LA FEMME ROUSSE
Que j'aime ta splendeur pesante, ô fruit d'automne, Lourd raisin qu'un soleil écrasant a nourri ! Ta grasse nudité, comme un muscat meurtri. S'enchante de désirs, abeilles qui bourdonnent.
Quand la peau lumineuse et souple de ton dos Où ta chair copieuse arbore un blond superbe Se tend vers l'air doré qui l'oint et l'exacerbe, Tu fais chanter la volupté dans tous mes os.
3o LES SÈVES ORIGINAIRES
De ton front les rayons de tes cheveux descendent Et c'est un vigoureux et sûr enchantement. Ta bouche fait songer, souriant à l'amant, Aux grenades en sang qui doucement se fendent.
Garde-toi de parler, ô musique î — ô clarté, Laisse le rêve en feu couver sa houle ardente ! De toi-même éblouie, et de toi-même amante, Immobile, un moment sois ma divinité.
Combien de vignerons râblés, Vendange mûre, Pourraient fouailler ton ventre et pressurer tes seins Avec des cris d'orgueil héroïques et sains, Sans que ta lassitude exhalât un murmure !
Ta chair a la couleur d'un nuage vermeil
Et l'alanguissement d'une eau jaune et moirée ;
Rubens ou Titien, (jui t'auraient adorée.
Eussent couché ton corps, pour le peindre, au soleiL