‹ Les signes du tempsChapitre 140 sur 148 · LE PAYSAN' FRANÇAIS · texte numérisé non relu

LE PAYSAN' FRANÇAIS

quittement de ses fermages et il paye si volontiers ses impôts !

Il bat sa femme et ses enfants, mais il a tant de tendresse pour ses bœufs!

Il ne croit plus en Dieu, mais il est si dévot à l'Empereur!

Voilà ce qu'on appelle un peuple sécularisé.

Et c'est sur un tel modèle qu'ils prétendent vous former, ô nobles et ferventes populations des campagnes bretonnes et vendéennes, hommes de l'Ouest et du Midi, fils des Celtes ou des Ibères qui avez gardé à travers les âges la langue, le costume et les mœurs de vos fiers ancêtres !

Et c'est à un semblable état d'abrutissement, d'idiotisme et de servitude qu'ils veulent aussi vous réduire, habitants des provinces italiennes, paysans des campagnes de Rome, de la Terre de Labour, des Marches, des Calabres, de l'Ombrie, des Abruzzes, libres populations qui n'avez jamais connu d'autre joug que celui de Dieu, d'autres entraves que celles de vos rocs alpestres, de vos torrents et de vos ravins !

Ainsi allait songeant le promeneur solitaire, et, livré à l'amertume de ses réllexions, il suivait une pente qu'ombrageaient les rameaux entremêlés de l'églantinc el du t'rène.

Altéré d'air pur, il avait voulu fuir les tumultes de la cité, et il était venu se heurter contre les grossières réalités d'un village. Dans sa tristesse, il évoqua le génie des retraites rustiques; il chercha des sentiers inconnus où il pût entrer en communication avec les choses et les voix de la nature, où il pût trouver de l'ombre pour son front, du calme pour son esprit, du repos pour son cœur.

Quand il fut loin des foules profanes, loin des promeneurs vulgaires, il jeta sur le paysage qui l'entourait un regard épris et reconnaissant, puis il ouvrit un petit volume où une main pieuse avait rassemblé quelques fleurs cueillies dans le jardin des Pères de l'Eglise. Et, seul avec l'esprit des solitudes, en face des blés jaunissants, des haies touffues, des forêts aux cimes ruisselantes de lumière, prenant pour thème une page de saint Basile le Grand, il célébra ainsi les louanges de la vie cachée :

« 0 bienheureuse solitude qui retrempe les hommes et les transforme en nouvelles créatures !

« Tu rends humbles les superbes, sobres les intempérants, doux les colères.

« Tu changes la cruauté en compassion, la haine en amour, la froideur en chaleur.

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