OCTOBRE
1er. — Les assiégés demandent une suspension d’armes pour procédera l’enlèvement des morts et des blessés. Ils n’obtiennent pas de réponse favorable; mais il s’établit un armistice tacite. On suppose que les assiégeants désirent cacher l’étendue de leurs pertes.
3. — Les nouvelles arrivées coup sur coup de la capitulation de Toul, de celle de Strasbourg et de la retraite du général de Polhès au delà de la Loire, abandonnant Orléans à l’ennemi, jettent une vive inquiétude dans Paris, qui commence à craindre de n’être pas efficacement secouru par la province. Les clubs s’agitent ; des symptômes d’anarchie se manifestent.
4. — Flourens, à la tête de huit mille gardes nationaux, se dirige versl’Hôlel de Ville. Il réclame du gouvernement de la défense: 1° les élections municipales; 2° le rationnement des vivres égal pour tous ; 3° l’armement avec des cbassepots de tous les volontaires disposés à faire des sorties immédiates; 4° l’envoi en province de commissaires munis de pleins pouvoirs. Il est éconduit par le général Trocbu et déclare donner sa démission. Le vicomte de Castries, dont le maréchal ac-Mahon a épousé une cousine, meurt des blessures qu’il avait reçues au combat de Villejuif. Une torpille éclate à la porte de Sablonville et atteint grièvement huit personnes, dont une femme. Des spahis et des mobiles se portent en avant du fort de Nogent-sur-Marne.
6. — A la faveur d’un brouillard intense, le général Carré de Bellemare fait occuper au delà de Saint-Denis une sorte de camp retranché demi-circulaire, qui rend la position presque inabordable. Les Prussiens de leur côté consolident leurs travaux de siège.
7. — Le général Vinoy occupe Cachan. Des reconnaissances meurtrières pour l’ennemi, sont faites à Bondy par les francstireurs des Lilas ; à Chatou par les éclaireurs de la Seine, à Clamait par les gardes mobiles. Gambetta part en ballon pour aller réchauffer le zèle des membres de la délégation de Tours (MM. Crémieux et Glais-Bizoin), accusés de faiblesse ou de modérantisme.
8. — Affaire de la Malmaison. Le général Martenot, à la tête de six cents mobiles et de détachements de tirailleurs des Ternes et de francs-tireurs, s’avance par Nanterre et Rueil jusqu'à la Malmaison, d où il déloge l’ennemi que l’on poursuit jusqu’aux
premières maisons de Bougival et sur les hauteurs de la Jonchère. Les éclaireurs de la Seine engagent dans la plaine de Gennevilliers une vive fusillade avec les Allemand sembusqués sur l’autre rive entre Argenteuil et Bezons. Tandis que la canonnade attire les Parisiens hors des remparts dans plusieurs directions, les partisans de la Commune se portent à trois heures sur l'Hotel de Ville en réclamant à grands cris les élections. Des bataillons de la garde nationale font évacuer la place de Grève. Les membres du gouvernement de la défense se présentent aux fenêtres et sont accueillis par les acclamations de la foule qui répond par les cris : Vive la France ! à bas la Commune ! à l’éloquente apostrophe de Jules Favre: « Écoutez le canon qui tonne et qui nous dit à tous où est le devoir. » Dans la soirée, le commandant Sapia, du 46e bataillon, essaye de ramener ses hommes contre l'Hôtel de Ville et de renverser le gouvernement. Il est arrêté et conduit à l’état-major de la place Vendôme.
10. — Après une journée de pluie et de repos, un engagement très-vif a lieu aux redoutes de Montreuil et de Noisy entre des troupes de ligne et les assiégeants. Le major Flourens fait battre le rappel pour essayer, une nouvelle manifestation ; sa tentative avorte.
11. — On ne signale d’autres faits militaires que des mouvements de troupes allemandes, qui semblent se retirer en arrière pour se borner au blocus et prendre la ville parla famine.
12. — Reconnaissance exécutée avec succès sur le plateau d’Avron, par le lieutenant-colonel Reille à la tête des mobiles du Tarn, des chasseurs et des spahis. Le général Ducrot lance les mobiles du Morbihan sur la Malmaison, d’où les batteries prussiennes, réduites au silence par les feux du Mont-Valérien, sont forcées de rétrograder jusqu’à Bougival.
13. — Deuxième combat de Chatillon. Le village de Bagneux est enlevé par les mobiles de la Côte-d’Or et par le 1er bataillon de l’Aube, dont le commandant, le comte deDampierre, blessé griève-
ment, succombe le soir même et meurt en héros et en chrétien. Deux barricades à l’entrée de Châtillon et l’ouvrage du Moulin de Pierre du côté de Clamart sont emportés par la division du général Blanchard. Le 35e de ligne a une grande part à cette brillante journée.
1-4. — Armistice en avant des forts du Sud pour enterrer les morts. Les éclaireurs du commandant Thierrard surprennent à Bueil un corps allemand et lui tuent une vingtaine d’hommes. Le château de Saint-Cloud est réduit en cendres par les obus du Mont- Yalérien. On rationne la viande de cheval. La disette de légumes frais se fait sentir. Toutes les denrées atteignent des prix excessifs.
17. — On organise des compagnies de pourvoyeurs, qui procéderont à la récolte des fruits et légumes, dans les environs de Paris, sous la protection de détachements dirigés parle commandant Pindray. Reconnaissance dans la plaine de Gennevilliers par la brigade Berthaut ; une vive fusillade s’engage entre les zouaves et les tirailleurs prussiens.
19. — Reconnaissance hardie en avant des forts de Nogent et de Noisy par les mobiles du Tarn, de la Drôme et de la Côte-d’Or. Le plateau d’Avron est occupé; les Allemands, débusqués du village du Bois de Neuilly, se retirent derrière leurs retranchements. Tous les fourrages existant dans Paris sont mis en réquisition.
21. — Combat de La Jonchère. Le général Ducrot dirige une sortie contre Rueil, la Malmaison, la Jonchère et le château de Buzenval. A midi, l’artillerie ouvre son feu sur toute la ligne ; elle se tait à une heure et nos troupes s’élancent vers le ravin qui descend de l’étang de Saint-Cucufa. La colonne du général Noëi gravit les pentes de la Jonchère. Les francs-tireurs de la 2e division entrent dans Buzenval. Le bataillon des mobiles de Seine-et-Marne dégage quatre compagnies cernées dans le parc de la Malmaison et se porte hardiment au-dessus de l’étang de Saint-Cucufa. L’arrivée de la nuit- met fin à la lutte et les troupes rentrent dans
leurs cantonnements. La statue de Napoléon 1er, au rond-point de Courbevoie, est renversée et jetée à la Seine. On fait courir le bruit d’un grand succès dans la plaine de Gennevilüers, où un corps de dix mille Allemands aurait été fait prisonnier.
25. — Le major Flourens fait battre le rappel à Belleville et tente de nouveau une manifestation qui échoue par un temps froid et pluvieux. Le calme sur toute la ligne permet aux belligérants d’achever de part et d’autre l’enlèvement des morts qui ont succombé lavant-veille.
24. — Explosion d’une fabrique de bombes à Clignancourt. Magnifique aurore boréale, saluée comme un pronostic favorable par une partie de la population parisienne, qui accueille avec crédulité de faux bruits de retraite des Prussiens et de rétablissement prochain du service des chemins de fer. La bibliothèque du Luxembourg est rendue publique; celle de Sainte-Geneviève et la Mazarinc seront rouvertes à partir du 27 octobre.
26. — La viande de cheval et le riz deviennent la base de l’alimentation. Le beurre et le mouton ont disparu. La volaille est très-rare. Toute la cuisine se fait à la graisse ou au lard.
27. — Le Mont-Valérien, la batterie du rond-point Mortemart et les bastions 65et 64 couvrent de feux Brimborion et l’orangerie de Saint-Cloud. Les forts de Vanves et d’Issy tirent sur le moulin de Chàtillon et la Tour des Anglais. Les travaux de l’ennemi sont suspendus et bouleversés de ces divers côtés. — Des bons de pain de 500 grammes seront graluitement délivrés par l'administration aux familles nécessiteuses des communes départementales comme aux indigents de Paris. La rue du Cardinal-Fescli prendra le nom de Châteaudun en l’honneur de la belle défense que cette ville a soutenue le 18 précédent contre cinq mille Prussiens, qui l’ont réduite en cendres. Le journal le Combat, de Félix Pyat, annonce sous le titre de : le plan de pazaine, la capitulation de Metz, qu’il ne pouvait connaître encore puisqu’elle n’eut lieu que ce jour- là* On doufe de la nouvelle et des députations sont envoyées à l’Hôtel
de Ville pour s'informer auprès du gouvernement, qui la déclare calomnieuse. Rochefort, à ce sujet, accuse Félix Pyat de lâcheté. Les brigades de la police impériale dites du Bois de Boulogne et du Château sont licenciées.
28. — Le général de Bellemare lance les francs-tireurs de la Presse sur le Bourget, qui est occupé, ainsi que Drancy. Trente pièces d’artillerie et des forces prussiennes considérables, descendues des hauteurs d’Écouen et de Villiers- le— Bel , tentent en vain de reprendre la. position. — Félix Pyat publie que c’est de Rochefort qu’il tient la nouvelle de la capitulation de Metz. Victor Flourens, par qui elle lui a été transmise, affirme qu’elle vient d’un autre membre du gouvernement et qu’elle est exacte. Cette polémique très-vive impressionne les esprits et fait diversion à la joie causée par la prise du Bourget.
29. — Un décret réserve exclusivement aux services militaires la collation de la croix de la Légion d’honneur. Un bruit vague se répand le soir : le Bourget, quoique ce soit une position importante, est resté sans artillerie au lieu d’être mis en état de défense et il est retombé au pouvoir de l’ennemi. Le fait n’est que trop vrai. L’alimentation est de plus en plus difficile. Les conserves et les légumes secs commencent à manquer. La ration de viande est fixée à 50 grammes par habitant. A partir du 1er novembre on supprimera un bec de gaz sur deux et l’extinction de l'éclairage dans les établissements privés aura lieu à dix heures et demie.
50. — La nouvelle de la capitulation de Metz est officielle, ainsi que celle de la perte du Bourget, où un détachement est coupé par l'ennemi et fait prisonnier. La consternation se répand ; de sourdes rumeurs entretiennent l’agitation dans les faubourgs, à Montmartre et à Belleville. On accueille avec indifférence l'annonce d’un armistice prochain, dù à l’intervention des puissances étrangères, obtenu par les négociations de M. Thiers. Le parti du désordre réclame la levée en masse et la guerre à outrance.