‹ Les signes du tempsChapitre 136 sur 148 · A QUOI BON · texte numérisé non relu

A QUOI BON

maison, la ruine des institutions séculaires de la monarchie française. Une catastrophe etfroyablo, et pour ainsi dire sans précédents dans l'histoire, voilà donc la rémunération terrestre qui semblait réservée à tant de sacrifices et à tant de vertus! Dieu avait-il repoussé les prières et les mortifications de sa royale servante? Et ici vient se poser l'éternelle question des cœurs défaillants et des esprits sceptiques : A quoi bon? A quoi bon ces pénitences et ces austérités que vous appelez rémunératrices? A quoi bon cette perte et cette dépense de stériles vertus? Et que devient, en présence des cruels démentis que lui infligent les faits, votre dogme de la réversibilité des mérites et de la régénération par le sacrifice? Ces femmes pieuses dont vous faites les anges protecteurs delà maison de France, ces illustres pénitentes, ces glorieuses fondatrices, ces larmes, ces prières, ces haires, ces disciplines ont-elles empêché le sinistre échafaud de se dresser sur la place de la Révolution? Et cet échafaud lui-même, et le sang de tant d'innocents et de tant de justes ont-ils prévenu ou racheté les malheurs qui ont fondu sur la France, ont-ils comblé l'abîme où semble s'être englouti à jamais le grand nom de Bourbon?

Ainsi pensent et raisonnent les esprits qui s'arrêtent aux apparences humaines et qui ne veulent point comprendre le rôle patient de la Providence dans

les afiaires de ce monde. Mais les hommes de forte croyance, ceux qui ont étudié le sens divin des choses à la lumière de la foi révélée ne sauraient être ébranlés par ces objections des âmes sans espérance. Ils se disent qu'une race qui a tant fait pour la patrie et pour la religion, à laquelle la France doit tant de héros sur la terre et tant de patrons dans le ciel, qui, à la veille et au moment de sa chute pouvait encore montrer à Dieu et aux hommes des princes comme le duc de Bourgogne, le Dauphin père de Louis XVI, et Louis XVI lui-même; des reines et des princesses telles que Marie Leczinska, la mère Thérèse de Saint- Augustin, Marie-Josèphe de Saxe et ses deux filles Madame Clotilde et Madame Elisabeth, que cette race n'a pu disparaître, au jour de la colère, dans le gouffre des révolutions, que pour renaître avec le jour de la miséricorde, comme ces fleuves dont parlent les voyageurs qui s'engouffrent dans les sables du désert, mais qui reparaissent bientôt après plus brillants et plus purs, et ramenant sur leur passage la verdure et la fécondité. Aussi voulez-vous avoir le secret des invincibles espérances de tous les grands exilés, des augustes descendants des Preux, des Justes, des Saints et des Forts; voulez-vous savoir, par exemple, pourquoi le roi François II, le fils de la Béatifiée, n'a jamais eu plus de foi en son avenir qu'au lendemain de la chute de Gaète et qu'aujour-

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