, réconforter les cardiopathes, les tabétiques, les hépatiques, les néphrétiques, non à les guérir, si par guérir nous entendons leur rendre l’intégrité organique et fonctionnelle perdue.

Ce n’est pas à dire. Messieurs, que ce rôle, pour ingrat qu’il puisse vous paraître, ne doive pas être digne d’un vrai médecin. La tâche est assez malaisée, le problème reste assez ardu, les difficultés restent assez nombreuses et pressantes, pour que vous appreniez à l’user que la thérapeutique des affections rénales est une des plus difficiles autant qu’une des plus importantes, et que vous n’y mettrez pas trop quand vous y emploierez le meilleur de votre intelligence, de votre savoir, de votre expérience, de votre tact, de votre patience et de votre dévouement.

C’est au traitement de pareils malades qu’on juge bien de la sagacité et de l’ingéniosité du thérapeute ; car, laissez-moi vous le dire, sans rien diminuer du mérite de la sérothérapie, il est bien autrement difficile, délicat, pénible, long, de traiter un néphrétique interstitiel, d’assurer sa diététique, de pratiquer chez lui une bonne antisepsie médicale, de faire accepter une prudente et parcimonieuse médication, que de traiter une diphtérie, un érisypèle ou une pneumonie.

C’est au traitement des néphrétiques, comme au traitement des cardiopathes, que j’attends, pour le juger, le vrai médecin : celui qui sait, au jour le jour, avec patience, saisir chacune des indications thérapeutiques ; celui qui ne livre rien à l’aventure, qui ne néglige rien de l’état général du malade ; celui qui règle sa diététique journalière ; celui qui s’enquiert de l’hygiène intellectuelle, morale, familiale, autant que de l’hygiène générale de son client ; celui qui s’occupe de tout cela autant et plus que de la médication proprement dite ; celui qui, sachant qu’il ne peut guérir son néphrétique, sait aussi qu’il lui fera une vie

PREMIERE LEÇON

possible et qu’il est dans les moyens de la thérapeutique cV accoinmodev le néphrétique aux servitudes de son mal.

Si, Messieurs, j’insiste sur ces considérations de thérapeutique appliquée, si je tiens à retenir votre attention sur les distinctions doctrinaires et pratiques que vous ne manquerez pas de l’aire entre la manière de concevoir le traitement des maladies et celui des malades, c’est afin que vous ne vous imaginiez pas que le rôle du thérapeute moderne soit devenu plus simple, et que la sérothérapie menace de vous ramener à cette thérapeutique réflexe* contre laquelle je m’élevais, à cette même place, à pareil jour, il y a deux ans !

Quand bien même la sérothérapie deviendrait méthode dix lois encore plus positive, plus sûre, plus efficace, vous n’auriez pas pour cela à faire abstraction de votre personnalité, de votre jugement. Jamais, au grand jamais, le sérothérapiste ne devra supplanter le médecin, puisqu’à côté des indications qui pourront directement relever de la sérothérapie, il vous faudra toujours vous enquérir de ce que la maladie, justiciable du sérum, aura jeté de perturbations organiques et fonctionnelles sur votre malade. Toujours vous devrez vous souvenir que les maladies, quelles qu’elles soient, ne valent que par ce que les font les malades ; vous ne perdrez jamais de vue qu’à bien prendre les choses, les préoccupations de la clinique thérapeutique doivent aller tout entières à la maladie par le malade.

Assurément la thérapeutique est dix fois plus puissante aujourd’hui qu’hier ; assurément la Matière médicale nouvelle compte des richesses et des moyens inouïs, inespérés : n’allez pas, pour cela, vous imaginer. Messieurs, que la médecine soit devenue facile; n’allez pas vous imaginer, comme je l’entends répéter, ([ue, demain, besoin plus ne sera d’être médecin-thérapeute, les sérums se chargeant, dans chacun des cas particuliers de maladies, de faire œuvre curative quand ils n’auront pu faire œuvre préventive !

Détrompez-vous, Messieurs, votre tâche demeure épineuse et l’art do la thérapeutique reste, comme pour vos devanciers, chose délicate et difficile entre toutes. Demain comme hier, il vous faudra, avant de rien entreprendre, chercher, trouver, saisir et remplir les indications. C’est alors que vous apercevrez que nos responsaliilités sont en train de croître avec l’incroyalile énergie de nos nouveaux agents de Matière médicale.

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