‹ Les signes du tempsChapitre 30 sur 148 · Des Devoin des seigneurs, etc., p · texte numérisé non relu

Des Devoin des seigneurs, etc., p

fices d'une imprudence généreuse auxquels n'auraient sans doute pas consenti aussi facilement les ordres privilégiés, s'ils avaient pu comprendre qu'en renonçant à un droit ils abdiquaient un deAoir.

En modifiant la constitution de la propriété et en créant un droit nouveau sous prétexte de supprimer des privilèges odieux à la nation, la révolution arriva à une conclusion étrange dans laquelle il est difficile de ne pas reconnaître une de ces ironies que la Providence tient toujours en réserve pour châtier l'orgueil humain. Elle raya d'un coup de plume toutes les obligations qu'entramait autrefois la possession du sol et constitua la propriété, conformément à l'axiome romain, sur le droit brutal et païen d'user et d'abuser : Jus utendi et abutendi. Le droit du propriétaire fut dégagé du contre-poids du devoir. Au lieu d'agir pour les autres en administrateur et en père, il put jouir pour lui seul. Qu'en est-il résulté? — C'est qu'un demi-siècle d'un pareil régime a suffi pour faire mettre en question la propriété elle-même ! L'abus du droit a engendré la négation d'un principe d'une vérité éternelle, assurément, et que nous n'avons pas besoin de venger ici contre des attaques insensées et criminelles, mais qui ne saurait avoir une vie durable et féconde sans la sanction du devoir. Ah ! si les possesseurs du sol comprenaient leur mission au dix-neuvième

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siècle comme on la comprenait au dix-septième ; s'ils se disaient que \di propriété oblige comme autrefois la noblesse , cette grande institution sociale serait bientôt rétablie sur une base inébranlable et rendue au respect et à l'amour des populations !

Pour que la propriété recouvre la plénitude de sa force, il faut, nous le répétons, que le devoir puisse reconquérir tout le terrain envahi depuis plus d'un siècle par l'exagération du droit. Il faut avant toutes choses que le propriétaire soit rendu à la vie des CHAMPS, qu'il réside dans sa terre, qu'il y dépense ses revenus; qu'il retrouve, à force de bons conseils, d'exemples utiles, de services rendus, de charité, une influence dont il n'a été dépouillé qu'au grand préjudice de la moralité et du bien-être des populations rurales. Assurément ce sont là des idées vulgaires et souvent exprimées, nous le savons, mais sur lesquelles on ne saurait trop insister en présence d'une des grandes plaies de la société moderne, d'une habitude déjà invétérée, mais tellemeut étrangère aux traditions de la France, qu'on a été obligé de forger pour la désigner un mot affreusement barbare : V absentéisme.

Il faudrait tout un traité pour exposer les dangers domestiques et sociaux de l'absentéisme. Ici nous devons nous borner à signaler le mal et à indiquer le remède, qui, malheureusement, dans l'état actuel

de nos mœurs, est d'une application d'autant moins facile que la résidence habituelle dés champs a pour ennemie la plus belle moitié du genre humain. Les hommes, en effet, se font encore assez volontiers à la vie rurale ; mais les femmes du monde (encore un SIGNE DU TE.MPS !) Ont en général une aversion prononcée pour la campagne. La vie parisienne a pour elles une séduction à nulle autre pareille; aux sources les plus limpides elles préfèrent, comme madame de Staël, le ruisseau de la rue du Bac, et l'on dirait que le bois de Boulogne et les brouillards de la Seine leur offrent plus de charme que l'horizon et les futaies qui entourent leur manoir. Trop souvent, d'ailleurs, leur éducation les rend étrangères aux habitudes et aux connaissances sans lesquelles le séjour à la campagne ne saurait manquer de devenir fastidieux. Elevées pour le monde, au milieu du luxe et des plaisirs, elles n'apprécient pas les simples jouissances de la vie rurale, et souvent elles n'en comprennent pas les austères devoirs. Et pourtant c'est par elles que cette noble existence peut encore reconquérir dans nos mœurs la place qu'elle a perdue. Quand elles en auront compris toute la grandeur, il est permis de croire qu'elles sauront s'y dévouer avec une entière abnégation.

Sans doute il est diflicile de rompre brusquement avec de vieilles habitudes, avec des relations de so-

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