‹ Les signes du tempsChapitre 102 sur 148 · BÉVUES PARISIENNES · texte numérisé non relu

BÉVUES PARISIENNES

et sa vertu,» et qu'il était fils et non petit-fils de Louis XIV. L'habile critique le confond ici avec son lils aîné, le vertueux duc de Bourgogne, qui se mêlait ftirt peu , comme on sait, des choses et des gens de théâtre.

On voit qu'il y aurait un recueil bien amusant à faire sous ce titre : Janiniana.

Mais M. Jules Janin n'a pas le monopole des bévues, et ses lauriers empêchent de dormir un grand nombre de ses confrères en journalisme. Un autre écrivain des Débats, M. Babinet, prétend que Shakspeare, qui mourut en 1615, fut contemporain de Racine, qui naquit en 1639. La Presse accuse l'intolérance « d'avoir brûlé Galilée. » L Opinion nationale, par la plume de M. Sarcey de Suttières , se livre à cette allusion évangélique : « Henri réclame les lettres à cor et à cri ; on le renvoie de Ponce i Pilote. » A son' tour, M. de Flotte renvoie M. Sarcey à M. de Suttières. Madame George Sand avait déjà écrit ce mot charmant : « Comme Hérode , ils ne savent plus que se laver les mains de toutes les iniquités sociales. » De son côté, M. Paul d'Ivoi n'a pas voulu se montrer inférieur, en fait d'érudition biblique, à M. de Suttières ou à madame Sand ; et il a bravement pris Jéricho pour un nom d'homme, en nous faisant la description suivante des démolitions de Paris : « Sur ces marécages qui n'avaient pas vu le soleil depuis.

qu'ils avaient été labourés pour la dernière fois par les quatre bœufs du char de Chilpéric, des rues nouvelles, larges, aérées, droites, des boulevards immenses , de vastes places , se sont alignés fièrement, remplaçant tous ces quartiers malsains et sombres que le Jép.icho municipal a voués à une si sage destruction. «Ainsi voilà M. Haussmann mis en parallèle avec Jéricho; j'avoue que je n'aurais même pas songé à le comparer à Josué.

Mais, en matière de bourdes et de bévues, le grand prix d'honneur appartient incontestablement au Siècle. On ne saurait se faire une idée du nombre de sérieuses facéties, d'absurdités convaincues, de coq-à-l'âne, d'ignorances plus ou moins philosophiques, que cet étonnant journal sert chaque matin à son million de lecteurs. C'est ainsi qu'en octobre I800 il nous disait avec un sang-froid magnifique que « le marquis Andréa, ministre de Ferdinand de Naples, ne pouvait recevoir ceux qui avaient affaire à lui quand il célébrait sa messe maigre. » — « Mais il faut noter, ajoutait-il avec le plus grand sérieux, qu'un bref spécial de Grégoire XVI, tout en lui accordant l'autorisation de célébrer, quoique laïque, le divivin mystère, l'av.\it dispensé de consacrer l'hostie. » C'est superbe! Une autre fois, en 1857, il annonçait, dans son article nécrologique, que le cardinal Ximénès venait de mourir; or, il était né

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