‹ Les signes du tempsChapitre 4 sur 5 · QUI PARVIENDRA A EXPLIQUER LES DÉPÊCHES DE · texte numérisé non relu

QUI PARVIENDRA A EXPLIQUER LES DÉPÊCHES DE

l'agence HAVAS GAGNERA UN LAPIN.

ferait également une fortune rapide. En attendant, comme l'a très-bien fait observer le Courrier de Paris, l'agence en queftion nous sert quotidiennement, avec monopole & privilège, de vieilles nouvelles de trois semaines, qu'elle assaisonne, pour leur donner une apparence de fraîcheur^ comme les reflaurateurs redonnent un tour de casserole aux rUmfteeks de Tavant-veille. L'absence complète de concurrence lui ofifre une sécurité dont elle abuse

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avec joie. Je suppose qu'elle nous envoie un matin le télégramme suivant :

Tananarive, 22 juillet.

a La reine ^e Madagascar épouse Léonce des Bouffes- Parisiens, qui a consenti à subir le tatouage. Si cet afte important s'accomplit, on dit que Frederick Lemaître sera premier miniftre. »

Léonce des Bouffes ayant réclamé, l'agence Havas en sera quitte pour republier le lendemain cet autre télégramme qu'elle fera au refte payer, comme le premier, aux journaux français.

Tananarive, 2 5 juillet (voie de Suez),

« Ce n'eft pas la reine de Madagascar, mais bien Nina la Chevelue; du château d'Asnières^ qui doit se marier prochainement. En outre^ ce n'eft pas avec Léonce, des Bouffes, mais

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' avec un coiffeur de Courbevoie qu'elle a TintenJîpn'de s*unir. »

Le plus douloureux de ces façons d'agir, c'eft que le public, qui ignore par quelles chaînés de fer forgé nous sommes rivés à l'agence Havas^ accuse les journaux de toutes les inexactitudes télégraphiques qu'on lui fait avaler, & le soir, à la veillée, se gausse de notre ignorance. Nous passons pour des im* béciles, ça nous coûte très-cher, & voilà.

Mais, comme en effet nous ne sommes pas très-forts, nous continuerons à accepter les présents d'Artaxerxès-Havas^ qui, de son côté, continuera à nous annoncer comme un fait d'une importance hiflorique, que le vice-roi d'Egypte vient d'offrir un bracelet à la femme du maire de Champigny-les-Canards, & que le sultan a envoyé à l'épouse du sous-préfet de Villeneuve-les-Gandins une paire de boucles d'oreilles en écaille de tortue. Car, l'avezvous remarqué, le métier de femme de fonctionnaire efl devenu cette année excessivement produ£lif. Depuis que les représentants de

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toutes les dynafties sont venus s'épanouir sur notre sol sacré, il n'efl presque pas de jour où les feuilles n'enregîftrent quelque cadeau princier offert à la compagne d'iin homme public. Il doit y avoir quelque part en Europe une fabrique de bijoux pour femmes de fonâionnaires. Autrefois c'était le mari ^lui-même qui, en échange d'un a£le éclatant de courtisanerie, recevait une tabatière. Aujourd'hui la femme entre dans la combinaison. Si jamais j'occupe une place quelconque dans la hiéi^archie politique, je ferai en sorte de me marier trois fois. Mais notre pays ne sera véritablement grand & respeâé que quand les enfants des familles à tabatières participeront aussi à la diftribution, et quand le Moniteur racontera que le roi Charles XV de Suède vient d'envoyer un polichinelle au jeune Gugufte & une brouette au petit Totole, tous deux fils de M. le percepteur de Charen tonneau.

2 août 1867.

Après tout^ il faut bien rire unçeu. On ne peut pas toujours s'attrifler sur l'expédition du Mexique, que des flatteurs ont appelée a la plus grande pensée du règne, » ce qui d\.y du refte, peu gracieux pour les autres pensées. J'ai clos avant-hier la session de mon propre corps, qui n'a rien de législatif, & j'ai demandé à l'hirondelle voyageuse de quel côté il était bon de prendre mon vol. L'hirondelle m'a répondu que l'Océan

Qui respire ainsi qu'une poitrine S'enâant & s'abaissant,

comme a dit le plus grand de nos poètes^ ne ferait peut-être aucune difficulté de m'ouvrir sa couche salée. Tous les Parisiens ont la passion des bains de mer. On efl gelé quand on y entre^ on tremblotte pendant trois quarts d'heure une fois qu'on en eft sorti, mais c'cfl charmant tout de même. Les gens qui croient

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que la découverte des bains de mer eft due à Chriftophe Colomb sont probablement dans l'erreur. La légende prétend que lorsque Guillaume le Conquérant partit de Cabourg- Dives pour aller mettre le grappin sur l'Angleterre, un soldat de sa troupe lui vola la dra^ gonne de son sabre dans le but avoué de s'en faire de l'argent. Furieux d'être obligé de marcher à la gloire sans dragonne^ Guillaume condamna son infidèle soldat à être tous les matins/ pendant vingt & un jours, trempé dans la mer^ quelque temps qu'il flt^ en cale^ çon de laine noire & en bonnet de toile cirée pour cpmble d'humiliation. Deux hommes de confiance étaient ehargés d'exécuter cet ordre barbare.

Le premier jour le soldat poussa des cris épouvantables qui se calmèrent un peu à la seconde immersion, quoiqu'il fît encore entendre des gémissements de bonne qualité chaque fois qu*il recevait un galet dans le dos. Au bout de huit jours, le supplicié engraissait à vue d'œil & ses bourreaux semblaient au contraire dépérir. L*idée vint alors à Guil-

-la^ume le Conquérant que ce qu'il avait consi- *i^ré comme une. affreuse punition était tout mplement de Phygiène bien entendue^ & il déclaré depuis que, s'il n'avait pas eu l'idée xe de se faire roi d'Angleterre, il aurait cerinement embrassé la profession de maître t^ageùr.

Si j'ai tenu à dire que je suis allé simple* irnent me reposer dans l'çau, des désagréments auxquels on eft exposé sur la terre^ c'eft que Je ne voudrais à aucun prix qu'on pût supposer que je suis allé faire des tournées en pro- "vince, à seule fin de me faire nommer conseiller général. Je ne vois, en effets sur les murs des villes oU je passe, que professions <le foi & déclarations de principes, dans les-v^ quelles on promet au peuple tout ce qu'il aime, à charge, une fois l'éleâion terminée, de lui donner tout ce qu'il n'aime pas. Le fond de toutes ces proclamations eft celui-ci : « Voulez-vous le bonheur de la France ?

nommez-moi. Vouless-vous le malheur de la France? ne me nommez pas. »

J'en ai diftingué plusieurs oii les sentiments

les plus purs s'alliaient à une ignorance remarquable de la langue française. J'avais pensé un moment à aller m'oflfrir pour rédiger à tant la ligne les professions de foi de ceux qui ont plus de conviflion que d'orthographe. Je n'en ai moi-même pas plus qu'il ne m'en faut^ mais, avec un peu de travail^ j'aurais pu gagner mon voyage, d'autant plus qu'à Pinftar de ce célèbre homme d'État dont a parlé le Figaro, tous les mensonges, je me les serais fait payer à part. J'ai été retenu par la crainte que quelcfUe diftra£tion ne me fît fourrer, dans le placard d'un conservateur, des phrases à le démonétiser à tout jamais dans l'esprit des gens haut placés.

Quant à moi^ si je me présentais jamais pour mon compte personnel à un conseil général quelconque , je voudrais étonner les électeurs par l'originalité de mon affiche.

« Éleâeurs, dirais-je à mes concitoyens, je crois que vous avez bien tort de laisser vos femmes acheter des robes qui exigent dix-huit mètres d'étoffe chaque & trois cents francs de garniture. En effet, quand on dépense tout

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son argent, on n'en a plus, & quand on n'en a pluSj on fait une foule de vilaines choses pour en avoir.

« Vous faites également fausse route en vous habituant à fumer des cigares de soixante-quinze centimes qui vous donnent le goût des bonnes choses & vous ôtent celui des choses sérieuses. Si vous voulez être libres de vos mouvements & indépendants au point de vue politique, soyez économes; c'eft-à-dire n'ayez pas trois ménages à côté du vôtre, attendu que généralemeni il faut vendre le premier pour nourrir les deux autres, & que d'ordinaire, après qu'on a tout vendu, on vend sa conscience, quand toutefois on n'a pas commencé par là. »

Voilà ce que je dirais à. mes élefteurs, qui non-seulement se hâteraient de ne pas m'élire, mais se déclareraient insultés & viendraient faire du . tapage dans mes escaliers. Aussi n'avais-je en tête aucun martel politique lorsque, avant d'aller m'inftaller pour quelques jours à Gabourg, je me suis arrêté à Caen, où les courses avaient attiré un monde énorme.

Les courses de province, c'eft tout Tun ou tout l'autre. On voit courir des rhinocéros ou les meilleurs chevaux de Paris, Caen, qui possède y outre d'excellentes matelottes , le plus bel hippodrome connu, a eu l'honneur de àéçldiCtT Ruy-BlaSy qui a^ sans trop se faire prier, gagné les deux courses dans lesquelles il eft parti. Ce cheval, qui porte un glorieux nom', commence à se faire une position dont Gladiateur sera peut-être jaloux un jour, si on admet que les étalons sont aussi malveillants que les humains. Quand Ruy-Blas o.

paru sur la pille, tout Caen s*eft levé comme un seul chef-lieu en criant :

— Le voilà ! c'eft lui !

Un monsieur, placé à cbté de moi^ a dit tout haut :

— J'ai sa photographie, il eft bien ressemblant.

Plusieurs personnes lui ont même fait un succès politique , le bruit s'étant répandu dajis la ville qu'il avait été défendu longtemps,& qu'on ne lui permettait enfin de courir qu'après l'avoir tenu enfermé pendant

dix-huit ans dans les cartons du miniftère.

Entre les deux jours de courses , nous sommes allés tous aux bains de Lucques,qui se trouvent à trois quarts d'heure de Caen^ & oti leé femmes mettent le jour les bonnets de coton que leurs maris ont quittés le matin.

Notre confrère, Etienne Porte, rédadleur en chef du Derbjr & expert entre tous dans les choses du sport, a immédiatement organisé des courses à la voile entre les pécheurs du village. Cinquante francs au premier, trente francs au second, vingt francs au troisième.

J'étais, pendant le combat, assis auprès de la femme du pêcheur qui eft arrivé en tête battant les autres de plusieurs coups de vent»

Quand elle a vu son mari passera notre jockeyKilub pour toucher son prix de cinquante francs, j'ai cru qu'elle allait succomber à une attaque d'apoplexie. J'ai pensé alors que celui-là était un grand philosophe qui a dit le premier que tout eft relatif, & que nous autres, qui jetions si facilement par toutes les fenêtres ce qui représente deux mois du travail d'un pêcheur des côtes dd Norman-

die, nous étions de bien grands misérables.

Devant le succès de cette première tentative, nous avons immédiatement fondé un prix de dix francs^ entrées comprises, pour les jeunes gars du pays qui voudraient courir à pied une diftance de cent cinquante mètres.

Soixante moutards se sont présentés, dont la moitié eft tombée avant l'arrivée. Le vainqueur a étë félicité par sa famille jufte comme ^'il avait sauvé la France à Waterloo, & les autres se sont arraché les cheveux qui, heureusement, repousseront.

Nous voulions créer une course en sabots pour les filles de la contrée. M^is nous avons remis l'exécution de ce projet à l'année prochaîne. Il y a un certain nombre de beaux garçons dans le village. D'ici là elles auront le temps d'être suffisamment entraînées.

i5 août 1867.

La magiftrature a été évidemment conftituée pour protéger les citoyens, car s'il n*y

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avait pas de citoyens, il n'y aurait pas de magiftrats. Quelquefois^ malheureusement, ils ont une façon à eux d'interpréter la proteélion qu'ils nous accordent. Il arrive souvent, par exemple, que sans aucun résultat sérieux pour la découverte de la vérité, on mêle* à une afifaire scandaleuse comme celle du procès de Fontainebleau, des personnes honorables qui sont fort surprises, en dépliant le matin leur journal, de voir leurs noms ou leurs portraits livrés avec dédicace à la publicité de débats criminels.

Je donne cent mille francs & un parapluie rouge à qui me prouvera de quelle utilité pouvait étrç, dans rinterrogatoire de la femme Frigard, la production des photographies, avec les noms & qualités y annexés, d'hommes entièrement étrangers à la mort de la viftime & qui lui avaient rendu visite dans un but que la magiftrature, gardienne naturelle des moeurs qui ne savent pas se garder elles-mêmes, devrait dissimuler à tous les yeux.

Remarquez que ce but même, nous ne le

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connaissons pas. Il eft possible que la plupart des messieurs qu'on a étalés si légèrement sous les yeux des jurés aient en effet cédé aux agaceries d'une de ces Nicolas Flamel qui trouvent moyen de faire de Por avec des imbéciles; mais si jamais la vie privée a besoin d'être murée, c'eft surtout dans ces circonftances toutes spéciales. Figurez-vous dans un salon fraîchement décoré une femme mariée lisant dans la Galette des Tribunaux que son époux diftribue sa photographie à toutes les boulevardières d'alentour. Vous voyez d'ici cette lionne dans la cage de laquelle Batty lui-même refuserait d'entrer.

— Ahl misérable I voilà donc où a passé ma dot ! Et moi j'étais là, & je me reprochais les dix-sept premières représentations & les ^trente-trois bals de nuit auxquels j'ai assifté cet hiver. Ah I que j'étais bête ! Oh I oui, j'étais bien bête.

Il y a làj songez-y, mes bons juges, de quoi amener plus de séparations que vous ne pourriez en prononcer. Il faudrait donc, à mon

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avis^ y regarder à deux fois avant de jeter ainsi le trouble dans les ménages légitimes & surtout dans ceux qui ne le sont pas.

J'ai conflaté que plusieurs d'entre nous étaient exposés en cartes de visites aux vi«« trines des papetiers du passage des Panora*^ mas. Si, ce que je li'ose espérer, il plaisait à mademoiselle Toinette Bobichon^ en religion sœur Camélia, d'acheter ma photographie pour la mettre dans son album^ il me serait excessivement désagréable d'être catalogué dans ]^s pièces à conviction le jour oti ladite Bobichon volerait le porte-monnaie d'un riche étranger. Il eft même probable que je demanderais^ sinon des dommages-intérêts, au moins des explications au tribunal. Il eft vrai que^ sans nul doute, celui-ci me répon« drait;

— Allez vous asseoir.

Ce qui eft le' grand argument des tribunaux qui ne trouvent rien à répondre.

Nous n'en devons pas moins conftater que ce sont les indiscrétions de ce genre qui nuisent à la manifeftation de la vérité en

effrayant les témoins^qui ont à peu près aussi peur que les accusés de paraître devant la juftice. Gomme nous savons que le pouvoir discrétionnaire d'un président peut faire de nous exaftement ce qu'il veut ; qu'il a le droit de nousî faire habiller en général mexicain ou en odalisque si les besoins de la cause lui semblent l'exiger; comme, en outre, il peut nous menacer de nous faire arrêter à l'audience^ ainsi qu'on Ta vu dans l'affaire du . dentifte de Foix, oîi un malheureux saltimbanque a failli passer le reilant de ses jours entre deux gendarmes, pour avoir essayé de défendre sou confrère, qui était durefte innocent; tous ces agréments unis à une exhibition possible de photographies intimes ont généralement pour effet de procurer des tremblements convulsifs à tout individu qui reçoit une assignation à comparaître.

Il n'y a, dans ce que je dis là^ aucune intention d'excuser la femme Frigard, qui me paraît aussi mal tournée au moral qu'au physique. Les femmes, d'ailleurs^ ont beaucoup donné cette saison au point de vue criminel,

puisque les journaux racontent que la prison de Saint-Lazare eft tellement encombrée en ce moment que radminiftration a été obligée de placer pour les détenues des lits jusque dans les couloirs. J'ai cru même saisir dans le regard de quelques-unes des feuilles qui annoncent cette nouvelle un petit air de satisfadlion non exempte d'orgueil. Voyez, vous disent-elles implicitement, comme cette prison prospère. Il y a plusieurs années, c'eft tout au plus si Saint-Lazare contenait deux cents prisonnières. Aujourd'hui, elle en renferme dans son sein un nombre si respeâable qu'on eft forcé de dresser des lits dans les couloirs. Niera-t-on notre supériorité sur les autres nations de l'Europe? Dieu! comme les Anglais vont être vexésl

Que le champ de l'aidultère & celui du dévergondage aient produit une abondante récolte, je ne le nie pas, mais peut-être, au lieu de placer des lits dans les couloirs des maisons de détention pour le3 dames, serait-il bon de chercher la cause de cet accroissement frénétique des délits féminins. Vous avouez

vous-mêmes que Paris n'eft qu'un grand bazar européen (vous avez dit caravansérail, mais bazar me paraît moins turc) au3^ ri** chesses duquel vous conviez tousles peuples.

Vous transformez sciemment & avec une préméditation non déguisée la capitale de la France en une ville de plaisirs & de fêtes vénitiennes. Or, si vous avez fait de Paris une ville de plaisirs^ c'eft évidemment pour qu'on s'y amuse. Vous ne pouvez avoir la prétention de nous faire admettre que toutes les joies de la vie consiftent à entendre M. Belmontet s'écrier de temps en temps :

— Non, la France ne périra pas.

Ou:

-^ Que la Prusse prenne garde à elle !

Non, une ville de plaisirs eft évidemment celle où l'on joue le pliais gros jeu au baccarat, où l'on paye le moins son tailleur & où les femmes de la petite vertu sont le plus abondantes. Si vous conviez à vos agapes toutes les cascadeuses du globe, & que vous les fassiez arrêter quand elles débarquent chez vous avec leur corset dans du papier, elles ont le

drçit inconteftable de vous demander pourquoi^ après leur avoir ouvert ainsi les portes de la France^ vous leur ouvrez celles de Saint-Lazare.

Il pe peut y avoir deux façons de voir les choses : il efl très-vrai que depuis quinze jours on n'a jamais tant parlé de vertu, de bonnes mœurs & de pudeur publique, mais il eft également inconteftable que jamais la mauvaise conduite n'a pris chez les femmes de toutes les classes des développements aussi exceptionnels. Vous avez voulu faire de Paris une ville de plaisirs, vous l'avez; de quoi vous plaignez-vous? Si vous trouvez aujourd'hui que les plaisirs vont trop loin^ ce n'eft pas en encombrant les prisons deftinées aux femmes que vous diminuerez le scandale.

Vous arriverez au contraire à le souligner sans réussir à Téteindre,

Laissez-les donc^ au contraire, ces braves filles, retourner à leurs petites récréations, qui ne changent rien à l'état des choses. Si vous vous montrez si sévères avec elles, savez-vous ce qui arrivera? C'eft qu'elles s'en-

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voleront loin de Paris, qu*elles n'y reviendront jamais, & que vou» vous trouverez avec une ville de plaisirs sur les. bras, sans qu'on puisse faire autre chose pour toute diflraftion que de causer des obligations mexicaines, ce qui ne sera peut-être pas amusant pour tout le monde.

i8 août 1867.

Il faut tout prévoir : je serai peut-^tre un jour trop heureux de me créer de vulgaires ressources avec une de ces médailles d'argent, produit inceflueux d'une cantate & d'un mor« ceau de musique. En homme qui songe à l'avenir, je me suis donc rendu il y a quelques jours chez un poëte qui a de cette littérature une habitude invétérée. Ce garçon, qui eft d'ailleurs charmant, éprouve à peu près deux fois par an un irrésiftible besoin dccantaterS Ses crises le prennent généralement au printemps & à l'automne. Il avale alors son

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diâionnaire des rimes, & une fois qu'il l'a rendu il efl soulagé pendant six mois. De temps en temps il a la chance qu'il se commette contre un souverain un attentat non suivi d'effet, ce qui lui procure une troisième purgation dans son année. Mais les médecins les plus autorisés n'ont pas hésité à déclarer que c'était ^rop pour son tempérament & qu'il arriverait ainsi à se donner une inflammation d'inteftins, d'autant plus qu'il a toujours négligé de prendre du bouillon aux herbes awint l'opération.

Il n'en eft pas moins résulté pour lui de cet état poético-maladif une telle quantité de médailles d'or, de bronze, d'argent & d'aluminium que tous ses amis lui conseillent de* faire sa vente Tannée prochaine. Je ne pouvais donc m'adressera un homme plus compétent.

— Supposez, lui ai-je dit, que je nourrisse le projet de faire une cantate pour le i5 août qui vient, comment croyéz-vous que je doive m'y prendre ?

— C'eft selon, m'a répondu cet expert assermenté près les cours & miniftères. Il faut

parler un peu de tout sans compromettre personne^ & toucher 4 toutes les grandes queflions européennes^ sans donner à cha« cune d'elles plus d'un hémiftiche ou deux.

— Tel eft, en effet, mon plan^ ai-je répliqué. Ainsi, je me demande s'il ne serait pas bon de commencer par une juAification de l'affaire mexicaine, aujourcfhui encore si indignement calomniée.

— Oh ! vous n'y êtes pas du tout, fit-il alors vivement. Faites une cantate, mais si vous voulezêtre le moins du monde agréable au gouvernement, ne parlez pas plus du Mexique que s'il n'avait jamais exifté.

— Très-bien I je me rejetterai sur la pro* chaîne revendication de nos frontières du Rhin.

— Pas un mot du Rhin, dans ce momentci, au nom du ciel I Lancer une menace à la Prusse quand la situation eft aussi tendue, le gouvernement ne vous le pardonnerait pas.

— Moi , vous . savez , je disais le Rhin , comme j'aurais dit autre chose. Je n'y tiens pas autrement, d'autant plus que je me rat-

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traperaî amplement sur l'Italie, aujourd'hui libre pu à peu près^ jusqu'à l'Adriatique.

— Ah! un inftant, pas de bêtises. Si vous vous amusez à peser sur la queftion romaine jufte quand Garibaldi se dispose à la trancher définitivement, vous n'aurez pas même une médaille en fer-blanc.

— Vous avez parfaitement raison. Que je suis bétel je vais m'amuser à chercher midi à quatorze heures^ quand j'ai de quoi faire dix cantates avec la seule lettre du 19 janvier^ qui nous promet le droit de réunion, la liberté de la presse, l'abaissement du timbre pour les journaux, la faculté de...

— Un mot de plus, & votre médaille n'eft plus même en étain. Une lettre promettant tout ce que vous énumérez a été écrite le 19 janvier, c'eft inconteftable & personne ne peut nier qu'elle ait paru au Moniteur. Mais puisque vous paraissez vouloir entrer dans les bonnes grâces du pouvoir, continuez à considérer, jusqu'à nouvel ordre, cette publication comme un de ces charmants mirages, un de ces rêves d'opium aimés des Orientaux.

— Ah ! pardon, je ne savais pas. Mais si vous croyez de mauvais goût de traiter «n rimes croisées de l'abaissement du timbfe, qui ne sera peut-être jamais abaissé, rien ne m'empêche de célébrer 1^ tranquillité dont nous jouissons.

— A toute autre époque vous seriez dans le vrai, mais cette année, vous tombez mal.

Depuis qu'un député a qualifié cette tranquillité de « calme effrayant, » le calme efl très-mal vu en France. Comme, d'un autre côté, vous ne pouvez pas vous plaindre d*étre calme & demander à être agité, mieux vaut, au point de vue de votre intérêt personnel, ne pas arborer un mot qui donne lieu à des interprétations si différentes.

— Vous êtes plein de bon sens, mais si. je tie puis parler dans ma cantate, ni du Mexique, ni de l'Italie, ni de l'Allemagne, ni de la lettre du 19 janvier, ni de la tranquillité dont nous jouissons, je ne vois pas trop comment je me tirerai d'affaire, à moins que je ne chante, sur la lyre à sept cordes, les bienfaits du libre échange.

— Vous en avez le droit, mais, à votre place, je n'en ferais rien. Après les discours de M. Pouyer-Quertier sur le traité de commerce, retomber dans cette queftion-là, c'eft se mettre à dos tous ceux qui ne veulent pas réveiller des discussions éteintes.

— Alors que pensez-vous de quelques ftrophes sur le retour des bonnes mœurs ?

— Ce serait le comble de la maladresse^ au moment oti tous les journaux annoncent qu^on a été obligé d'ajouter des lits à ceux qui ornaient déjà la prison de Saint-Lazare.

Voil^ comment, si j'avais suivi mes inftinéls, j'aurais trouvé moyen de me mettre. très-mal avec les grands de la terre^ tout en faisant mes efforts les plus soutenus pour leur être agréable. Je conftate cependant que d'autres plus habiles ont réussi à faire des cantates, où il était queftion de tout & de rien, de rien & de tout^ & qui leur amèneront leur médaille périodique. Faut-il que ces écrivains-là aient du talent 1

Il eft cependant dur de ne pouvoir obtenir une médaille, même en osier^ précisément

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dans un mois où les diftributions tombent drues cbmme gréte , accompagnées de discours sur lesquels ceux qui les entendent & probablement ceux qui les prononcent donneraient difficilement des explications. Le marécjial Vaillant, par exemple, qui eft miniftre des Beaux- Arts — ce qui peut paraître singulier quand on songe qu'en 1849 c'eft lui précisément qui a bombardé Rome , la ville artjiflique par excellence — le maréchal Vaillant, qui probablement a^ appris à con^ naître les tableaux dans les cadres de l'armée, a prononcé dans son allocution à la diftribution des récompenses aux exposants du Salon de cette année, cette phrase qui perd à être creusée, à propos de la mort de Brascassat & de celle d'Ingres :

c Je ne vous dirai jamais qu'il y a des deuils plus cruels les uns que les autres. »

Mais si, mais pardon mille fois, il y a des deuils plus cruels les uns que les autres.

Quand un mari perd sa femme qu'il aime, son deuil eft infiniment plus cruel que s'il ne pouvait pas la souffrir. Je suis obligé de dé*

darer que, pour ma part, je porterais certains deuils avec une excessive légèreté d'allures^ tandis que d'autres me seraient peut - être intolérables. Si , d'ailleurs , tous les deuils sont aussi cruels Jies uns que les autres 3 pourquoi prononce-t-on sur certaines tombes des discours de trois quarts d'heure, tandis que les enterreiirs se contentent de s'avancer sur certaines autres la casquette à la main en disant à la famille ^

-— J'espère que ces messieurs sont satis<« faits«

Voilà malheureusement à quoi nous entraînent les discours officiels & obligatoires. On a une vieille phrase dont on ne pouvait rien faire, on là fourre là-dedans, comme les dévotes gardent les sous de mauvais aloi pour les donner à la quête. CeA ainsi que M. Guillaume, diteâeur de l'École des Beaux-A?ts, qui a succédé à M. le maréchal.

Vaillant comme orateur, a fait cette déclaration publique en conftatant l'état de prospérité de son enseignement :

« Il semble qu'il y ait à l'École des Beaux*

iSi Les Signes du Temps

Arts un obftacle secret aux entraînements funeftes. »

Je demande à M. Guillaume ce qu'il entend par «entraînements funeftes?» Géricault a eu des entraînements le jour où il a fait sa Méduse Se son Cuirassier blessé. Delacroix, Barye, Giorgione^ Véronèse^ Diaz, David d'Angers ont passé leur vie à avoir des entraînements. En revanche^ M. Blondel, M. Picot & trop d'autres n'ont jamais eu, il faut leur rendre cette juftice, les plus petits entraînements. Malheureusement, les premiers ont produit des chefs-d'œuvre, & les seconds d'honorables croûtes. Ce qui peut être appelé funefte en art, c*eft donc moins l'entraînement que la sagesse. En effet, récole que dirige M. Guillaume n'a aucun entraînement funefte ou non^ on s'en aperçqit tous les ans à l'exposition des prix de Rome.

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19 août 1867.

J'ai quitté l'Océan & ses pêcheuses de crevettes, pour retrouver Paris & ses pêcheuses de crevés. La bonne plaisanterie de la se- ' maine a consifté à rire beaucoup du jeune homme qui persiflait à proclamer devant la Cour la chafteté native de la défunte dame de Mertens^ tandis que sur le même banc réservé aux témoins se tenait tranquillement un monsieur blohd^'qui venait de raconter à MM. les jurés qu'il avait rencontré un soir la dame des pensées de son voisin d^audience, . & que sur un Sîi^ple gefle, marqué en chiffres connus, elle l'avait suivi chez Brébant, où ils avaient ensemble donné des coups de couteau dans un perdreau, en même temps que des coups de canif dans un grand nombre de contrats.

Et on nous accuse, nous autres fouilleurs du cœur humain ^ de manquer de poésie^ & je trouve encore là,' sur une table, une lettre d'une petite écriture indignée où une ano-

nyme me demande si j'ai la prétention de rayer Pamour d'un trait de plume. Mais non, je n'ai pas plus cette prétention là que d'autrès. Tout ce que nous voulons, c'eft que les hommes ne confondent pas l'amour avec la jocrisserie & le cœur avec l'eftomac.

Si^ au lieu de chanter à son ami :

C'eft le jour. Entends-tu léchant de Talouettef

Juliette avait dit à Roméo :

« Mon petit, vois-tu, il faut filer parce que l'autre va venir. Ah ! à propos, n'oublie pas de laisser quelque chose pour la bonne. »

Il eft probable que ni Shakespeare^ ni M. Gounod ne se seraient occupés de ces deux personnages. Malheureusement l'exemple de madame de Mertens ne corrigera personne, & ceux qui rient le plus haut de la déposition du jeune homme en sa faveur, sont probablement logés au même hôtel que lui : à l'hôtel du Cœur yfolant. Ce qu'on ftupéfierait d'à* mants convaincus, en leur démontrant qu'ils ont des collaborateurs au fond de toutes les

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armoires & au bas de tous les escaliers! Un monsieur rencontre une femme dans un bal public; le premier soir il veut bien admettre qu'elle a cédé dans le but^ d'ailleurs honorable, d'arriver à payer son terme; mais interrogez-le huit jours après , il vous racontera qu'il l'a remise complètement dans la bonne Voie, & qu'aujourd'hui, elle ne le tromperait pas pour toutes les tabatières enrichies de diamants qui se sont diilribuées, ces temps derniers, sur toute la surface de l'Europe.

Il y a, cependant, pour savoir si une maîtresse en associe d'autres à votre empire, une épreuve bien facile à tenter. Pour peu qu'elle soit figurante dans un théâtre, vous lui faites remettre par le concierge le billet suivant :

a Mademoiselle,

«c Vous êtes belle, je suis étranger. A quels autres pieds que les vôtres puis-je déposer mes hommages & une partie de ma fortune ? ' Si vous ne dédaignez pas les vœux d'un sim-

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pie Moscovite, venez demain , vers deux heures, au Grand- Hôtel, où Je suis descendu. Vous. demanderez le prince Brinde* zingarinn. »

Allez ensuite prendre tranquillement une demi-tasse au café qu'on a inflallé dans la cour de l'hôtel. Si vous ne voyez pas arriver, d'un pied léger, la femme adorée dont la vertu vous inspire des doutes, c'eft qu'en effet vous l'avez retirée de labîme où elle se plaisait quotidiennement à tomber. Mais vous la verrez arriver, soyez-en sûr, à moins qu'elle n'ait pris des leçons de Jarnac lui-même & qu'elle ne pressente le coup, auquel cas, allez trouver une des douze vieilles femmes qui ont été condamnées, l'année dernière, pour avoir mis leurs cheveux blancs au service de ' petites dames blondes; & en ayant bien soin de vous présenter comme un Danubiei^ de passage à Paris, demandez-lui de vous ménager une entrevue avec votre propre amante.

Il eft évident que si la femme âgée vous répond :

Les Signes du Temps iSy

— Monsieur, rien de plus facile, c'eft une de nos meilleures clientes.

Vous n'avez pas besoin d'en savoir davantage. Le moyçn eft sûr. Il eft à la portée de toutes les âmes sensibles. Eh bieni les hommes même les plus violemment torturés par le tire-bouchon de la jalousie, aiment mieux refter dans cette pénombre qui n*eft pas absolument la confiance, mais qui n'eft pas non plus tout à fait la désillusfbn, que d'éclairer brusquement leur situation d'une si vive & d'une si facile lumière. Et ils continuent à jeter leur argent par toutes les fenêtres & à mourir sur toutes les pailles pour des femmes dont ils défendent à cor & à tri les sentiments d'honneur, quand il serait si facile d'avoir les preuves matérielles de leur dévergondage.

La famille de la dame, assassinée dans la forêt de Fontainebleau va, dit-on, intenter à la condamnée un procès civil en reftitution des sommes retirées par elle du Comptoir d'escompte à l'aide de chèques falsifiés. Il me semble que, de son côté, le jeune adorateur,

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si parfaitement trahi, pourrait demander à la famille Mertens tout l'argent qu'il a pu engloutir dans sa liaison avec une femme qui a commis des faux à sa manière, puisqu'elle lui faisait accroire qu'elle était honnête^ tandis qu'elle ne l'était pas. Rien n'eft désobligeant comme d'apprendre que la pièce qu'on vous a servie comme inédite a déjà eu sur un autre théâtre un grand nombre de représentations, d'autant plus que ce sont rarement là des speâacles gratuits & non gratis^ comme, on l'a fait remarquer^ le gouvernement persifle à l'écrire sur les affiches le 1 5 août, ce qui eft une faute que nous lui pardonnerions volontiersj du refte, s'il n'avait commis que cellelà. Ce qu'on ignore assez généralement, c'eft que ce speâacle soi-disant gratis ou gratuit, ne l'eft pas pour tout le monde^ & qu'il eft devenu excessivement onéreux pour plusieurs des direéleurs qui sont forcés de le donner.

Vous croyez, par exemple, que c'eft l'État qui vous offre la Biche au bois à la Porte- Saint-Martîn & Cendrillon au théâtre du

Les Signes du Temps i3q

Châtelet. Erreur excusable, mais manifeile.

La Biche au bois fait tous les soirs des recettes de six mille francs, Cendrillon-dépas^e huit mille. Or, savez-vous combien les théâtres reçoivent pour cette représentation du i5? Chacun d'eux touche une rémunération de deux mille cinq.cents francs. De sorte qu'à eux deux seulement les direfleurs du Châtelet & de la Porte-Saint-Martin font cadeau au pouvoir d'une somrfie qui va au-delà de sept mille francs. Si, après cette saignée, ils n'avaient pas pour les fét;es nationales un enthousiasme indescriptible, c'efl donc qu'ils n'auraient pas le cœur vraiment français.

Je dois dire, cependant, que si je me décidais à offrir une fête, je tâcherais que mes invités ne fussent pas forcés d'en solder même partiellement l'addition.*

— Combien payez -vous l'enthousiasme?

dit Odry au sous-préfet des Saltimbanques.

Je n'ai jamais eu, pour ma part, grande eftime pour l'enthousiasme qui va émarger à chaque fin de mois, mais si je consens à ce

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que mon enthousiasme ne me rapporte rien^ je ne serais pas non plus très-âatté qu'il me coûtât quelque chose. >^

2 septembre 1867.

Je n'ai qu^un regret^ mais il eft vif, c'eft de voir que IWngleterre arme un nombre ridicule de canonnières pour aller détrôner le roi Théodoros d'Abyssinie. J'avoue ma faiblesse, j'aimais cet homme. Ce n'eft pas un souverain comme les autres, qui ne peuvent pas changer de linge sans faire intervenir la Providence; qui disent à leurs peuples :

— Vous savez, je vous aime de tout mon cœur; mais en attendant que je donne ma vie pour vous, vous seriez bien aimable de donner la vôtre pour moi.

Et une foule de phrases sentimentales qui signifient tout ce qu'on veut. Noii, le souverain de toutes les Abyssinies n'y met pas tant de façons. L'idée lui eft venue un jour d'épou-

ser la reine d'Angleterre. Il a aussitôt fait mander dans l'ajoupa qui lui sert de palais, trois voyageurs anglais^ dont un consul, qui s'amusaient à ramasser des coquillages sur le bord de la mer :

— Messieurs, leur a dit ce noir, je suis en âge de m'établir. Je voudrais épouser la reine d'Angleterre. Envoyez-lui ma photographie en lui faisant savoir que je lui demande sa main.

Vainement les trois voyageurs, dont un consul, ont fait observer à ce mari de onze mille négresses que la reine d'Angleterre était • trop récemrpent veuve pour songer à épouser ainsi un homme qu'elle ne connaissait pas; que d'ailleurs la Chambre des lords & même celle des communes ne verraient pas cette union sans un certain déplaisir, le roi Théodoros leur a fait cette réponse pleine de sens :

— Vous me donnez là des raisons excellentes; c'eft pourquoi je vais vous calfeutrer dans les cachots de la ville & vous y retenir jusqu'à ce que la reine Vifloria ait con-

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senti à me prendre pour époux. C'eft simple comme la grammaire de l'Européen Lhomond.

Voilà ce que j'appelle un roi qui suit une politique arrêtée. Il n'a pas fait de ces vaines menaces qui, presque toujours, aboutissent à des excuses. Il a simplement fait conduire ses trois invités dans le cachot promis, &, depuis cinq belles années, il les retient en otages, dans l'espérance peu fondée que la reine d'Angleterre se décidera^ même au prix d'une mésalliance, à racheter ses trois sujets du plus insupportable des esclavages.

Mais la patience a des limites^ même quand elle efl d'étoffe anglaise. Les sujets de S, M, Britannique ont résolu de mettre fin aux ob* sessions de cet amoureux transi quoique brûlé, en allant eux-mêmes délivrer leurs compatriotes. Malheureusement^ on craint que le bruit de cette expédition ne soit le signal de leur massacre. De sorte que ces infortunés flottent dans cette douce alternative de voir mutuellement leurs têtes danser sur le fil d'un sabre^ comme la toupie de Tescamoteur

du cirque japonais, ou d'être obligés d'écrire à leurs amis :

« Rengainez votre expédition. Les uns préfèrent le trépas à l'esclavage; nous, c'eft le contraire. Nous sommes - viâimes des plus affreux traitements & nous mourons de faim; mais nous tâcherons de nous y habituer.

S'ils doivent en effet tomber sous les coups de leur persécuteur, à la première tentative faite pour les délivrer, mieux vaut encore les abandonner à leur sort misérable. 11 y aurait bien pour la reine Viâork à prendre une résolution qui ne manquerait pas de grandeur, ce serait de déclarer en plein Par-* lement que, ne découvrant pas d'autre moyen de i4uver trois de ses sujets, elle consent à épouser le nègre. Je propose là une solution qui ferait faire vingt-cinq culbutes à tout bon Anglais, & si quelque chose eft ceriaiA^ c'eft que la ville de Londres se tordrait dans des rires convulsifs le jour oti la reine rece*

vraît des trois prisonniers de Théodoros une lettre dans ce. genre :

a Madame,

a On vous a trompée sur Théodoros, c'eft un garçon très-aimable. Il a quelquefois des lubies, comme par exemple de couper la tête à son premier miniftre & de se faire de la peau une descente de lit^ mais ce n^eft pas ce qu'on peut appeller une mauvaise nature, & il ne demande qu'à vous rendre heureuse.

AU nom du ciel, épousez-le, Madamé,& vous aurez rendu la vie à trois de vos fidèles serviteurs que vous aimez tant, à ce que vous dites tous les ans dans les discours du trône, w

Les trois prisonniers auraient cependant raison. Les rois se sont toujours fait passer pour les pères de leurs sujets. Voilà une magnifique occasion de prouver que cette locution n'eft pas purement adverbiale. Qui de nous, en effet, sachant que trois enfants à lui

^ ^ntre les mains d'un être féroce, qui

^ Xes faire éventrer d'un moment à l'autre,

ne c--^ . . , 1

^^-^lîsentirait pas, pour 1^ arracher à cette

. "*''^îon affreuse^ à épouser je ne dis pas seu- ^^^nt une négresse, mais la reine des gueo ^^? Enlevez à une mère trois de ses fils ^^ffrez-lui de les lui rendre à la condition ^lle partagera la couche du premier clo- ^t:e qui vous tombera sous la main, elle ^^ptcra bien vite en donnant encore comme î^ point les marques de la joie la plus vive. ^ais il faut avouer que la partie n'eft pas ^gale & qu'il eft bftn dur, dans le domaine «X^litique, de voir ceux qui s'intitulent eux- ^êmes nos pères , se sacrifier si rarement J)our leurs enfants. Or, c'eft ordinairement le contraire qui se produit dans les familles. Il eft donc particulier que les langues européennes continuent à décorer de ce doux nom de pères des personnages qui comprennent parfaitement que nous donnions notre sang pour eux, mais qui ne donneraient seulement pas leur main pour nous.

Il ne résulte pas moins de cette expédition

en partance pour l'Âbyssinie, que les Anglais ne reculent devant aucune dépense, comme disent les afiiches.de speâacle, p6ur arriver à la délivrance de trois de leurs compatriotes. Je suppose que trois Français soient prisonniers d'un chef africain^ on ne rassemblerait pas dans les quatre-vingt-neuf départements soixante-quinze francs pour aller les tirer de là. Nous possédons un patriotisme spécial qui fuit quand on l'appelle. Les Anglais avaient fondé par souscription un prix de cent vingt-cinq mille livres fterling au voyageur qui trouverait le passage au Nord-Oueft^ c'eft-à-dire le moyen d'aller par 1^ route du Pôle en vingt jours au Japon.

Cette prime de trois millions cent vingt-cinq mille francs a été gagnée par Tilluitre James Parry, &, depuis ce grand événement géographique^ plus de vingt expéditions, entre autres, celle de John Franklin, sont parties d'Angleterre pour tenter le passage du pôle.

Cette immense découverte, qui conftituerait une des pages les plus glorieuses de la nation qui l'aurait faite, n'a jamais reçu chez nous le

moindre encouragement. Depuis eaviron six mois, M. Lambert, ingénieur hydrographe des plus diftinguéSy a ouvert une souscription deflinée à couvrir les frais de cette aventure, bien autrement intéressante que les' inutiles coups de canon de ces dernières années.

Il faut à M. Lambert, pour mettre toutes les chances de son côté, trois millions au plus. Depuis que la souscription eft ouverte, il n'a pas encaissé cent mille francs.

Or, savez-vous à quoi répondent trois millions^ en temps de guerre? Étant donné le nombre des coups^ tant de fusil que de canon, à tirer pour abattre un homme ; si d'autre part on additionne le chiffre des soldats à équiper, à transporter & à nourrir, trois millions représentent environ cinquante Prussiens tués ou blessés. Eh bien ! si vous voulez, au prochain conflit^ on mettra à la caisse d'épargne les hon^.mes, les canonà& les gargousses nécessaires à la mort de ces cin* quante Allemands, & une fois la paix signée, nous aurons peut-être la somme suffisante pour traverser le pôle aréique. Il e(l vrai

qu'il y aurait cinquante Prussiens de plus sur la terre» mais ce n*eft pas là un de ces malheurs dont une grande nation comme U nôtre ne puisse se consoler.

3 septembre 1867.

Soulouque vient de mourir^ & nous qui ne voyons guère disparaître un hippopotame peu intelligent ou décéder une lionne en couches^ sans lui consacrer plusieurs articles nécrologiques^ nous avons enseveli dans nos journaux^ sous deux maigres lignes de faits divers, cette grande figure hiftorique qui refteraune des plus saillantes du siècle, & qui en tout cas méritait bien qu'on lui rendît à ce moment suprême les honneurs biographiques accordés jadis au dernier soupir de Jocko.

Si les peuples étaient intelligents, ils mettraient tout simplement feu Soulouque parmi les conilellations. Etant donné que le ridicule

tue en France & à Haïti, ce monarque a rendu aux générations futures le plus signalé des services en tuant le despotisme qu'il a en effet pratiqué avec un succès de comique si incontefté. Jusqu'ici le régime du sabre avait paru odieux & funèbre, lui seul a trouvé moyen de l'égayer au-delà de toute expression. Cet homme fut un vaudeville couronné. Ima-^ ginez-vous au théâtre du Palais-Royal un Sbulouque joué par Brasseur chantant une ronde d'OfFenbach en compagnie de son premier miniftre Gil Pérès, tout nu avec jun portefeuille sous le bras, & vous avez deux cents représentations sans compter les reprises.

Louis XIV se brouillant avec le grand Turenne, qui^ en lui passant un matin la chemise, lui avait effleuré l'épaule avec la frange d'or d'un de ses parements, n'était pas beaucoup moins étonnant que l'empereur d'Haïti attachant à son chapeau- de sergent de ville un panache de trois cents mètres ; mais Louis XIV, qui manque essentiellement de gaieté, impose encore aux masses par la gra-

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vite de son attitude^ tandis que l'autre, le souverain en gutta-percha, qui, chassé du trône, disait en secouant les arbres^ de la route :

« — Le coco de l'exil eft amer à la bouche, » éveille dans l'esprit des masses une idée de délassement comique deûinée à faire le plus grand tort aux autres monarques, qui s'étaient considérés jusq^u'à nos jours comme si parfaitement sérieux.

J'ai connu plusieurs personnes qui avaient vu«à l'œuvre ce souverain de l'autre côté de l'eau, & j'ai raconté ailleurs comment moimême, au début de ma carrière chroniquante, •j'avais failli recevoir de ses mains potelées la décoration qu'il avait fondée & qu'il appelait naïvement l'ordre de la Légion d'honneur.

Une énergie surhumaine m'avait seule sauvé de ce danger, un des plus grands que j'aie courus de ma vie. Mais j'ai profité des bonnes dispositions de ce potentat à mon égard pour subtiliser quelques traits de moeurs qui portent avec eux leur enseignement gratuit & obligatoire.

Les Signes du Temps i5i

Entre autres inventions dont la poftérité eA appelée à se gaudir, ses flatteurs avaient trouvé la suivante : vers les dernières années de son règne^ alors que l'affeflion c(e ses peuples commençait à marquer au soleil deux degrés au-dessous de rien du tout^ le vieux Soulouque aimait à aller visiter ses provinces, afin de réchauffer l'enthousiasme, qui se frappait, comme du Champagne, chaque Jour davantage. Afin donc, & c^eft ici que la courtisanerie haïtienne mérite une première médaille à l'exposition des platitudes , afin donc que ses vieilles oreilles ne fussent pas affligées par le morne silence qui accueillait partout son passage, on avait adapté aux roues de son wagon un appareil sonore qui criait : Vive l'empereur! pendant tout le temps que le train était en marche. Enfoncé dans son compartiment, Soulouque était persuadé que ces acclamations continues sortaient du gosier reconnaissant de ses fidèles sujets. Ému jusqu'aux larmes, il jetait quelquefois par la portière en criant : « Tenez, braves gens ! y> des pièces de monnaie que le

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chauffeur, le mécanicien & le premier minière se partageaient sans rien dire, tandis que Sa Majefté rentrait dans sa capitale convaincue qu'elle était plus forte & plus adorée que jamais.

Voilà comment les souverains ne peuvent jamais savoir la vérité ; il eft vrai que Soulouque aurait probablement fait fusiller le premier qui se serait permis de la lui apprendre. Notre pays n'en a pas moins commis une réelle injuftice en regardant passer avec une si complète indifférence le convoi funèbre de ce souverain déchu. Si quelqu'un a jamais eu des titres sérieux à la reconnaissance des hommes libres, c'eft certainement Soulouque.

Il a déconsidéré la noblesse en donnant à ses gentilshommes ordinaires des titres trouvés dans le manuel du parfait confiseur.

Il a démonétisé les plumets en coiffant ses grands dignitaires en simples chicards.

Il a réduit l'uniforme, cet uniforme qui gouverne tout en France,' à l'état de contrefaçon du coftume de l'amiral suisse de la Vie parisienne.

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Enfin il a fait de ces décorations, dont la chasse eft aujourd'hui toujours ouverte , une quincaillerie dont le fer-blanc ne peut que rejaillir sur tous les crachats connus & sur toutes les plaques européennes, fussent-elles en diamants.

Tel eft rinventaire politique de Tex-empereur de Haïli. Trouvez-moi donc un écrivain, un philosophe ou un moralifte qui mérite plus que lui la reconnaissance des gens^ par malheur de moins en moins nombreux, qui croient que rien n'eft plus profitable au progrès de la civilisation que de voir ridiculiser ce qui eft, en effet, ridicule.

Avant-hier, cependant, à la première de la reprise de Œ^eau-dPAney je me disais à part

moi que les gens ridicules sont peut-être ceux

qui ne sacrifient pas au Dieu panache, puisque le grand succès des pièces eft maintenant pour les faiseurs de tours, les clowns & les dégufteurs de sabres. Ce sont les sauteurs anglais, qui, ce soir-là, ont emporté tous les suffrages. Je crains que le théâtre ne se réduise actuellement à ceci : L'amoureux

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niarchera-t-il assez longtemps sur les mains pour rattraper le traître qui s*eft lâchement enfui sur la tête?

Je suppose qu'au lieu devenir à Alexandre Dumas en i832, l'idée de la Tour de Nesle eût surgi vers 1867 dans son puissant cerveau : il eût peut-être été obligé, sous peine de four, de faire de Timpitoyable Marguerite une princesse passionnée pour la gymnastique & qui alors qu'elle était jeune fille & que la Bourgogne était heureuse, aimait à se débarrasser du fardeau des grandeurs. pour se livrer aux exercices de la femme à la perche.

Rachel, au lieu de prendre des leçons de Samson, en aurait demandé aux frères Price, & madame Dorval accompagnerai V^ai ntenan t sur le violon les déclarations d'Antony.

On a tellement réjîété que le théâtre était fait pour les yeux, que les auteurs en ont supprimé tout ce qui pourrait rentrer dans'le domaine du cerveau. La grande queftion eft d'avoir autant que possible, dans un ouvrage dramatique, un homme qui avale avec leur

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coquille des œufs fraîchement pondus & qui les rende sans les casser. Je n'ai pas mission de sonner le tocsin littéraire^ mais je vouS' assure que c'eft effrayant. Les auteurs de leur côté prouvent, addition en main^ que plus il y a dans une pièce d'artiftes avalant sans les casser des œufs fraîchement pondus, plus la location donne, & que c'eft, non leur faute, mais celle du public, s'ils ont été obligés d'introduire peu à peu dans leur dialogue ces éléments qui jusqu'ici étaient reliés modeftement dans les poulaillers.

Il n'y a pas grand'chose à répondre à ce raisonnement ; mais la situation n'en eft que plus trifte. Si, en effet, le théâtre efl l'image de la vie & la photographie 'de la société, il faut avouer que nous sommes d'agréables saltimbanques. Dans un temps donné, les miniftres plénipotentiairesdespuissancescirconvoisines n'oseront plus se présenter chez nous que comme les Arabes du théâtre International, c*eft-à-dire avec une épée nue en équilibre sur le nombril , & au lieu de verres d'eau sucrée nos députés auront, à portée de leur

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main, plusieurs charbons ardents qu'ils s'amuseront à prendre entre leurs dents à l'appui de leur argumentation.

Je crois que Soulouque eft mort à temps: le malheureux n'aurait probablement pas résilié à de pareils speâacles.

7 septembre 1867.'

Saint Paul' allant prendre l'air sur le chemin de Damas, ville renommée pour sa coutellerie, n'a pas été illuminé plus subitement que moi lorsque j'd lu la lettre écrite à la Liberté par M. Francis Monnier, l'ex-précepteurdu prince impérial. M. Monnier attribue son départ des Tuileries à des jalousies & à des calomnies de toute espèce. Il y a là toute une révélation. Nous avions tous pensé qne, s'il y avait au monde un immeuble où régnaient la vertu la plus pure & le désintéressement le plus complet, c'était le palais des rois. Je comprends la dispute de made-

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moiselle Schneider & de madfemoiselle Silly.

J'admets qu'aux Folies-Dramatiques la petite Flamèche envoie des lettres aux journaux de théâtre contre la grosse Boulingrin, qui a essayé de lui enlever un rôle & de lui subtiliser un amant. Mais quoil dans le sanctuaire même, dans l'Olympe en personne, des concurrences de métier^ des querelles de sérail ! L'air embaumé des cours coûtant fort cher à entretenir & à renouveler^ n'a de raison d'être qu'autant qu'il rend meilleurs ceux qui y vivent. Si, au contraire, là comme î^illeurs les amours-propres se livrent des combats & les intérêts se donnent des tournois, autant habiter rue Guérin-Boisseau un cinquième sur le derrière.

Les aveux de l'ancien précepteur du prince impérial sont d'autant plus importants que toutes les étoiles^ de la première à la quinzième grandeur , qui tourbillonnent autour du pouvoir^ ne perdent jamais une occasion, comme Ta fait M. Monnier lui-même, de protefter de leur dévouement. Les gens qui emploient avec une facilité aussi déplorable ce

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mot sacré se gardent bien de raconter au public que, dans les dix-neuf vingtièmes des cas, ce dévouement consifte pour eux à occuper une excellente place qui leur procure de magnifiques appointements. Et quand un ami leur fait compliment sur leur brillante situation, ils ne se gênentmême plus pour lui répondre :

— 'Je suis très-dévoué. Il eft bien jufte que je sois payé plus cher que ceux de mes collègues qui sont moins dévoués que moi.

Je conseille à M. Littré^ dans la seconde édition de son magnifique diâionnaire, de modifier ainsi la définition de ce mot, passé aujourd'hui à Pétat de four banal :

Dévouement. — Métier qui ne coûte pas grand'chose & qui rapporte beaucoup.

Niez donc les progrès de la langue : ce même mot avait autrefois un sens absolument contraire. Pendant l'émigration , le marquis de Rivière mangea cinquante mille livres de rentes au service de la cause des Bourbons, sans avoir voulu jamais accepter d'autre récompense qu'un petit' portrait du

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comte d'Artois, depuis Charles X. Surpris à Paris avec ce fatal portrait sur son cœur, il fut englobé, sur cette preuve unique, dans la conspiration de Georges Cadoudal, & condamné à mort pour la cause à laquelle il devait déjà sa ruine. Voilà du dévouement.

Aujourd'hui^ quand un monsieur eft dévoué, il se hâte d'écrire à une feuille du soir, en la priant de publier cette grande nouvelle dans son plus prochain numéro. J'attends le moment oîi nos grands dignitaires mettront, moyennant trois francs la ligne, à la quatrième page des journaux, à l'inftar d*un

marchand de chocolat bien connu :

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