‹ Les siéges de ParisChapitre 3 sur 10 · SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

SEPTEMBRE

19. — Premier combat de Chatillon. Dès la pointe du jour le général Vinoy, ayant sous ses ordres les divisions Susbielle et Blanchard, les brigades La Charrière et Dumoulin, se porte en avant de Clamart et de Bagneux. Il rencontre des forces prussiennes imposantes massées dans les bois et les villages. Il se replie sur Chatillon après un engagement assez vif. Quelques compagnies d’un régiment de zouaves nouvellement formé, sont saisies d’une terreur panique et rentrent dans Paris, tête nue et sans armes, ayant leurs cartouchières encore pleines. Ils crient à la trahison et répandent l’épouvante dans les faubourgs Saint-Marceau et Saint-Jacques. Cependant la gauche des troupes françaises se maintient sur les hauteurs de Villejuif. A la droite, le quinzième régiment de marche, colonel Bonnet, s’est retranché au Plessis- Piquet, où il lutte toute la journée. Les mobiles bretons (Ille-et- Vilaine) conservent leur position de Clamart jusqu’au dernier moment. Ils essuient le feu de l’ennemi avec l'intrépidité de troupes aguerries. Richard, comte de Nugent, simple volontaire et ancien officier au service d'Autriche, est tué. Le soir, il faut songer à la retraite devant les forces de l’ennemi, toujours renouvelées, toujours croissantes. Le général Ducrot encloue les canons et se retire sous la protection du fort de Vanves. Sans avoir les proportions d’une défaite, ce combat eut pour les assiégés les plus graves conséquences. Ayant repoussé les assiégés dans leurs lignes, les Allemands se hâtèrent de se fortifier et de rendre leurs positions inabordables. Dès lors Paris ne pourra plus être délivré de

leurs étreintes, s’il n’est pas secouru par une armée extérieure. Les élections de l’Assemblée nationale sont fixées au 2 octobre. Henri de Rochefort est nommé président de la Commission des barricades. Les habitants de Taris, absents pour toute autre cause qu’un service public, sont soumis à iine taxe proportionnelle à leur loyer par un décret évidemment en contradiction avec les prescriptions données pour faire sortir de la ville les bouches inutiles.

20. — Les Allemands resserrent leurs lignes d’investissement; ils se massent au-dessus de Bondy, du plateau du Raincy; ils s’installent au Pecq, à Bougival, à Meudon ; ils établissent des ponts au-dessous de Port-Marly et entre Vaux et Triel. Les tirailleurs de la Seine défendent les approches du pont de Sèvres, que l’on réussit enlin à faire sauter, ainsi que ceux de Billancourt et de la Grande-Jatte. La plaine de Colombes et de Gennevilliers, protégée par le Mont-Valérien reste libre. Le départ de M. Jules Favre pour le quartier général prussien ayant donné naissance à des bruits d’armistice et de paix, des officiers de la garde nationale de Belleville, Montmartre et Vaugirard protestent par une manifestation à l’Hôtel de Ville contre l’attitude du gouvernement de la défense nationale. Arrêté du général Trocbu ordonnant la fermeture à dix heures et demie du soir, des cafés, des restaurants et des débitants de boissons.

21. — Déclaration du gouvernement qu'il entend ne céder « ni un pouce de notre territoire, ni une pierre de nos forteresses1.» De nombreuses manifestations ont lieu pour le 78° anniversaire de la république. La flottille lance des obus sur le bas Meudon et sur le poste de Brimborion (ancien château de la marquise de Pompadour, à mi-côte de Bellevue).

1 Ces paroles célèbres avaient été, dit-on, prononcées par l’empereur de Russie à la nouvelle du désastre de Sedan. Le czar, quoique mécontent de la légèreté avec laquelle la guerre avait été déclarée, voulait d abord intervenir et s’opposer à tout morcellement du territoire français. Mais quand il vit au pouvoir Floquet, qui l’avait injurié au Palais de Justice lors de l’exposition universelle, et Arago,qui avait plaidé pour Berezowski, il changea complètement de vues.

22. — La garde nationale deRueil, après avoir soutenu le choc d’un corps d’année considérable, se replie en emmenant avec elle à Paris la population du village.

25. — La division Maud’huy s’empare de Villejuif, du Moulin- Saquet et des Hautes-Bruyères ; elle réduit au silence les batteries prussiennes et empêche les travaux que l’ennemi tente de faire à Bagneux. Des escarmouches à Pierrefitte et au Bourget, sous la conduite du général de Bellemare, prennent les proportions d'un petit combat. Les Allemands se massent derrière Epinay et se retranchent fortement autour d’Argenteuil.

24. — Le pont de Triel s'écroule sous le poids de trois pièces prussiennes, qui coulent à fond. Celui de Chatou est détruit par la mine. Escarmouche entre les canonnières de la Seine et les batteries allemandes de Sèvres et du parc de Saint-Cloud. L’ajournement indétini des élections municipales et de celles de l’Assemblée constituante excite une vive émotion dans Paris.

25. — Le calme serait complet sur toutes les lignes, si les canonnières n’avaient descendu la Seine et n’avaient mitraillé Brimborion, où les Prussiens dressaient des batteries. Un ballon emporte cent kilogrammes de dépêches et un grand nombre d’exemplaires du rapport de M. Jules Favre, sur les négociations de Ferrières.

26. — Une vingtaine de jeunes soldats d’un régiment de ligne campé à Courbevoie s’enfuient en entendant l'artillerie du Mont- Valérien. Ils sont arrêtés aux remparts et conduits, la capote à l’envers, à la prison de la rue du Cherche-Midi. Le club de Belleville commence ses excitations séditieuses. On y demande la destitution du maire du dix-neuvième arrondissement et la mise en accusation de M. Godillot, fabricant d'équipements militaires, accusé d’exploiter et d’opprimer ses ouvriers.

27. — Le dépôt des huiles de’pétrole aux buttes Chaumont est incendié. On croit d’abord dans Paris que c’est la forêt de Bondy qui brûle. Les énergumènes mettent à prolit le patriotisme inquiet

de la population; des chefs de bataillon de la garde nationale réclament d’urgence à l’Hôtel de Ville les élections municipales.

28. — Des reconnaissances sont dirigées en avant de Neuillysur-Marne, de Saint-Maur et de Clamart. Les forts complètent leur armement. L’agitation électorale continue. Courbet, président delà commission des Musées, demande la destruction de la colonne Vendôme.

29. — Nul mouvement militaire, sauf quelques reconnaissances de tirailleurs et une canonnade de la redoute des Hautes-Bruyères contre un convoi ennemi entre l’Hay et Clievilly.

30. — Combat de Villejuif. Les Prussiens, maîtres de Choisyle-Roy, Thiais, Chevilly, L’Hay, crénelaient les maisons de ces villages et faisaient de grands travaux sur toute la ligne pour protéger les communications entre l’est et Versailles. Les troupes placées sous les ordres du général Vinoy et massées vers les forts d’Ivry, de Montrouge et de Bicêtre sortent des lignes. La lutte s’engage sur tout le plateau de Villejuif. Les Prussiens sont chassés de Chevilly par la brigade du brave général Guilhem qui périt dans cette attaque. La colonne du général Biaise pénètre dans Thiais et s’empare d’une batterie de position. Des renforts considérables permettent à l’ennemi de reprendre l’offensive et nos troupes sont obligées de battre en retraite. Les pertes de l’ennemi sont plus considérables que les nôtres. Les généraux Ducrot et d’Lxéa et le colonel de Pindray exécutent de brillantes reconnaissances vers Bougival, Créteil et Bondy.

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