OMBRES ROMANTIQUES
D'après Schumann.
Effeuillant les pétales roux du crépuscule, Sous les arches du pont l'eau languide circule. L'eau noirâtre, baignant les pierres d'une tour Par grands cercles huileux qui cernent son pourtour. Et le soir de légende évoque, avec ses teintes, Une eau-forte où parfois les ombres seraient peintes D'or et de bleu, pendant qu'un feuillage obscurci V^êt l'ancienne ville au profil adouci, La ville que le jour diffus mélancolise Du chant d'un rossignol filant sa vocalise...
iQo NOCTURNES
Et voici que du soir, des vieux murs et des eaux,
Du souffle qui traverse en tremblant les roseaux,
De l'horizon flambant d'un suprême incendie
S'élève, semble-t-il, la vague mélodie
Oui rattache au décor l'esprit sentimental
Du promeneur penché sur les flots, brun métal.
Tout d'abord fléchissante et comme désolée,
La Mélodie hésite en sa claire envolée :
Ses sons voluptueux viennent caresser l'eau
Et, pénétrant d'extase un frémissant bouleau,
Animer, aux soupirs du feuillage en guipure
Le rossignol laissant sa voix fleurir plus pure; —
Mais bientôt, dépouillant cette heureuse langueur.
Un héro'ique accord lui souflle une vigueur
Tragique 1 Un hymne, émis d'une nerveuse bouche,
S'élance, évocateur d'un horizon farouche
Où passent, dans l'essor du rythme martelé.
Des vols de cavaliers sur un couchant brûlé.