DES ROSES LANGUISSAIENT
Des roses languissaient dans notre chambre tiède ; C'était un de ces soirs dont l'ennui lourd obsède ; Il pleuvait finement ; ton poids sur mes genoux Et notre enlacement m'étaient confus et doux ; Je voyais sur ton corps s'achever la lumière. Le soir calme l'esprit, rend la chair moins altière, Mais il aime agiter aussi, trouble et discord, Quelques ferments secrets de tristesse et de mort Il laisse, dans son ombre éparse et diligente, Remonter la douleur comme une mer latente
NOCTURNES
Et l'inactif qui songe assis devant le soir En lui sent refluer un lointain désespoir... Ainsi nous reposions ; le bruit mou de la pluie Accompagnait tout bas, vers la campagne enfuie, Notre âme, vacillant comme un oiseau mouillé. Ah, quel morne angélus grinçait, battant rouillé ! Et comme il est mauvais pour celui qui l'écoute, Le crépuscule plein de rancœur et de doute Où l'arrière-saison, ramassant tous ses deuils. Brise les volontés, arrache les orgueils, Et laisse la charnelle épave lamentable, Avide de poisons, se soûler à sa table !