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LE DUC d'ohléans. 319

favorable à ce triste et malheureux prince qui, de déchéance en déchéance, a été conduit jusqu'au régicide, et qu'elle nous représente, pour ainsi dire sans le vouloir et par le simple exposé des faits, comme un homme sans nul caractère, sans parole, plein de rancune et de fiel, en même temps que d'une rare dissolution.

Le récit demadameElliott s'ouvre le 12juillet 1789, l'avant-veille de la prise de la Bastille. Dès le début, elle nous fait assister aux irrésolutions du duc d'Orléans, à ses tiraillements en sens contraire et à ses faiblesses; elle nous le montre hésitant d'abord et partagé entre sa popularité naissante et ses devoirs de prince du sang, assiégé par Lafayette, Bailly, le vicomte de Noailles, et puis enfin entraîné sans retour dans le tourbillon révolutionnaire.

« Le duc, dit-elle, vint dîner avec moi deux fois à la campagne, et je trouvais ses manières très-changées : il était triste, ce qui n'était nullement dans son caractère. Je lui exprimais toujours mes inquiétudes sur sa situation, mais il me répondait en riant que j'étais folle, qu'il n'avait aucun motif d'inquiétude, que j'étais comme tous les aristocrates, et que Je ne pensais qu'à heurter de front l'opinion populaire, » etc.

Tel était le langage du duc d'Orléans quelques semaines avant les journées d'octobre, et il montre combien, dès lors, ce prince était engagé contre la

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cour. Cependant madame Elliott croit pouvoir l'absoudre de toute participation aux événements qui eurent pour résultat de transférer la famille royale du palais de Versailles au palais des Tuileries, événements dont elle accuse surtout « la populace de La- Fayette. »

Puis elle retrace, avec simplicité et une horreur qu'elle ne cherche nullement h dissimuler, les funèbres et sanglants souvenirs du 20 juin, du retour de Varennes , du 1 0 août , des massacres de septembre. A cette dernière époque, elle revoit le duc d'Orléans et, dès le premier mot, elle lui dit que les effroyables scènes des Carmes et de l'Abbaye étaient bien faites pour guérir tous les admirateurs de « cette hideuse révolution. » Le duc lui répond d'abord par quelques banalités sur les révolutions, dans lesquelles on verse beaucoup de sang et qu'on ne peut arrêter quand on veut. Bientôt, se laissant aller aux épanchements de l'intimité, il ne peut dissimuler ses terreurs et ses angoisses.

« Je lui conseillai, dit madame Elliott, de s'arracher aux mains des misérables qui l'entouraient, et de ne pas les laisser abuser de son nom pour commettre de si horribles attentats. — « Tout cela, me « dit-il, semble facile à faire dans votre salon ; je « voudrais bien que cela le fût autant en réalité ; « mais je suis dans le torrent, je dois m'élever ou

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