LE LUXE DES ÉTRENXES
el comme on voit bien que ces gens-là sont ignorants du vrai bonheur, des joies les plus pures et les plus profondes de la vie ! Il y a en eifet quelque chose de plus doux ici-bas que de recevoir des étrennes, c'est d'en donner. Pour l'homme riche et bien né, c'est vraiment un beau jour que ce premier de l'an qui lui fournit l'occasion de faire des heureux, de donner aux pauvres, aux amis, aux enfants. Vraiment, donner est un plaisir du ciel, si recevoir est un plaisir de la terre. Mais ne donne pas qui veut, et pour cela il faut bien plus que de l'argent, il faut du tact, de la délicatesse, il faut savoir distribuer ses dons avec intelligence et mesure, avec convenance surtout, il faut les approprier à l'âge, à la condition, aux goûts, aux aptitudes intellectuelles de celui qui reçoit.
Tel donne à pleines mains qui n'oblige personne , La façon de donner vaut mieux que ce qu'on donne.
C'est notre vieux Corneille qui a dit cela, et il a exprimé en deux vers d'un suprême bon sens une vérité éternelle, mais trop souvent méconnue.
Donnez donc des étrennes, donnez-en beaucoup ; mais cependant n'imitez pas les extravagances à la mode , qui sacrifient à cette époque des sommes folles aux cadeaux destinés aux petites filles et aux petits garçons. Je me suis élevé ici même contre
le luxe des bals d'enfants ' : me sera-t-il permis d'appliquer des réflexions analogues au luxe des étrennes et des jouets? Eh bien , dussé-je me faire une aff'aire avec les petites duchesses de la rue de Varennes, avec les petites financières de la Chaussée d'Antin , je ne cesserai de m' élever contre le luxe diabolique qui s'est introduit de nos jours dans les étrennes.... Stj^enas diabolicas. — Ah! je m'explique maintenant l'anathème des Pères du concile d'Auxerre! Quoi! des poupées de cinq cents francs, couvertes d'or, de dentelles et de pierreries; des coupés doublés de soie, attelés d'une magnifique paire de cheveaux gris-pommelé ; des Léotards ou des Blondins qui font des cabrioles à n'en plus finir et qui coûtent douze cents francs; des automates à faire crever de jalousie le canard de Vaucanson, et tout cela pour des enfants de sept à dix ans ! Que leur faudra-t-il donc à vingt-cinq, ôtrop célèbre Giroux, qui blasez le goût de l'enfance et de la jeunesse avec vos inventions d'un autre âge, qui lui inspirez l'aversion des jeux innocents, le mépris des joujoux de la boutique à sept sous? Ah ! vous êtes un des grands corrupteurs de ce siècle, monsieur ftiroux, et, s'il faut vous exprimer toute mon opinion , je ne crains pas de dire que vos ateliers si