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Le Livre des Mcrcs

M. DI-: nii.VlCHESNE. 117

Son regard semblait dire : — Oui, j'ai fait une faute; Je i-uis faible, mais vous, vous avez l'ànie baute ; Votre amour est plus grand que mes toris, n'est-ce pas? Quand je tombe, je sens que c'est entre vos bras. — Regard d'enfant béni n'eut jamais tant de cbarmes; Je l'aurais embrassé ; cependant, sous les armes, Observant ma consigne et cuirassant mon cœur, J'ai su me tenir ferme et digne.,.

Cette fermeté et cette dignité du père chrétien que M. de Beauchesne a fort bien comprises et caractérisées font trop souvent défaut au recueil que M. Victor Hugo Aient de publier. On désirerait voir tempérer par un peu d'austérité tous ces rires ettoutes ces complicités du père avec des défauts trop séduisants. Et toutefois , pour être juste , on doit se souvenir, en parcourant ces pages charmantes, qu'on a sous les yeux, non un livre d'éducation et de morale domestique, mais un recueil de poésies. Tel qu'il est, il rachète bien des erreurs et bien des fautes, bien des portraits comme ceux de Lucrèce Borgia, de Marion Delorme et de Claude Frollo, bien des pages comme celles de ]Sotre-Dame-de-Paris, bien des vers comme ceux des Contemplations. Je ne sais si je me trompe, mais il me semble qu'en le publiant l'auteur n'a pas seulement obéi à une inspiration littéraire , qu'il a voulu accomplir une œuvre en quelque sorte expiatoire et pieuse, et que surtout il s'est souvenu d'une belle et noble pensée qui termine son ode sur la Naissance du duc de Bordeaux :

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Les forfaits qui chargeaient nos têtes Sont rachetés par l'innocent ! Quand les nochers, dans la tourmente, Jadis voyaient l'onde écumante Entr'ou^Tir leur frêle vaisseau , Pour sauver la nef criminelle, Sûrs de la clémence éternelle, Ils y suspendaient un berceau !

Ainsi a fait le poëte. Il a suspendu à son esquif battu des flots et menacé du naufrage ce petit livre sur les enfants, livre formé de ses inspirations les plus suaves et les plus pures, qui est un retour vers son passé chrétien, vers les belles et souriantes années de sa jeunesse, et qu'il semble offrir à Dieu comme la rançon de ses doutes et de ses blasphèmes.

Les poètes. — D'où ^ient la décadence de la poésie. — les arts matérialistes. — Peintres, sculpteurs et musiciens. — La poésie est-elle morte?

— La France attend uu pocte. — Les précurseurs. — Les anciens genres.

— Deux poëraes épiques. — o Douze fois douze cents! » — Les Français en Orient. — La Cité du monde et la Cité de Dieu. — Funérailles de la Muse épique. — L'école de la forme. — Festons et Astragales, par M, Louis Bouilhet. — Tableau d'intérieur. — M. Blaze de Bury. — Musicien etpoëte. — Quel est donc cet air? — Histoire de Jenny Plantin. — Les Vierges du foyer, de M. Barillot. — Berceuse. — Un apologue. — Chansons à danser. — Le Béranger des familles.

On dit que l'art se vulgarise et devient, de jour en jour, plus accessible à la foule ; que le nombre des esprits capables de s'élever jusqu'à l'intelligence de ses procédés et de ses produits s'accroît par une progression continue, et cela est VTai sans doute des arts qui frappent particulièrement les sens, qui sont perçus par les oreilles et par les yeux, comme la musique et les arts du dessin, qui offrent, en un mot, un attrait avant tout matériel. Des expositions ofli-

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cielles et d'un accès facile attirent périodiquement la foule autour des œuATes de la peinture et de la sculpture. Quant à la musique, elle est la grande séductrice de notre temps : non-seulement elle est admise dans les églises, mais elle règne en souveraine dans les théâtres, dans les salons, dans la rue, mais elle a ses assises solennelles et ses grands jours comme la peinture, et naguère encore le Palais de Cristal de Paris donnait asile à toutes les sociétés chorales d'orphéonistes, et celui de Londres réunissait sous ses voûtes sonores tous les chanteurs des trois royaumes dans un festival en riionneur de Ha?ndel.

De tous les beaux-arts, un seul reste en dehors des sympathies de la foule, et, chose étrange, c'est le premier de tous : c'est la poésie. D'où cela vient-il? Pourquoi les poètes en sont-ils réduits à la prédica • tion de saint Jean dans le désert, tandis qu'on fait cercle autour des sculpteurs et des peintres, et que la foule bat des mains ù la représentation des chefsd'œuvre lyriques? Pourquoi, tandis qu'un mouvement en quelque sorte irrésistible entraîne le public vers toutes les manifestations du beau, la poésie demeure-t-elle solitaire et délaissée?

Évidemment cela tient avant tout aux tendances matérialistes du siècle. A une époque où les recherches do la vie extérieure, de la jouissance et de l'ostentation mondaine se sont développées jusqu'au

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raffinement, il est aisé de comprendre pourquoi les arts, que leur nature même a relégués dans un rang inférieur parce qu'ils s'adressent nécessairement aux sens pour arriver à l'intelligence, qui servent à l'ornement d'un salon ou d'un vestibule, ou contribuent aux agréments d'une soirée, ont remplacé dans les sympathies du public le culte immatériel de la poésie, l'art type et générateur par excellence. Cela tient sans doute encore à l'insufifisance, à la stérilité et à la médiocrité des interprètes de l'art. Le public se plaint des poètes, et les poètes se plaignent du public. Tout le monde a raison. La vérité est que nous sommes loin des grands enthousiasmes suscités par l'école qui avait, il y a trente ans à peine, de si puissants interprètes, et qui a disparu sans laisser de traces durables. Des trois poètes vraiment doués que le siècle a produits, l'un est mort, l'autre ne chante plus, le troisième chante faux, et Dieu sait sur quel ton psalmodie le pâle cortège des imitateurs 1 Non , assurément, que la richesse de la forme ou la science du rhythme leur fasse défaut. On peut dire que jamais la matière poétique n'a été plus vulgarisée. Mais le sentiment vrai, la pensée limpide, le cri ardent parti du cœur, — où sont-ils? Avant de rencontrer un peu d'ombre et de fraîcheur dans le domaine de la poésie, il faut aujourd'hui errer longtemps au milieu de steppes arides. J'avoue, pour

mon compte, avoir lu bien des volumes de vers sans trouver une seule page qui allât droit à l'âme, qui fît battre le cœur et briller sous la paupière une larme généreuse. En revanche, l'oreille est charmée et le regard se complaît dans la disposition des couleurs, des lignes et des formes; car la poésie en est réduite, grâce au renversement de toutes les règles de l'esthétique, à imiter les procédés des arts secondaires ; elle est devenue toute pittoresque, sculpturale et musicale, tandis que ce sont au contraire les peintres, les sculpteurs et les musiciens, qui devraient prendre la poésie pour idéal et pour type, et remonter jusqu'à cette source vivifiante et sacrée où tous les arts doivent se retremper sous peine de périr.

Quelle est la cause d'une telle stérilité? Pourquoi la grande école lyrique qui avait, il y a trente ans à peine, de si puissants interprètes, a-t-elle disparu sans laisser de traces durables? Nous le dirons sans détour, c'est parce qu'elle n'a été ni assez chrétienne dans l'inspiration, ni assez française dans la forme. Sans doute elle a eu des inspirations religieuses; mais au lieu de prendre son idéal dans la loi du Sinaï et du Thabor, dans les dogmes détînis par l'Église universelle et acceptés par la tradition, elle l'a placé dans un spiritualisme de fantaisie sans autre valeur que celle de toute conception individuelle; au lieu de conduire sa muse à l'église, au confessionnal, au

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