‹ Les sèves originairesChapitre 5 sur 44 · LE FRUITIER · texte numérisé non relu

LE FRUITIER

L'odeur des fruits coupés sature l'ombre fraîche Et le vol d'une guêpe, autour de leur charnier Oh l'automne passé lentement se dessèche, Frémit dans les étais de l'antique grenier.

La clarté des raisins, rayonnant dans leurs grappes, V^a remplir d'un lointain et d'un chaud souvenir Les repas hivernaux dont ils chargent les nappes ; La main qui les soupèse ennoblit son désir.

Tel abricot fiévreux exhale une odeur rèche ; Une poire paisible évoque un vieux jardin ; Par espaces vermeils, la duveteuse pêche Verse à la prune bleue un jour incarnadin.

Vous répandez, fruits mûrs, le composite arôme De votre groupe où songe un soleil d'autrefois. Pompant le jus doré qui suinte de vos gommes Des abeilles tournoient sur les crèches de bois.

Votre peau comme un sein de femme est lumineuse Et parfois votre chair, sous son poids mollissant, Se tend jusqu'à crever cette enveloppe heureuse, Tel un beau buste plein, solide et fléchissant.

>és du travail de l'homme adjoint à la nature, Vous enchaînez, ô fruits, le rythme des saisons ; Vous êtes le seul but des existences pures. — Vos chères voluptés renferment la raison.

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