PRESSENTIMENTS DE MADAME LOUISE
ministres de la religion eux-mêmes s'accordaient à annoncer, une heureuse transformation sociale, ces deux âmes d'élite étaient au contraire livrées aux plus sinistres pressentiments. On peut voir dans la correspondance de Madame Elisabeth combien elle était loin de partager les illusions de son temps; elle entrevoyait l'abîme sous les fleurs dont le paraient des mains trop complaisantes. De même, Madame Louise signalait l'approche de l'orage quand chacun s'évertuait à prédire le retour de l'âge d'or. Des sommets du Carmel, elle voyait plus loin et plus juste que les hommes d'État. Elle avait la prescience de la Révolution.
Le dépérissement général de la toi, la dissolution des mœurs, le relâchement des habitudes et des pratiques chrétiennes lui inspiraient des appréhensions mortelles sur l'avenir religieux et monarchique de la France. Livrée à une douleur profonde en présence des attentats qui se tramaient dans toute l'Europe contre les droits de l'Église, contre les propriétés ecclésiastiques et la liberté des ordres religieux, elle redoublait d'austérités et de prières pour conjurer les effets de la colère divine. « En voyant, dit l'historien de sa vie, sortir du sein de la France tant d'outrages faits à la religion, tant de mépris des lois flivines et des enseignements les plus sacrés, elle prévoyait les châtiments dont elle serait bientôt
frappée, et s'oftVait à Dieu pour victime afin de les lui épargner. Jour et nuit, ses oraisons, ses larmes et ses pénitences s'interposaient entre la justice de Dieu et la malice des hommes. C'était à juste titre que tous les gens de bien la regardaient comme la médiatrice auprès du Seigneur des intérêts de la patrie. Louis XVI la révérait lui-même comme l'ange tutélaire de son royaume ' . »
Les sociétés secrètes et les hommes qui préparaient le bouleversement de la France , ainsi que la ruine de toutes les choses saintes, redoutèrent-ils l'effet de ses conseils sur l'esprit du roi et l'efficacité de ses prières auprès de Dieu? Ce qui est certain, c'est que la royale carmélite a été la première victime de la fureur révolutionnaire. La mère Thérèse de Saint-Augustin est morte empoisonnée par une main criminelle. Ce fait ignoré jusqu'à ce jour du public, et dont l'abbé Proyart lui-même n'a pas eu connaissance, nous est révélé par l'auteur de cette nouvelle vie, avec des circonstances qui ne permettent guère d'en suspecter l'authenticité. « Depuis longtemps, dit-il, les méchants avaient compris que, par sa vie de pénitence et d'oraison, cette magnanime princesse opposait une digue à leurs efforts, et, dans leur fureur, ils résolurent d'attenter à sa vie.
1. ]ic dv 1(1 R, intrc TérèiC (le Saint-Aïujustiu, l. H, p. 2Uô.