RYTHME DES MOISSONNEURS
La pierre aiguise le fil
De la ronde lame ; Le blé, sous le fer subtil, Tombe et s'amasse au courtil
En meules de flamme !
La terre emplira nos fronts
Sous ces champs antiques Quand nos petits-fils viendront Lancer le grain d'un bras rond Du geste atavique !
Ils iront vers le blé mûr,
L'époque venue.
Sous l'éclat du même azur, Le couper du tranchant sûr
D'une lame nue.
Le Temps coule ainsi sans fin Et les mêmes formes.
Aujourd'hui comme demain.
Réalisent le Destin
Des mondes énormes.
6o LES SÈVES ORIGINAIRES
Près de nous évanouir
Du cercle de vie, Écoutons le vieux désir Qui s'efforce d'éblouir
L'àme inassouvie ;
Car le désir est la loi, C'est la chaîne immense Du temps, des races ; l'émoi Splendide et secret par quoi Tout se recommence 1
Jour sublime de l'été !
Aivante lumière, Vaste éclat diamanté Qui passe, au gouffre emporté,
Tu te meurs, altière !
Tu te meurs après avoir.
De ta chaude lèvre, Baisé de l'aurore au soir Le sol, sec de recevoir Tes ondes de fièvre !
RYTHME DES MOISSONNEURS 6i
Mais partout, grâce à tes rais,
Voici, Génitrice !
Que s'augmentent les forêts Ou que les épis sont prêts
Pour la faux qui crisse !
Et nous, ayant bu le jour
Où le soleil danse, Laisserons, pour ton retour, Après le baiser d'amour,
Une descendance :
Par un grave et doux effort
Tout cherche à renaître, Et pour déjouer la mort La plante des plantes sort
Et l'être de l'être.
Nous nous soumettrons aussi
Aux forces intenses Qui, sous ce ciel éclairci.
Font exulter le souci
De nos renaissances !