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LES ÉTRENNES

étrennes! les chrétiens font Taumône!... Mais, me répondrez-vous, quand je donne des étrennes, j'en reçois à mon tour, et, quand je donne aux pauvres, ils ne me rendent rien ! Ah! vous dites que les pauvres ne vous rendent rien ! Vous êtes des idolâtres, qu'il soit tait de vous ce qui est annoncé : « Allez au feu éternel ! »

Poussant plus loin ses recherches, l'homme d'esprit déterrait certain décret d'un concile d'Auxerre, où il est dit en propres termes : « Il est défendu de pratiquer l'usage des étrennes, c'est un usage diabolique. I\on licet... sfî^enas diabolicas observare. »

Voilà qui est net et clair. Comment se fait-il donc qu'aujourd'hui l'Église, loin de condamner l'usage des étrennes, l'encourage et le bénit comme un usage honnête, moral, propre à resserrer les liens domestiques, à rapprocher les distances sociales, à faire cesser les inimitiés ? L'écrivain dont je parle s'est bien gardé de le dire, et ce n'est pourtant point par ignorance. Il savait mieux que personne que, dans cet usage païen, l'Eglise ne frappait d'anathème que les sacrifices idolâtres et les fêtes impures, qui étaient l'accompagnement obligé des étrennes. Son éternelle et souveraine sagesse a sanctifié une coutume immorale en la transformant, en quelque sorte, sous le charme vainqueur d'une bénédiction toute divine. Elle a conservé les étrennes, comme elle a

conservé la pierre druidique en la surmontant d'une croix, et le culte très-idolâtre des fontaines, en y plaçant une petite figure de saint ou de sainte dans une niche grillée, comme elle a conservé les classiques païens en les enseignant chrétiennement , comme enfin elle a fait du Panthéon romain, du temple de tous les dieux , la basilique de tous les saints. Voilà pourquoi, lecteurs et lectrices, vous pouvez en toute quiétude de conscience, et malgré les anathèmes de Tertullien et de saint Augustin, recevoir les étrennes qu'on vous otfre, et même, si bon vous semble, en donner à votre tour.

Pour beaucoup, je le sais, dans nos temps d'égoïsme et de misère, cette journée des étrennes est marquée au coin d'un insupportable ennui. — En vérité, il y a des usages bien tenaces, des routines bien enracinées , et les révolutions qui ont rayé tant de choses auraient bien dû supprimer cette sotte coutume de faire des compliments , d'exprimer des vœux, de former des souhaits dont on ne pense pas un seul mot et surtout de distribuer des présents dont on aimerait bien mieux garder dans sa poche la représentation métallique. Ainsi raisonnent les égoïstes, les gens de finance, les boursiers, tous ceux qui sont confinés dans leurs calculs grossiers et bêtes, dans leurs cliilfres sans intelligence et sans cœur. Oh 1 le vilain , le faux raisonnement.

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