‹ Les signes du tempsChapitre 39 sur 148 · RÉCEPTION DE M. DE LAPRADE · texte numérisé non relu

RÉCEPTION DE M. DE LAPRADE

M. Vitet, et les deux orateurs se sont partagé d'unanimes applaudissements. La tâche n'était pas facile pour M. deLaprade, qui avait à sauvegarder, à la fois, les convenances académiques, et à faire, en parlant de l'auteur sceptique et sensuel de Bolla, toutes les réserves que lui commandaient sa foi religieuse et ses doctrines littéraires. Je me hâte de dire qu'il est sorti victorieux de cette délicate épreuve. Quant à M. Vitet, il était plus à l'aise que le récipiendaire, et il a profité de sa situation pour assaisonner son discours des aperçus les plus ingénieux et les plus fins, et d'une ironie à fleur de peau qui a charmé l'auditoire.

Mais la séance n'a pas été bonne seulement pour les délicats et les lettrés, elle l'a encore été surtout pour la cause de la poésie spiritualiste et chrétienne que le matérialisme avait reléguée au second plan, et qui a fait un pas considérable, grâce à l'élection de M. de Laprade.

Peu de semaines après, le même public était convié au palais du quai Conti pour assister à une nouvelle séance de réception. Cette fois, c'était M. Jules Sandeau qui succédait à M. Brifaut.

La mort a des rigueurs à nulle aulre pareilles!

Dieu sait pourtant combien elle a été patiente

envers cet excellent M. Brifaut! Lui qui semblait si bien lui appartenir depuis plus de trente ans; lui qui avait si peu à faire « pour devenir une ombre, » comme l'a dit M. de Lamartine, s'est nargué avec tant d'esprit « de la cruelle, » qu'elle a longtemps respecté le souffle de vie qui faisait mouvoir sa charpente osseuse, tandis qu'elle fauchait autour de lui les santés les plus robustes et les natures les mieux tleuries. Il était d'ailleurs difficile de rencontrer un plus aimable vieillard, et un esprit plus enclin à considérer toujours les choses du bon côté. Sans famille, sans fortune, et d'une santé chancelante, M. Brifaut a trouvé le moyen d'être le plus heureux des hommes. « J'ai vécu, nous dit-il lui-même, mené par la Providence, de joie en joie, de bonheur en bonheur, quoique je n'aie rien fait, absolument rien, pour mériter un si joli sort. Et ma vie, sauf les incidents indispensables dans une vie quelconque, a été une suite d'enchantements. »

Tel était l'homme dont M. Jules Sandeau avait à faire l'éloge en prenant possession de son fauteuil à l'Académie française. Ayant toujours vécu dans la retraite, le nouvel académicien n'avait jamais eu l'occasion de rencontrer M. Brifaut, qui vivait dans le monde, et cependant il faut reconnaître qu'il a tracé de son prédécesseur un portrait qui est loin de manquer de ressemblance. Les romanciers sont,

lUXEPTION Ut M. J. SA.NDtAL. lUI

paraît-il, devins comme les poètes, ou tout au moins gratiliés du don de seconde vue.

C'est encore M. Vitet qui a répondu au récipiendaire dans un discours qui est un chef-d'œuvre de finesse et de bon sens. Il a profité de la réception d'un romancier pour taire le procès du roman contemporain, qu'il a hardiment accusé « d'entremêler à la licence des prédications cyniques et venimeuses contre tout ce qu'il y a de plus sacré en ce monde. » Nous n'avons pas besoin de dire que M. Vitet n'a pas manqué de Caire toutes les réserves que commandaient les convenances académiques non moins que les œuvres de M. Jules Sandeau. L'aulcur de Madeleine el lie Murianna a su, en etïèt, échapper, au moins dans une certaine mesure, à la contagion générale, et prendre avec assez de résolution le parti de la morale et du bon sens. Que l'Académie y prenne garde, toutefois ! L'admission de M. Jules Sandeau dans son sein a excité bien des convoitises, bien des prétentions rivales auxquelles elle ne saurait donner satisfaction sans se montrer infidèle à son origine et à sa mission conservatrice. Au point de vue moral et littéraire, les œuvres du nouvel académicien sont et doivent rester les colonnes d'Hercule de lu littérature lomanesque.

YI

La littérature du foyer. — Esthétique de l'enfant. — Le poëme de l'enfant est encore à faire. — Traces que l'enfant a laissées dans notre littérature. — Charles d'Orléans. — Clotilde de Surville. — La Louison de Molière et le Joas de Racine. — Louis XIV et le parc de Versailles. — Un recueil sur les enfants extrait des Œuvres de M. Victor Hugo. — Swit lacrymx remm. — Le croup. — La joie du foyer. — Les rêves du berceau, — A des ohcauT envolés. — Un lÎTre de M. de Beauchesne. — La rançon du poëte.

On se demande souvent pourquoi la littérature domestique et familière, celle qui a pour but de peindre les joies, les douleurs du foyer et particulièrement la nature de l'enfant, a si peu réussi parmi nous, où elle n'a rencontré jusqu'ici que des interprètes en sousordre, tandis qu'elle a inspiré de véritables chefsd'œuvre en Allemagne et en Angleterre. Peut-être l'occasion serait-elle bonne pour aborderun tel sujet. J'écris ces pages au temps de Noël, c'est-à-dire à une époque où la presse, au moins la presse étrangère, fait toujours la part des enfants, où elle consacre une partie de ses colonnes à des contes et à des récits destinés aux plus jeunes lecteurs. Pourquoi la cri-

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