‹ Les signes du tempsChapitre 19 sur 148 · M. COUSIN · texte numérisé non relu

M. COUSIN

son, il nous est impossible de voir en M. Cousin le type d'un vrai philosophe chrétien, ni même celui d'un disciple conséquent de cet immortel Descartes que l'Eglise a le droit de revendiquer comme une de ses gloires les plus solides.

Mais si en appréciant le philosophe chez 31. Cousin nous sommes forcé à de sévères et pénibles réserves , nous pouvons sans nulle contrainte rendre hommage à l'écrivain, louer et admirer cette forme simple et savante, ce style où la grâce est unie à la force, comme chez ces illustres femmes du grand siècle dont il s'est constitué l'historien. L'auteur des Études sur Pascal est à la fois un grand peintre, un grand poète, et il suffit, pour apprécier la linesse et la sagacité de sa critique, d'étudier les pages (ju'il a consacrées au style de Pascal et de J.-J. Rousseau. Ajoutons que toutes ses théories littéraires sont frappées au coin d'un suprême bon sens. Autant en lui le philosophe et le politique sont révolutionnaires, autant l'historien et le littérateur sont demeurés conservateurs et attachés à nos traditions nationales.

Ainsi, nul n'a professé avec plus d'enthousiasme l'admiration du dix-septième siècle, de cette grande époque où le goût était si pur et la religion si profondément enracinée dans les cœurs. M. Cousin veut qu'on traite cette période comme une seconde antiquité, qu'on en étudie et qu'on en restaure les moin-

tires vestiges avec un respect religieux. A ce point de vue, nous ne craignons pas d'aftîrmer qu'il a exercé sur l'esprit public une influence salutaire autant que féconde.

C'est grâce à lui, grâce à l'autorité de sa parole et à l'influence de son nom que la littérature s'est mise à retourner le champ un peu négligé du grand siècle. La langue que le néologisme scientifique, politique et humanitaire menaçait d'emporter a d'abord puisé une vie et une force nouvelles dans le commerce de ces maîtres immortels « vers lesquels il faut sans cesse reporter les regards quand on a quelque sentiment de l'art véritable'. » De l'admiration des écrivains on a passé par une transition facile à l'admiration des hommes et des institutions de cette époque incomparable où la France, guidée par le génie de la religion et par celui de la monarchie, s'est élevée au plus haut degré de force et de splendeur auquel une nation puisse aspirer.

En faisant revivre les grandes figures des contemporaines deDescartes, de Corneille, de Pascal, de Richelieu, de Mazarin et de Condé, M. Cousin a donc bien mérité à la fois de la religion et de la patrie. Ajoutons qu'il a été merveilleusement inspiré pour sa gloire. Nous ne savons si l'avenir recueillera

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