NOUS ALLIONS DANS LA NUIT
Se mêle à sa lueur par le vitrage ouvert
Dont un souffle, gonflant de ses fraîcheurs le tulle,
Frôle mon front courbé par le songe, et circule.
Mais je te répondis alors, je me souviens :
(( A quoi bon vous quitter, ô magiques vallées
(( Bruissantes, ô vent des gorges désolées !
« G clair de lune épars sur les champs anciens !
u Vous suffisez. Le monde est ici. Le poète
« Sait varier en lui vos soleilleuses fêtes,
« Ou dans votre tristesse et votre accent amer
(( Mêler le chant profond qui monte de sa chair.
(( 11 aime à se nourrir de l'air des solitudes,
(( Et, comme l'épervier suspendu dans l'azur,
« Au-dessus des rochers et des montagnes rudes,
« A guetter le reflet perçant d'un torrent pur.
« 11 ne veut rien que bois, prairies, fontaines, ailes;
« Un hameau plein de paix et d'ombre bleuissante,
(( Une maison, un puits, et leurs roses nouvelles,
« Un verger, une vigne au soleil sur la pente.
« Et n'est-ce pas assez de suivre, ô mon ami,
« L'irrésistible cours des saisons variables.
« De viwe comme un arbre où l'air plonge et frémit,
« D'observer le soir lent s'allongeant sur le sable ;
« D'enfermer, au bruit blond des abeilles divines,
« La pensée ingénue et belle tout ensemble
{( Dans un rythme subtil où l'or des étés tremble
« Comme en les rayons roux qui passent sous les vignes
(( D'apprendre la sagesse en écoutant chanter
(( Sur le toit vert et bleu des maisons résonnantes
(( Les colombes, gonflant leur gorge et roucoulantes,
(( Dans les après-midi pleins de limpidité... »