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LA VERDURE ET LES VIEUX QUARTIERS

trefois dessiné avec tant d'élégance, le zinc et le moellon vont prendre la place des acacias et des cytises, l'affreux macadam va s'étendre où se déroulaient naguère des tapis de mousse, et, au lieu des chansons matinales des pinsons et des rossignols, on y entendra désormais les cris stridents des marchands de comestibles et les odieux refrains de l'orgue de Barbarie. Ainsi la brique, le fer et la chaux vont partout chassant les arbres et les fleurs. Si l'on n'y prend garde, il ne restera bientôt plus un seul jardin privé à Paris, non plus que dans aucune ville de province. Grâce à nos lois de morcellement et d'instabilité domestique, tous les parcs, tous les ^ rares espaces de terrain et de verdure qui existent encore dans l'enceinte des cités sont menacés d'une destruction inévitable et prochaine. Il y a quelques années à peine, une végétation abondante égayait les quartiers les plus sombres; au fond des rues les plus étroites, on rencontrait toujours quelques vieux hôtels laissant apercevoir, à travers leurs grilles de fer, de vastes cours ombragées de marronniers , ornées de volières et de jets d'eau grésillant sur un gazon en fleurs; d'autres fois, le regard, pénétrant à travers la porte entr' ouverte d'un couvent, se reposait avec contentement sur des quinconces touffus, sur de longues perspectives verdoyantes et ombragées, sur de vastes pelouses baignées d'air et de lu-

mière; enfin, il n'était pas jusqu'à l'humble maison bourgeoise qui n'avait sa cour ou son parterre réservés.

Aujourd'hui , tout propriétaire bien avisé calcule qu'une rangée de maisons à six étages lui sera de meilleur produit que les fleurs ou les légumes de ses jardins, et il livre l'hôtel de ses pères au marteau de la bande noire , ou il porte lui-même la cognée sur les grands arbres de sa cour. Ne le ferait-il pas, d'ailleurs, que l'inexorable rigueur des lois de partage y forcerait J3ientôt ses enfants. Ainsi s'en vont les belles et vastes demeures, ainsi les jardins particuliers disparaissent un à un, tantôt pour cause d'utilité publicjue, tantôt par suite des exigences de la licitation , et toujours au grand dommage de la vie de famille , de l'existence de chacun, de la santé de tous, de la liberté et de la dignité individuelles. En revanche, les rues sont plus larges, les jardins publics mieux ornés, les places plus aérées et plus spacieuses; mais la gêne est au logis, chacun se serre et s'entasse, on n'a plus de fleurs que sur sa cheminée ou dans une jardinière, chaque jour la rue empiète sur la maison; le chez-soi est amoindri par la cité, comme l'individu est absorbé par l'État.

Les Bernes parisiennes, par M. le baron Gaston de Flotte. — Les grandes et petites ignorances de M. Jules Janin. — M Babinet et Shakspeare. — Modèles d'érudition biblique. — Les bévues du Siècle. — MM. Arsène Houssaye et Granier de Cassagnac. — Causes intellectuelles et morales des bé-vues de la presse. — Le public est un crétin! — Encore le respect.

M. le baron Gaston de Flotte a publié sous le titre de Bévues parisiennes un curieux petit li^Te dans lequel il s'est amusé à noter avec une malice de Marseillais et une érudition du meilleur aloi quelquesunes des ignorances, des citations fausses, des dates tronquées , des fautes de français , des erreurs historiques , physiques, chimiques, géographiques, mathématiques, en un mot des bévues en tous genres qui chaque jour échappent par milliers aux écrivains de Paris dans les journaux, dans les revues ou dans les livres. Il y en a vraiment de fort réjouissantes. Le spirituel critique commence par dépouiller le dossier de M. Jules Janin, dont les petites ignorances sont, du reste, passées à l'état de proverbe.

Chacun sait qu'il a vu rougir l'écrevisse à travers le cristal du ruisseau, qu'il a nommé le homard le cardinal des mers, qu'il a fait de Smyrne une île, de Rodez la capitale de l'Auvergne et du Rhône le fleuve qui passe à Marseille, qu'il appelle saint Jean Chrysostome un Bossuet africnin, qu'il fait assister Charlemagne aux croisades et persécuter Abailard par Louis XI, qu'il fait bâtir le Luxembourg par Catherine de Médicis et remporter la victoire de Denain par Catinat. M. de Flotte a consacré une douzaine de pages aux inadvertances littéraires de l'auteur des Gaietés champêtres, et cependant il n'a pas tout dit, tant s'en faut. En voici une qui a échappé à ses recherches, et dont il pourra enrichir sa prochaine édition:

Dans une notice sur Lesage, où il fait naître l'auteur de Gil Blas dans le dé portement du Morbihan — en 1668! — M. Jules Janin affirme que « monseigneur le grand Dauphin, ce prince illustre par sa piété et sa vertu, protégea Turcaret comme son aïeul avait protégé Tartufe ' . » Or il est vrai de dire que le grand Dauphin, relui qu'on appelait Monseigneur et qui ordonna aux comédiens du Théâtre-Français d'apprendre et de jouer le chef-d'œuvre dramatique de Lesage , ne fut rien moins qu'illustre •< par sa piété

1. Nnlice sur Lesapn, plaiée rii têln de l'édition du Diable boiteux, illustré par Tony Johannot.

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