BERCEUSE MODERNE
Dors dans ma robe, ô merveille, ô doux être. Comme naguère au chaud du corps ;
Que mon amour t'entoure et te pénètre De douceur, de secrets accords !
Dors sur mon sein, ô ma vie amoureuse, Légère âme, souffle ténu !
Je chanterai ma câline berceuse
En couvant ton petit corps nu.
Le Crépuscule, en sourdes lueurs d'ambre, Sur les carreaux vient s'écraser ;
Nous ne serons qu'une ombre dans la chambre, Une ombre faite d'un baiser.
Le feu du soir s'écroule, tas de braise,
Nous dorant d'un grand nimbe roux ;
Que la vie ailleurs soit noire et mauvaise I J'oublie avec toi son courroux.
Tu ne sais rien de ce qui te menace :
L'amour, la haine, la douleur!
Sur mes genoux ta forme se ramasse, Soûle d'animale chaleur ;
Ouaté des tiédeurs de ces laines molles.
Ton sommeil se peuple de sons ;
Heureux d'ignorer le sens des paroles.
Tu n'es sensible qu'aux chansons.
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Tu l'apprendras plus tard par la souffrance, L'âpre sens du langage humain ;
Tu connaîtras la vie et son outrance
Dès ton premier pas de gamin.
Tu l'entendras, le sifflet de l'usine,
Percer l'ombre à la fin du jour
Avec ce cri d'homme qu'on assassine
Dans une impasse de faubourg !
Tu rentreras bientôt, à pareille heure.
Morne et lassé, dos fléchissant.
Dans notre rue — où la nuit qui l'effleure Fait un fantôme du passant, —
Portant au cœur l'indicible amertume De savoir ton travail si vain,
Et de gémir, quand la lampe s'allume :
(( Je recommencerai demain I ... »
— Non ! te voici, plutôt, fort, plein d'audace, Pliant tes voisins sous ta loi
Et défiant, tout ironie et grâce,
Le Malheur debout devant toi.
Selon mes vœux, ô délicate argile, Je te forme, fds adoré :
Tu seras gai, dispos, nerveux, agile.
Beau dompteur du Destin cabré !
Cher Cavalier, ta maîtresse est la Joie ;
Elle se tient à ses balcons Pour te lancer cette écharpe de soie :
L'Orgueil, qui nous vêt de frissons î
Et pour répondre au geste de liesse.
Tu humes dans le voile d'or
Le chaud parfum des seins de la déesse. Qui revigore l'homme fort ;
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Et tu poursuis la route désignée,
Pressant la capiteuse odeur
Sur ta fiévreuse lèvre, illuminée
Par le sourire du bonheur.
Je ne veux pas que tu viennes au monde Pour fuser sur de noirs travaux
L'Ambition t'emplira, tête blonde,
Du ferment des hardis cerveaux.
Et grâce aux dons joyeux de cette fée
Que j'aime invoquer devant toi,
Tu lutteras pour vivre — amer trophée î - Avec ton courage et ta foi.