NATIVITÉ
Homo sanguine menstruali nutritus.
S. Augustin.
Quand la Femme, sentant se rompre ses entrailles, Eut saisi son fruit rouge et déjà vagissant, Un cri la traversa, plein d'angoisse : « 0 mon sang, « 0 ma chair, pensait-eUe, est-ce toi qui tressailles
u Dans ces mains que je tends au jour qui t'a mûri? « Les destins rigoureux et joyeux s'accomplissent, « Car je t'ai projeté de ma sanglante cuisse, « Heureuse et douloureuse, ainsi qu'il est prescrit !
LES SÈVES ORIGIXAIRES
(( Je connais maintenant le lourd frisson des Mères, {( La douceur et l'horreur de ses déchirements ; (( Tel le vin qui sort pur des plus troubles ferments, <( Je te salue, ô fils des douleurs nécessaires !
u Te voilà nu, mon doux petit, sous le soleil,
(( Sur la terre, au milieu de l'air frais et des plantes,
(( Dans l'éblouissement des lumières vivantes
(( Dont rété favorise et dore ton éveil,
(( Ton pauvre éveil fragile, étonné de la vie u Et de ne plus sentir mon ventre et sa chaleur « Te couver longuement dans un repos meilleur ; (( iSous sommes séparés et ma chair t'est ravie ! »
La Femme se traînait en gémissant tout bas, Mais rien ne répondit à sa triste pensée ; L'univers souriait et vers la délaissée Les arbres et les eaux ne murmurèrent pas !