LE CHATEAU DE BERCY
modernes. Il est réclamé pour l'agrandissement de Paris, et bientôt toute la partie basse de ce parc dont les grands ombrages ont vu les femmes et les hommes les plus distingués du siècle de Louis XIV, sera convertie en entrepôts où l'on vendra du vin frelaté.
Mais en attendant que le marteau démolisseur ait accompli son œuvre, celui du commissaire-priseur a fait la sienne. On lui a livré le mobilier du château, c'est-à-dire tout un musée où les amis de la grande curiosité ont amplement trouvé à satisfaire leurs goûts: tapisseries de haute lisse, glaces merveilleusement encadrées, consoles d'une grandeur fabuleuse, chaises, fauteuils, marbres, pierre taillée, tableaux, faïences, lambris de dix-sept pieds de hauteur, tout chargés des ornements les plus rares, des entrelacs les plus exquis, ornements incroyables d'une fantaisie et d'une élégance à jamais disparues. Tout cela a été dispersé au vent des enchères, comme la société incomparable pour laquelle ces grandes choses ont été faites a été dispersée aux quatre vents des révolutions.
Le château de Bercy contenait, en outre , une bibliothèque, et dans cette bibliothèque, en chêne sculpté, on a retrouvé, parmi six mille bons volumes faits pour l'étude et le travail de chaque jour, quelques-uns de ces beaux livres, devenus si rares, qui
sont le charme et la curiosité des bibliophiles. Depuis 1775, ces livres reposaient sur leurs tablettes, et ils avaient miraculeusement échappé à tous les ravages du temps, dans ces lieux , autrefois remplis de toutes les magnificences du grand siècle, de toutes les fêtes du luxe et de l'élégance, maintenant déserts et inhabités , livrés au silence , à la solitude, à l'abandon qui a lentement répandu la poussière des siècles sur toutes ces splendeurs éteintes.
Saluons encore d'un mélancolique regret le parc de Monceaux, dont la plus grande partie va être absorbée par un nouveau boulevard et qui est déjà livré à la pioch«. Il fut créé en 1778 par le duc d'Orléans. L'architecte Carmontel en fit une des merveilles de Paris. On y admirait des collines, des vallées, une rivière bouillonnante, des temples, des kiosques, des tombeaux, des ruines gothiques, des pagodes, une forêt, des jets d'eau, des cascades et jusqu'à un moulin à vent avec mie maison rustique pour le meunier. Il est vrai que cette chaumière était à l'intérieur toute revêtue de marbre blanc, et possédait une laiterie dont tous les vases étaient en porcelaine. De toutes ces fantaisies, il ne reste guère aujourd'hui que les débris d'une colonnade.
Ce parc, ainsi que ceux de Bercy et de Tivoli, va bientôt se transformer en longues et monotones rangées de constructions. Sur cet emplacement, au-