ENTENDS, LA FOULE GRONDE
Entends ; la Foule gronde et s'exclame au lointain Avec la pesanteur d'un grand bourdon d'airain Qu'un sonneur remûrait dans le tragique espace. La Chercheuse de joie au hurlement rapace Tourbillonne, et le bruit qu'elle fait en riant Ressemble au long sanglot de quelque suppliant. Pauvre horde, au plaisir emportée et ruée. Qui viens mordre du vent et brasser la nuée. Crois-tu trouver l'oubli radieux de tes maux Dans ce lourd branle-bas informe d'animaux
i86 NOCTURNES
Et provoquer, parmi ta turpide poussière, L'illumination de l'âme tout entière ?
Tes mille voix qu'un souffle apporte par moment Sont la houle sans fm d'un désir véhément, Le chant d'illusion tenace et d'espérance ; Mais le flot ténébreux de ta marée immense, Sur la terre rampant, ne peut qu'emplir le soir De sa gaîté sans but, masque du désespoir.
Est-ce l'alcool qui te rend folle, ô multitude. Qui ravage ta voix brûlante, rauque et rude. Qui pousse et fait gronder ta masse sous ses feux, Ou l'Amour, préparant ses triomphes joyeux, Qui farde pauvrement l'œuvre énorme du sexe Dont cette fête en rut ne serait que l'annexe ?
0 Foule, tourne au son des violons racleurs !
Les quinquets trouent la nuit de purpurines fleurs,
La verdure salie abrite mille couples ;
Tourne au son du vieil orsrue et sous les branches souplei