‹ Les sèves originairesChapitre 9 sur 44 · AIR · texte numérisé non relu

AIR

Dans la chaude campagne où scintille l'été, Le grillon, qui poursuit son murmure irrité, L'écureuil sous la branche où le soleil pénètre, Le pic, qui fait sonner les écorces de hêtre, Le lézard de muraille, ou celui des taillis Dont brille le corps souple, émeraude et lapis. L'hirondelle sifïïant sur l'eau, l'air plein de mouches, La couleuvre fauchant avec des bonds farouches Pour s'enfuir dans le bois l'herbe haute des prés, Les blés qui par les fleurs sont bleuis et pourprés, Les insectes d'argent des bords de la rivière, Un éperA'ier qui semble au ciel un lampadaire.

Les cailles rappelant dans les sillons touffus

Et les hommes là-bas suants, à demi nus,

Dont la chemise luit dans les luzernes fraîches,

Poussant au vert leurs bœufs qu'ils ont tirés des crèches

Tout murmure, remue, éclate, tremble, vit,

Tout s'agite et travaille, actif, inassouvi.

Et voici, paresseux apparent, le poète.

Qui sent le nombre en feu lui vibrer dans la tête

Et voudrait reproduire, en son rythme capté,

La brûlante campagne où scintille Tété.

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