M. COUSIN
dit-il à cliaque monographie nouvelle, et ce sera la dernière ! :-) Comme le public ne se fait jamais prier pour lire un ouvrage dans lequel il est sûr de trouver un goût parfait à côté d'une érudition de bon aloi, et les sévères leçons de l'histoire jointes ù l'intérêt dramatique du roman, M. Cousin continue à le servir à souhait. Nous faisons des vœux pour (ju'il persévère dans cette voie au lieu de revenir en arrière, au lieu de faire revivre et de répandre de nouveau des doctrines philosophiques qui n'ont pas peu contribué à atfaiblir l'autorité morale de l'Eglise dans l'esprit des générations contemporaines. N'estce pas en effet l'enseignement éclectique qui a formé cette armée de philosophes et d'incrédules qui n'attendent qu'une occasion favorable pour se jeter une seconde fois sur la société? — M. Cousin s'étonne et se demande qui a posé le principe dont les effroyables conséquences ont éclaté à l'œil nu en 1848; il cherche à répudier tous ces enfants « qu'en son sein il n'a pas portés. » Semblable à Rouget de l'Isle fuyant à travers les Alpes devant le sanglant refrain composé par lui dans une nuit de délire, il n'ose reconnaître que c'est lui-même qui a forgé le fer prêt à se retourner contre son propre sein. Cependant ses regards découragés se tournent parfois vers le sanctuaire ; dans toutes les préfaces nouvelles qu'il ajoute à ses livres anciens, il proteste de son
dévouement au christianisme, à l'Eglise catholique ; pour peu qu'on le presse, il portera, comme M. Dupin, un cierge à la procession du saint sacrement.
Il faut bien l'avouer, toutefois : M. Cousin, malgré ses avances et ses provoquants sourires, ne fait pas la moindre concession doctrinale ; plus que jamais il brandit et fait flotter à tous les vents le drapeau déchiré de Télectisme. Pour lui, la philosophie est toujours l'alliée « libre et sincère» du christianisme : « Elle est trop sûre d'elle-même, dit-il, de son principe immortel et de ses irrésistibles destinées pour ne pas faire volontiers des avances à tout ce qni est beau, à tout ce qui est bien; à tout ce qui peut concourir avec elle au service de l'humanité et de la patrie '. »
Certes voilà un langage qui ne manque ni de clarté ni même d'une certaine impertinence. Gageons pourtant qu'il se trouvera des catholiques pour s'en réjouir et pour l'admirer, comme il s'en est trouvé pour applaudir M. Thiers dans sa célèbre apologie des « deux sœurs immortelles. » Pour nous, qui • croyons fermement cjue dans toutes les questions de l'ordre purement surnaturel et divin la raison remplit par rapport à la foi un rôle analogue à celui que V Art imtique assigne à la rime par rapport à la rai-