I. l'unie de la Cuncuinscciicc, fliap, wiii
HENÉ. 389
personnalité littéraire. Si le naturalisme est la vérité, l'homme doit, très-logiquement du reste, déifier ses propres conceptions et s'admirer en toute quiétude de conscience, fût-ce au détriment de ses semblables. Celui qui n'adore plus le divin Maître peut-il éviter de se prendre soi-même pour idole? Aussi, de nos jours, l'artiste est-il un demi-dieu et l'écrivain un prophète dont la personnalité brille d'un insupportable éclat en tête de chacune de ses œuvres. Il est vraiment curieux de contempler, surtout quand on peut le faire de sang-froid, la vanité qui s'étale avec une béate et naïve complaisance à tous les degrés de l'échelle des lettres, dans les œuvres des hauts barons de la littérature comme dans celles de ses plats valets ; chez certains coryphées du journalisme , aussi bien que dans les propos d'une espèce d'écrivains pseudo-religieux qui, selon la fine observation de M. de Pontmartin, ont toujours l'air de se tromper de porte quand ils entrent dans une église.
René ouvre la marche, et Dieu sait si les mines du Pérou sont aussi resplendissantes que les trésors d'amour- propre et d'orgueil qui miroitent dans \ Itinéraire, dans la Poléviique, dans les Mémoires, dans toutes les Préfaces des Œuvres complètes !
Raphaël vient ensuite. Celui-là s'aime, s'admire et s'abîme dans des contemplations de iSarcisse, avec une complaisance et une passion que n'ont pu at-
teindre ni Elvire, ni Élise, ni Julie, ni Graziella, ni aucune des nombreuses suivantes de son cortège d'amour. Vous souvient-il de son portrait tracé par lui-même, où il a réuni, au physique aussi bien qu'au moral, tous les dons, toutes les perfections idéales de l'archange et du peintre immortel dont il porte le nom ? Après avoir complaisamment décrit sa bouche « fine, mélancolique et rêveuse, » son nez « mince et légèrement nuancé d'une teinte un peu bleuâtre, comme si la délicatesse de la peau y laissait transparaître l'azur des veines; » ses yeux « d'une couleur de ciel foncé pareille au ciel des Apennins avant l'aurore, et regardant toujours plus haut que nature, » son front « semblable à une voûte à peine cintrée, où l'on voit frémir sous l'épiderme fine les muscles du clavier de la pensée, » etc., Raphaël assure que s'il eût tenu un pinceau, il aurait peint la Vierge de Foligno; « s'il eût manié le ciseau, il aurait sculpté la Psyché de Canova; s'il eût connu la langue dans laquelle on écrit les sons, il aurait noté les plaintes aériennes du vent de mer dans les fibres des pins d'Italie; s'il eût été poète, il aurait écrit les apostrophes de Job à Jéhovah, les stances d'IIerminie, la conversation de Roméo et Juliette, le portrait d'Uaydé... S'il eût vécu dans les républiques anticjues, il aurait aspiré à tous les sommets comme (lésar, il aurait parlé comme Démos-