‹ Les sèves originairesChapitre 8 sur 44 · RYTHME DES MOISSONNEURS · texte numérisé non relu

RYTHME DES MOISSONNEURS

La pierre aiguise le fil

De la ronde lame ; Le blé, sous le fer subtil, Tombe et s'amasse au courtil

En meules de flamme !

La terre emplira nos fronts

Sous ces champs antiques Quand nos petits-fils viendront Lancer le grain d'un bras rond Du geste atavique !

Ils iront vers le blé mûr,

L'époque venue.

Sous l'éclat du même azur, Le couper du tranchant sûr

D'une lame nue.

Le Temps coule ainsi sans fin Et les mêmes formes.

Aujourd'hui comme demain.

Réalisent le Destin

Des mondes énormes.

6o LES SÈVES ORIGINAIRES

Près de nous évanouir

Du cercle de vie, Écoutons le vieux désir Qui s'efforce d'éblouir

L'àme inassouvie ;

Car le désir est la loi, C'est la chaîne immense Du temps, des races ; l'émoi Splendide et secret par quoi Tout se recommence 1

Jour sublime de l'été !

Aivante lumière, Vaste éclat diamanté Qui passe, au gouffre emporté,

Tu te meurs, altière !

Tu te meurs après avoir.

De ta chaude lèvre, Baisé de l'aurore au soir Le sol, sec de recevoir Tes ondes de fièvre !

RYTHME DES MOISSONNEURS 6i

Mais partout, grâce à tes rais,

Voici, Génitrice !

Que s'augmentent les forêts Ou que les épis sont prêts

Pour la faux qui crisse !

Et nous, ayant bu le jour

Où le soleil danse, Laisserons, pour ton retour, Après le baiser d'amour,

Une descendance :

Par un grave et doux effort

Tout cherche à renaître, Et pour déjouer la mort La plante des plantes sort

Et l'être de l'être.

Nous nous soumettrons aussi

Aux forces intenses Qui, sous ce ciel éclairci.

Font exulter le souci

De nos renaissances !

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