JE SUIS REMPLI CE SOIR DU VERTIGE DE VIVRE
« Danser... »
Nietzsche {Zarathoustra).
Je suis rempli ce soir du vertige de vivre : Mes veines, charriant un sang net et léger, Chantent qu'il faut s'enfuir de la chambre et du livre Et retrouver le sol qui devient étranger.
La jeunesse murmure aux prisons de ma tempe, Mes yeux brûlent un feu convulsif et mes doigts Sentent dans les réseaux que leur sang doré trempe Le rêve et le réel les tenter à la fois.
— Comme le soir est grand, qu'il est libre l'espace, S'exclame cette voix qui ne se taira plus Et dont j'éprouve enfin l'intérieure grâce ; Vous me quittez, dit-elle, ô songes superflus ;
Il n'est rien que ma joie égoïste et farouche, Habile à se jouer dans cette immensité ; Il n'est rien que mon âme ici, rien que ma bouche Aspirant la fraîcheur nocturne de l'été.
Vais-je danser ce soir sous les lueurs célestes Et, dans l'odeur d'un parc de rosiers encombré, Traduire en saluant l'univers de mes gestes Ton vertige, ô ma vie, et son rythme empourpré I