NOCTURNE DES NOCTURNES
Ce soir d'août calciné de flammes, plein de cris, S'apaise, merveilleux, noyé des réseaux gris D'un brouillard ondulant et net comme une soie. C'est l'heure que la nuit baise au front dans sa joie. Laissant pendre aux ruisseaux de bleuâtres vapeurs. Tu défailles, passant, au milieu des odeurs Que l'ombre rafraîchie et la lourde verdure Épanchent dans le vent sinueux qui murmure, Et pourtant tu buvais, comme un ivrogne, au jour, Gagné par cette ivresse ou par cet instinct lourd
NOCTURNES
Qui commande à ta vie et te rue à la sève, Grossièrement... — Voici que cet instinct s'achève, Et qu'un homme nouveau, prêt à le renier, Frissonne à voir l'étoile au bout du peuplier, Ouvre l'âme à ce bruit, perdu parmi l'herbage, D'un vivier dont se glisse et s'enfuit l'eau sauvage Et reste à s'émouvoir, dans son reflet dormant. De la lune, arc précis, grêle linéament.
Voici l'heure où la nuit enténèbre les chênes. Caresse de ses mains de songe et de douceur Le contour alangui de nos formes humaines Qui semblent s'alléger du destin oppresseur ; La vie évanouie exulte en cette extase Et, comme un prisonnier maintenant libéré, L'homme boit la fraîcheur où la lune s'écrase Par vastes ruisseaux bleus sur le fleuve du pré. Oublie, ô passager, ta tristesse et ta peine ; Qu'une mélancolie ardente, plus sereine.
T'enveloppe ce soir dans le jeu des clartés ; Quitte la solitude épuisante et mauvaise,