LOLIS XV CHEZ LES CARMÉLITES
pondit la royale carmélite, et elle dort mieux ici que sous les lambris de Versailles. »
Louis XV, qui avait du père et du chrétien plus qu'on ne serait tenté de le croire, et qui, après tout, valait mieux que son temps et que sa réputation, visitait fréquemment son auguste fille. Il ne laissait jamais passer un mois sans venir à Saint-Denis, et alors il aimait à l'entendre parler des règlements et des usages de la vie claustrale, des austères voluptés de l'esprit de sacrifice ; il se plaisait à l'entretenir dans sa cellule, à s'asseoir sur sa paillasse piquée recouverte de serge, à prendre sa part de l'humble cuisine du monastère. De son côté, la princesse ne manquait jamais de profiter de ces longues et intimes causeries pour déposer dans le cœur du roi un germe salutaire, et pour le conduire à faire un retour sur lui-même. Un jour qu'il lui exprimait son étonnement de la voir si joyeuse et d'une santé si florissante au milieu des mortifications journalières de la profession religieuse : « Il est vrai, lui répondit-elle, que je suis au comble du bonheur; mais la pensée que je suis venue ici pour le salut de ceux que j'aime a quelque chose de si consolant, que je ne suis pas surprise d'y avoir trouvé la joie et la santé. » Le roi comprit et parut réfléchir profondément. Le soir, assistant au Salut avec toute sa suite dans la chapelle du couvent, il refusa la place d'honneur (jui
lui avait été préparée, et, s'agenouillant sur les dalles du sanctuaire, il les arrosa de ses larmes.
Madame Louise fut de même assidûment visitée par Louis XYI, Marie-Antoinette, la duchesse de Chartres, et surtout par Madame Elisabeth, cet ange gardien de la cour de France, qu'un puissant attrait poussait aussi à s'ensevelir sous la bure du Carmel, mais qu'un mystérieux pressentiment retenait au milieu du monde et à la cour, et dont le sacrifice était réservé pour un autre Calvaire. La sœur de Louis XYI comptait au nombre de ses meilleurs jours ceux qu'elle pouvait passer à Saint-Denis. Aussi y venait-elle souvent s'édifier au spectacle des vertus de la mère Thérèse de Saint-Augustin, et, toutes les fois que la règle le lui permettait, participer aux pieux exercices et aux humbles fonctions du monastère. Louis XVI s'inquiétait un peu de la fréquence de ces visites. « Je ne demande pas mieux, lui disait-il, que vous alliez voir votre tante, mais à condition que vous ne l'imiterez pas : car, Elisabeth, fai besoin de vous.-» Hélas! l'infortuné monarque était loin de comprendre toute la portée de ces dernières paroles. Seules alors. Madame Louise et Madame Elisabeth pouvaient peut-être en deviner la douloureuse et prophétique signification. Il est remarquable, en ellet, qu'au moment où les philosophes, les éconoinistes, les politiques, les poètes, les