DÉCADENCE DE LA POÉSIE
banquet eucharistique, elle en a fait une prêtresse de ce culte large et commode qui a l'univers pour temple, la terre pour autel, pour flambeau la lune et les étoiles et pour encens ces nuages purs qu'un Jour mourant colore^. Sans doute encore l'école dont je parle avait su revêtir une forme attrayante. Son vers, d'une rare souplesse, produisait des effets rhythmiques qui étonnaient l'oreille habituée à la cadence un peu monotone de la phrase classique. Ses images semblaient neuves et hardies. Au fond, toutes ces nouveautés n'étaient qu'une importation étrangère, un reflet des rêveries allemandes ou des fantaisies britanniques, une déviation de l'esprit français. Tous ces génies soi-disant créateurs qui s'annonçaient comme devant régénérer la langue poétique n'étaient, tout bien considéré, que des imitateurs et des ser\iles.
Telle a été la raison de leur rapide décadence. Le public français, auquel les pensées nettes et précises demeurent seules accessibles, s'est vite fatigué du panthéisme de l'école lyrique, de ces images dont la forme brillante, mais indécise, se dessinait à travers le clair-obscur de l'expression, comme ces météores des régions boréales qui laissent à peine entrevoir derrière les brouillards leurs nuances irisées.