DES NARCOTIQUES
échappe-t-il à cette maladie incurable dont il porte le germe en soi?
Les uns, les plus heureux et les mieux doués, y échappent par l'assiduité de la prière et des ardeurs mystiques, par une élévation constante du désir et de toutes les aspirations de l'âme vers la cause divine de toutes les félicités ;
Les autres, par le travail, l'amitié, l'ambition, l'amour, les affections de la famille et du foyer, par la recherche et le culte du beau sous toutes ses formes : art, littérature, poésie.
D'autres enfin, et ce sont, hélas ! les plus nombreux, cherchent dans l'ivresse, dans les excitants de toute nature, narcotiques ou spiritueux, grossières liqueurs ou parfums subtils, tabac, opium, haschisch, vin, rhum, eau-de-vie, absinthe, genièvre, les moyens d'échapper, ne fût-ce que pour quelques heures, à leurs douleurs et à leurs inquiétudes.
Nous dirons plus loin les ravages causés dans la société moderne par l'abus des liqueurs alcooliques. Parlons d'abord du funeste usage des narcotiques, dont, selon l'exacte et judicieuse observation de M. Michelet, l'invasion progressive se fait invinciblement dans toutes les classes de la population, obscurcissant l'esprit des uns, atteignant la santé des autres, et partout isolant l'homme, le séparant de la femme et lui donnant , môme au sein de sa famille
et SOUS son toit une déplorable préférence pour les satisfactions égoïstes et les jouissances solitaires.
Il n'y a pas à en douter^, et sur ce point l'analyse chimique est inexorable : le tabac, c'est de la nicotine concentrée, c'est-à-dire un des poisons les plus subtils et les plus violents que connaisse la toxicologie.
Un médecin distingué, le docteur Clavel, a écrit que « seul, le tabac pourrait transformer le monde moderne en un vaste hôpital de vieillards, d'incurables et d'aliénés. »
Or les fumeurs de profession absorbent chaque jour des doses considérables de ce poison, auquel beaucoup d'entre eux s'accoutument sans doute comme les entrailles de Mithridate s'étaient accoutumées à une autre substance vénéneuse, mais dont les ravages, pour être insensibles, n'en sont pas moins terribles et sûrs. Il n'existe pas de constitution tellement vigoureuse qu'elle ne puisse être ébranlée par l'usage persistant de la pipe ou du cigare. Qu'est-ce donc lorsque la pipe ou le cigare exercent leur action sur la constitution du jeune homme ou de l'enfant? Or, il est vrai de dire qu'aujourd'hui on fume même au collège. L'habitude se prend sur les bancs de l'école, par vanité ou forfanterie; elle se poursuit pendant les années qui suivent immédiatement les études classiques, puis elle finit par s'enraciner et s'emparer à jamais de la vie. On ne