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REINES ET PRINCESSES

les chastes ligures de Jeanne de Bourbon et de Marie d'Anjou. Sous Louis XII, la femme pieuse, la Scfinte héroïque, c'est Jeanne de Valois : disgraciée de la nature, honnie, répudiée, chassée du trône, elle se venge à force de douleurs, d'expiations et de bonnes œuvres, en priant pour un époux ingrat et pour le salut du peuple. Après elle voici la reine Claude, celle qui vécut longtemps dans les souvenirs populaires sous le nom de « la bonne reine, » et que les chroniqueurs appellent « la perle des dames, la gloire de l'auguste et royale maison de France, la joie et liesse des Français, l'ornement de la chrétienté. »

L'auguste compagne de Henri III, Louise de Lorraine; Marie deMédicis et Anne d'Autriche, dont les noms sont attachés à tant de bonnes œuvres ; Marie- Thérèse, dont Bossuet a dit : <.< Tous les peuples croyaient voir partir de son oratoire la foudre qui accablait tant de villes; » et enfin la touchante et sainte fdle du roi Stanislas, Marie-Leczinska, devront encore prendre place dans cette galerie des reines de France qui, par leurs prières, par leurs conseils de mères ou d'épouses, parleurs fondations aussi multipliées que les formes innombrables de la charité chrétienne, ont peut-être exercé plus d'action sur nos destinées que les hommes de diplomatie, de politique ou de guerre.

Après les reines, le livre dont je me permets ici

d'esquisser le plan et que je recommande à l'attentioo et à l'étude de plus autorisés et de plus habiles, devrait tenir compte des princesses de France, fdles, sœurs ou tantes de nos rois, qui, sans avoir régné, ont eu sur les afl'aires publiques une part considérable de mystérieuse et providentielle influence. La liste est longue de ces princesses, séculières ou religieuses, qui n'ont marqué leur passage dans la vie que par des bienfaits. J'ai sous les yeux un tableau où se trouvent mentionnées celles qui ont embrassé la vie claustrale, et, bien que fort incomplet, il renferme cent seize noms de fdles du sang royal, toutes issues des maisons de Clovis, de Pépin et de Hugues Capet, de saint Louis, de Bourbon et d'Artois, qui se sont consacrées à Dieu dans l'état monastique et qui, sauf deux ou trois exceptions, ont édifié le cloître par leurs angéliques vertus '.

Enfin on ne saurait oublier, dans un semblable travail, les princesses de race française qui ont épousé des souverains étrangers. C'est par elles surtout que la civilisation chrétifînne s'est propagée dans une grande partie de l'Europe. Une princesse mérovingienne, Rigonthe, a fait de Reccarède le pre-

1. Ce tableau se trouve en têle d'un opuseule dédié à Madame Louise et intitulé : Direction spirituelle pour s'occuper sniiiteiiietu avec Dieu, h l'usaf^'e des no\ices de l'ordre de Notre-Dame du Mont-Carmcl, Paris, 1774, in-32.

LE LIVRE d'une CARMELITE. 339

mier roi catholique de l'Espagne. Une fille de Charibert, sainte Berthe, a, par son mariage avec Étlielbert, roi de Kent, jeté les bases de la monarchie et de la nationalité chrétiennes de l'Angleterre. Et, après elles, une foule considérable de femmes royales ont continué leur œuvre; saintes auxiliaires de la mission providentielle qu'a reçue la fille aînée de l'Eglise, elles ont, par une action à la fois douce et persistante, par leurs travaux, par leurs prières, souvent par leurs larmes, fécondé et fait éclore en tous lieux le germe des divines semences; elles ont, plus qu'on ne le pense, contribué à fonder la suprématie de la France et à rattacher les peuples au centre de la chrétienté ; elles ont donné au Gesta Dei per Francos sa signification la plus auguste et la plus éclatante. Voilà ce qu'on ne saurait trop rappeler et redire dans ces temps de malheur où la France semble avoir rompu avec ses nobles traditions, où elle est devenue un instrument de propagande et de compression révolutionnaires après avoir été, pendant de longs siècles, l'agent le plus actif et le plus puissant de la civilisation et de la liberté chrétiennes ; voilà ce qu'on verra dans le livre dont je parle, quand il plaira à Dieu d'en donner l'inspiration à une plume française et catholique.

En attendant, voici un ouvrage qui poun'ait fournir à un pareil livre un de ses chapitres les plus ins-

tructifs et les plus curieux, celui peut-être qui en ferait ressortir la pensée avec le plus de relief et de lumière'.

Nous connaissions jusqu'ici la vie de Madame Louise de France par le peu que nous en ont appris les Mémoires du temps, par le récit fidèle, mais incomplet et sec de l'abbé Proyart. Aujourd'hui la royale carmélite nous est révélée par sa propre famille d'élection, par une de ses filles spirituelles qui, ne songeant qu'à écrire un livre d'édification pour les âmes pieuses du cloître ou du monde, a fait, sans le savoir et sans le vouloir, un livre plein de charmes pour les esprits cultivés, une œuvre de premier ordre, à s'en tenir au point de vue strictement littéraire. Bien écrire est, du reste, une tradition dans la famille du Carmel. Toutes les fois qu'elles mettent la main à la plume, on reconnaît chez les filles de Sainte-Thérèse quelques-unes des beautés de style qui éclatent à chaque page des œuvres de la grande réformatrice. L'habitude de la contemplation et de la prière, la perpétuelle tension de toutes les forces de leur âme vers la source éternelle de toute grandeur et de toute beauté, donnent à leurs pensées les plus ordinaires un caractère de pureté et d'élévation

1. Vie de la Réiérende mère .Tér'cse (sic) de Saint-Augustin, Madame Louise de France , fille de Louis XV, par une religieuse de sa communauté. — Paris, Lecoffre, 2 vol. in-18.

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