‹ Les signes du tempsChapitre 116 sur 148 · MADAME ELLIOTT AU PALAIS-ROYAL · texte numérisé non relu

MADAME ELLIOTT AU PALAIS-ROYAL

elle trouva le duc d'Orléans en grand deuil. A cette vue, elle ne put se contraindre, et, se rappelant son « horrible vote, » elle lui dit avec l'ironie la plus amère qu'elle le supposait en deuil, comme ellemême, pour la mort du Roi.

« Il sourit d'un air contraint, ajoute madame Elliott, et me dit : « — Oh ! non, je suis en deuil de « mon beau-frère, le duc de Penthièvre. » « — Je « présume, dis-je, que la mort du Roi a hâté la « sienne, ou peut-être est-ce la manière cruelle dont « le procès a été mené et votre vote pour sa mort ? » « Ici je fondis en larmes. — J'ose dire, m'écriai-je, « qu'il est mort le cœur brisé : il en sera de même « de moi ; mais vous, Monseigneur, vous mourrez « comme le malheureux Roi, sur l'échafaud ! » Bon « Dieu ! dit-il, dans quel état vous êtes ! Certes, je « ne vous aurais pas priée de venir si j'avais eu l'idée « de tout cela. Le roi a été jugé, et il n'est plus ; je « ne pouvais empêcher sa mort. — Mais, répon- « dis-je, vous aviez promis de ne pas voter. » Làdessus il se leva. — « Ceci, réplique-t-il, est un « triste sujet; vous ne pouvez pas, vous ne devez pas « me juger; je ne pouvais éviter de faire ce que j'ai « fait, etc. »

Nous ne saurions poursuivre l'analyse complète de ces mémoires, qui ont un charme réel dans leur brièveté, dans leurs détails simples et vrais, dans

leurs anecdotes vives et naturellement contées. Il est difficile de les lire sans ressentir quelque sympathie pour celle qui en est l'auteur , pour cette jeune femme dépaysée et déclassée, qui avait dans le cœur plus de sang royaliste et français, et dans l'âme plus de sentiments dévoués, généreux et vraiment chrétiens, que tous les personnages delà société élégante et frivole oii elle était forcée de vivre. Dans tout le cours de son récit on la voit incliner au bien, sans ostentation et sans faiblesse, et comme portée par un courant naturel. Prisonnière à Versailles et renfermée dans le même logement qu'un vieux médecin philosophe et athée, le docteur Gem, elle cherchait à calmer son désespoir en lui offrant les consolations religieuses qu'elle trouvait dans ses souvenirs de pensionnaire, et nous l'avons vue s'épuiser en efforts pour sauvegarder l'honneur du nom d'Orléans, pour épargner la dernière des hontes au prince qu'elle avait aimé.

De tels sentiments, exprimés sans art, mais avec une sincérité pleine d'énergie et souvent de passion, assurent une place à part aux Mémoires de madame Elliott, et peut-être parviendront-ils à les sauver de l'oubli où sont enfouis déjà tant de récits contemporains. Il nous semble, en effet, que les historiens qui jusqu'à ce jour ignoraient même l'existence de la rivale de madame de Buffon devront désormais tenir

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