‹ Les siéges de ParisChapitre 6 sur 10 · NOVEMBRE · texte numérisé non relu

NOVEMBRE

1«. — Tous les esprits sont encore sous l’impression des événementsde la veille. Les citoyens Edmond Adam, préfet de police, et Rochefort, membre du gouvernement de la défense nationale, donnent leur démission. Jules Vallès, qui avait tenté de s’emparer d’une mairie, est mis en arrestation.

2. — Décret qui appelle les électeurs de Paris à voter le 5 novembre sur le maintien des pouvoirs du gouvernement , et le 5 sur le choix d’un maire et de trois adjoints pour chacun des vingt arrondissements.

5. — La suspension des hostilités continue, par suite de négociations pour un armistice. Le scrutin se prononce , à une immense majorité de 557,996 contre 62,C38, en faveur du gouvernement1. Le soir, deux bandes de femmes, précédées d’un drapeau rouge, se présentent à une heure d’intervalle à l’IIôtel de Ville et réclament la Commune. Ce sont des détachements du régiment des Amazones, dont des affiches vert-clair avaient annoncé la formation. Clément Thomas est nommé commandant supérieur des gardes nationales de la Seine.

5. — Les élections municipales se font dans le plus grand calme ; mais leur résultat est généralement favorable au parti révolutionnaire.

6. — L’armistice proposé par l’initiative des quatre grandes puissances neutres, l’Angleterre, la Russie, l’Autriche et l’Italie, pour procéder à l’élection d’une Assemblée constituante, ne peut être accepté par le gouvernement de la défense nationale, la Prusse ne voulant pas consentir au ravitaillement proportionnel de Paris et n’admettant qu’avec des réserves le vote de l’Alsace et de la Lorraine.

7. — Reprise des hostilités. Les canons des forts bouleversent

1 Ce sont les chiffres proclamés officiellement à l’Hôtel de Ville, quoiqu’il manquât encore le vote de quelques communes.

es ouvrages que les Prussiens avaient élevés pendant les pourpar-

ers de l’armistice.

8. — Décret pour la mobilisation de la garde nationale, partageant les bataillons en compagnies de guerre et compagnies de réserve.

9. — Vive canonnade des forts. — Agitation au sujet du décret de la veille et de la détention de Ranvier, élu maire du 20* arrondissement de Paris, dont l’administration provisoire est confiée «à une commission municipale.

10. — Les Prussiens démasquent une batterie derrière le mur du cimetière de Choisy-le-Roi. Leurs épaulements sont culbutés par le canon du moulin Saquet.

11. — Le bruit de négociations nouvelles se répand dans Paris. Il ne s’agirait plus seulement d’un armistice, mais d’une paix définitive par l’intervention des puissances neutres.

12. — Les assiégés occupent Créteil et s’y installent. La redoute de Gravelle tire avec succès sur les ouvrages de Montmély. Le capitaine de INeverlée, officier d’ordonnance du général Ducrot, à la tête de volontaires, enveloppe sur la place de l’hospice, à Saint- Cloud, une patrouille prussienne, dont cinq hommes sont tués et le sixième est grièvement blessé de deux coups de baïonnette.

13. — Proclamation du général Trochu, qui annonce la rupture de toute négociation. Le plan qu’il médite est de sortir par Chatou et de porter à Rouen le centre de ses opérations. Décret qui appelle à l’activité le contingent de la mobile de la classe de 1870 : les 26G bataillons de la garde nationale, divisés par catégories, prendront le titre de première armée.

14. — Les Prussiens sont maltraité* à Thiais et à Chatillon par e feu de nos forts. Le capitaine Lavigne, à la tête des tirailleurs parisiens, fait subir des pertes sérieuses à l’ennemi, dans une reconnaissance à Champigny.

15. — La nouvelle de la victoire de Coulmiers et de la reprise

d’Orléans ranime l'ardeur des assiégés. Cédant à l’opinion publique, le général Trochu abandonne l’idée d’une trouée dans la direction de Rouen pour reporter tous ses efforts du côté de la Marne. Le commandant Poulizac, du 1er régiment des éclaireurs, fait une habile attaque contre les avant-postes de Drancy.

16. — L'ennemi est obligé, par le feu du fort de Nogent, de se retirer au delà de Champignv. Un obus lancé sur la maison dite la Pension des officiers prussiens, à droite de Chennevières, y porte le désordre. M. Étienne Arago, maire de Paris, démissionnaire, est remplacé par M. Jules Ferry. Il s’établit des boucheries de chien et de rat.

18. — Les maraudeurs, qui ravagent les restes des cultures maraîchères dans la banlieue, sont assaillis par une vive fusillade des Prussiens. 11 y a des blessés et quelques tués. Cette rigueur contre des femmes et des gens sans armes révolte les esprits. L’alimentation est de plus en plus difficile.

20. — Un feu très-vif est dirigé contre les positions du Bourget et les avant-postes de Yillelaneuse. Les citoyennes du 18e arrondissement forment un comité, dont font partie Mes Louise Michel, présidente; Louise Colet, vice-présidente; Adèle Esquiros, André Léo, etc. Elles demandent la fonte des cloches, la suppression des ouvrières religieuses et celle des maisons de prostitution.

25. — Les Prussiens tentent de traverser la Seine en reconnaissance du côté de Gennevilliers. Le tir de nos grand’ gardes coule à fond leur barque. Des affaires d’avant-postes ont lieu sur les bords de la Marne.

24. — Le 4e bataillon des éclaireurs de la Seine et le T bataillon de guerre de la garde nationale, commandant de Brancion, attaquent les barricades de Bondy et refoulent l’ennemi le long du canal.

2G. — Deux décrets sont publiés, l'un pour la réquisition des huiles de pétrole, l’autre pour le recensement des chevaux, ânes

et mulets dans Paris et dans la banlieue. Un banquet de membres de l’Académie des sciences est donné pour réhabiliter les viandes de cheval, de chien, de chat et de rat.

28. — Proclamations du général Trochu, gouverneur de Paris, du général Ducrot, commandant en chef la 2e armée de Paris, et du gouvernement de la défense nationale pour préparer la population à une lutte énergique. Le sang va couler de nouveau ; qu’il retombe sur les envahisseurs avides de conquête ! La bataille est imminente. Le bataillon des tirailleurs de Belleville engage à Créteil une escarmouche et fuit en proie à la panique,

29. — Le feu est ouvert dès le milieu delà nuit entre Bezons et Argenteuil. A la pointe du jour, le contre- amiral Pothuau enlève la position de la Gare-aux-Bæufs, à Choisy-le-Roi, et l'ennemi se retire en désordre laissant quelques prisonniers entre nos mains. Le colonel Valentin attaque le village de l’IIay et s’empare des premières lignes; un tir formidable des batteries des Hautes- Bruyères écrase nos colonnes de leurs fiux. Les canonnières du capitaine de vaisseau Thomasset, en amont du Port-à l'Anglais, les vagons bl ndés à Vitry , l’artillerie du moulin Saquet et du fort de Charenton infligent 'aux Prussiens de grandes pertes. Le chef de bataillon Crisliani de Bavaron, du 110e de ligne, est tué; le lieutenant-colonel Mimerel, de ce ré.iment, le commandant de Réals, du 4e bataillon du Finistère, les comtes de Caraman et de Gontaut-Biron, sont blessés.

50. — L’action engagée la veille est reprise sur un vaste périmètre. Un corps d’armée du général Ducrot passe la Marne sur des ponts de bateaux et s’établit à Ghampigny et à Bry. La division Susbieile s’empare de Montmély, position trop meurtrière qu’elle est forcée d'évacuer. Au sud, l'amiral de la Roncière s'avance sur la route de Longjumeau. Au nord, la division de cavalerie de Berlin de Vaux occupe Drancy dans la plaine d'Aubervilliers et pousse ses opérations jusqu’à Groslay. La brigade Ilenrion s’empare du village d Épinay, où s’étaienl fortement retranchés les Prussiens. Les généraux Renault et Ladreit de la Charrière et le

commandant baron Saillard , du 1er mobiles de la Seine, sont grièvement blessés. Le capitaine de Ncverlée est tué, ainsi que le capitaine de frégate Deprez.

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