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LES ADVERSAIRES DU TABAC

tisé par les autorités les plus graves. Urbain YIII fulmina une bulle contre lui, ou du moins contre l'usage indécent qu'on en faisait jusque dans les églises. Jacques P"" écrivit ces paroles peu sympathiques : (( Sans tabac, on ne croit pas avoir traité son hôte assez sompteusement, et ce qui répugne à dire, c'est que les femmes mêmes éprouvent le besoin de dépraver leur bouche, afin de pouvoir par cette similitude supporter l'haleine fétide de leurs maris. » Quant à Louis XIV, que notre correspondant transforme en partisan du funeste présent du nouveau monde, parce qu'il permettait à Jean Bart de fumer dans les salons de Versailles, qui ne sait qu'une semblable tolérance ne fut qu'une indulgente concession faite à l'héroïque marin ? Louis XIV et tous les princes delà maison de Bourbon ont toujours eu l'antipathie la plus prononcée pour cette drogue assoupissante qui, sauf l'exception de Jean Bart, n'a jamais paru à la cour de Versailles.

Au nombre des plus ardents adversaires du tabac, on compte encore, parmi les gens d'esprit, Voltaire, Rousseau, Mirabeau, Montesquieu, qui lui lancent les plus vives boutades; Charles Fourier, qui déclare qu'il est « l'opium de l'esprit; » Michelet, qui prétend que « le tabac a séparé l'homme de la femme, et qu'il est le plus grand obstacle entre les époux. »

Selon Stendhal, l'intelligence baisse à mesure que l'usage de la drogue va se propageant. Si l'Allemagne est perdue dans une vague rêverie, si la Hollande s'enfonce chaque jour dans son épaisseur et dans sa graisse, si l'Espagne est endormie, si la France commence à battre la campagne, c'est la faute de la pipe, de la cigarette et du cigare.

Passons aux savants :

M. Victor Meunier soutient que le tabac est le plus puissant endormeur de l'énergie humaine.

M. Danet, un examinateur de l'École polytechnique, a observé que les plus intrépides fumeurs de l'Ecole manquent leurs examens et sortent fruits secs.

Un journal de médecine publiait naguère le fait suivant :

« Un enfant de dix ans tombait dans des accès d'épilepsie inconcevables. Le médecin appelé essaye de tous les traiments, sans résultats. Il s'informe des habitudes de l'enfant ; on découvre qu'il se cache pour fumer. On s'oppose énergiquement à ce précoce penchant, et le sujet guérit. »

M. Le Maout, auteur d'une Botanique célèbre, n'a pas assez d'anathèmes contre l'usage de la drogue. Il affirme qu'elle amollit la fibre musculaire, plonge l'ame dans cette résignation, dans ce désenchantement et ce lâche fatalisme si commode à la paresse et à l'égoisme. « Eton|iez-vous, s'écrie-t-il, que des

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