‹ Les signes du tempsChapitre 144 sur 148 · RAPHAËL ET OLYMPIO · texte numérisé non relu

RAPHAËL ET OLYMPIO

thène, il serait mort comme Caton. » En un mot, il aurait réuni en lui-même, les talents, les vertus, l'inspiration et le génie de Caton, de Démosthène, de César , de Sliakspeare , de Byron , de Job , de Raphaël, de Mozart et de Canova! Assurément, de tout temps, il s'est rencontré des hommes qui ont accepté sans trop de colère des louanges et des flatteries hyperboliques , mais pour en trouver qui soient capables de brûler un pareil encens aux pieds de leur propre statue, il faut vivre à une époque où la personnalité humaine a rompu toutes ses digues et perdu la raison en même temps que la pudeur.

Olympio est, comme Raphaël, atteint du mal de René. Mais pour comprendre à quel degré ce mal est chez lui profond et incurable, il suffit de méditer un instant son fameux dithyrambe :

Te voilà sous les pieds des envieux sans nombre

Et des passants rieurs, Toi dont le front superbe accoutumait à l'ombre

Les fronts inférieurs...

Mais, va, pour qui comprend ton âme haute et grave,

Tu n'en es que plus grand ; Ta vie a, maintenant que l'obstacle l'entrave,

La rumeur du torrent, etc.

Brid'Oison dirait sans doute que ce sont là de ces choses qu'on ne doit point s'avouer à soi-même.

En présence de cette suffisance des lettres contemporaines, nous avons souvent entendu déplorer

l'iiisuflisance de la critique. Mais la critique est-elle possible quand la littérature ne veut subir aucune discipline ? Qui peut se flatter d'en promulguer et d'en maintenir les lois avec quelque autorité quand, sous prétexte d'originalité, la masse des écrivains affiche le mépris des convenances littéraires et des usages sociaux, quand ils méconnaissent les plus vulgaires notions de la morale comme les premières lois du style et de la langue? Le mépris de la langue! C'est là, il faut le dire, un des plus tristes symptômes de ce temps, s'il est vrai, comme l'affirme Joseph de Maistre, « que toute dégradation individuelle ou nationale est sur-le-champ annoncée par une dégradation rigoureusement proportionnelle dans le langage. » Voici plus de trente ans que Paul -Louis Courier, qu'on n'accusera pas d'un respect superstitieux pour le passé, jetait le cri d'alarme et déplorait la décadence de la langue de Racine et de Fénelon : « Courage, monsieur, écrivait-il à M. Boissonnade, alors occupé d'un travail sur la littérature française ; venez au secours de notre pauvre langue ,

qui reçoit tous les jours tant d'outrages Surtout

gardez -vous de croire que quelqu'un ait écrit en français depuis le règne de Louis Xl\. La moindre femmelette de ce temps-là vaut mieux, pour le langage, que les Jean-Jacques, Diderot, d'Alembert, contemporains et postérieurs : ceux-ci sont tous ânes

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