ARABESQUE
Tu reviens d'un voyage étrangement lointain, 0 jeune homme fiévreux qui serres de la main Ton front, car tu reviens des confins de toi-même. Le livre, parcouru comme une route blême, S'achève cette nuit, mais tu songes déjà Que cette étape, avec le soir qui s'allongea Sur les pages, tandis que se levait la lampe Éclairant la fenêtre ouverte où songe et rampe Une ville, n'est rien que la marche d'un jour. D'un jour de foi, d'espoir illusoire, d'amour
i84 NOCTURNES
Et qu'il faudra reprendre avec ce haut courage,
Chaque aube, le bâton plus actif du voyage.
Ce n'est rien qu'une étape et voici que le soir
Évente de son aile et de son nonchaloir
Tes yeux brûlés, baignés de ses fraîcheurs sereines ;
Rien qu'une étape, hélas, et cependant tes veines,
— Lasses comme une corde où le son longuement A frémi, près de rompre à chaque mouvement, — Avant de se détendre à la langueur nocturne Offrent encore au but ton esprit taciturne,
Au but vague sans doute et peut-être irréel
— Le bruit d'un peu de gloire autour d'un nom charn Attendant que la brise aurorale, glacée,
Éteigne d'un seul coup la lampe et ta pensée.