Deux vol. in
sur un genre de mérite qui a été dans l'homme privé une des puissances de l'homme d'Etat : le don de plaire , le talent de concilier , la conversation attrayante, la mémoire féconde, le langage agréable; une finesse gracieuse, une sagacité pénétrante; un ton de bonne compagnie allié à une décision sévère, la courtoisie d'un chevalier dans l'austérité d'un magistrat; l'homme du monde venant pour aller en aide au politique, la causerie assistant l'éloquence, y suppléant quelquefois , le salon achevant l'œuvre de la tribune... Je ne fais qu'indiquer ici le portrait que M. de Falloux aurait dû peindre '. »
M. Cuvillier-Fleury est ainsi toujours prêt à faire la leçon et ù donner sur les doigts des justiciables de sa critique; mais, j'ai hâte de le dire, l'auteur des Études historiques possède à un degré remarquable les qualités de ses défauts; c'est un scholar, mais un scholar de grand mérite, et si son enseignement, un peu grave et un peu sec , n'amuse pas toujours, il instruit, ce qui est bien quelque chose pour un enseignement. Ses deux derniers volumes renferment des appréciations fort élevées, des portraits tracés vigoureusement et qui se gravent bien dans l'esprit; enfin , des morceaux étendus, dont plusieurs sont, comme l'étude sur les massacres de septembre, de
1. Dernières études histûriques el littéraires, t. !«'', p. 237.
M. CLVILLIER-FLEURY. 23
véritables modèles de discussion historique. Pourquoi faut-il que tant de belles pages soient gâtées par un vernis de libéralisme de la pire espèce, par une multitude de préjugés bourgeois et voltairiens, et d'oripeaux universitaires qui sont aussi à la mode que les manches à gigot et les comédies de M . Etienne? Le sens littéraire de M. Cuvillier-Fleury aurait dû lui faire comprendre qu'il y a des idées tellement surannées et vieillies, qu'on ne peut guère les exhumer sans commettre au moins une faute de goût. Non point assurément qu'on puisse prétendre que l'auteur (les Etudes historiques ait été complètement sourd à la voix des événements; il y a dans ces derniers volumes un efifort marqué dans la voie des salutaires retours, et plusieurs pages indiquent qiie , lui aussi , a été tourmenté du noble besoin de conciliation et de rapprochement qui est aujourd'hui celui de tous les esprits élevés et sincères; mais, je le répète, M. Cuvillier-Fleury a commencé par les idées libérales et voltairiennes, il a débuté dans la vie intellectuelle sous l'influence de ce scepticisme frondeur qui était de mise en 1828, et, malgré de louables efforts, il y revient sans cesse. Comme le Petit- Jean des Plaideurs, ce qu'il sait le mieux, c'est son commencement.
M. Hippoljie Rigault était un esprit, sinon de la même famille , du moins formé à la même école { à
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l'École normale). Mort dans toute la force de l'âge ', à l'aurore d'une carrière qui promettait beaucoup, il avait déjà réalisé une partie des espérances que ses débuts avaient fait concevoir aux amis de la bonne littérature. Sa plume très-laborieuse , bien qu'avec une apparence de souplesse et de facilité, s'était appliquée aux sujets les plus divers : à l'histoire , à la morale, à la critique littéraire surtout. Une main pieuse vient de réunir les articles ainsi éparpillés par M. Rigault dans les journaux et dans les recueils périodiques, et non-seulement ils supportent à merveille l'épreuve d'une lecture répétée et réfléchie , mais ils permettent d'exprimer un jugement d'ensemble sur l'œuvre de ce brillant écrivain, qui a passé comme un rapide météore dans le ciel aujourd'hui un peu terne et un peu désert de notre littérature-. Malheureusement ici encore je me vois forcé à noter bien des dissidences. M. Rigault vivait dans un monde universitaire et au milieu d'un brouillard de préjugés qui ne lui permettaient pas, malgré un sens droit et de sincères aspirations religieuses, de contempler la Vérité dans toute sa splendeur ; mais je me hatc d'ajouter qu'il en avait l'image