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DEUX POÈMES ÉPIQUES

voilà, pour aujourd'hui, le conseil que je me permettrai de donner à M. Léon Baylet, ainsi qu'à un autre poëte qui m'a fait l'honneur de m'adresser, du fond de la Normandie, un poëme en vingt-cinq chants intitulé la Cité du monde et la Cité de Dieu. Son héros, qui me semble très-proche parent de ceux de mademoiselle de Scudéry , se trouve à Londres au moment de l'Exposition universelle ; il y rencontre un vieillard qu'il aborde en lui annonçant son projet de se retirer à la Trappe, et auquel il raconte un voyage qu'il a accompli à la Cité de Dieu, sous la conduite de Saint-Désir et de Ferveur, sans doute deux cousins germains de Petit-Soin et de Complaisance , car l'auteur me paraît avoir fait une étude particulière de la carte de Tendre, et il a un goût prononcé pour le style de la Clélie. Après avoir contemplé les beautés de la cité sainte, le bon jeune homme jette son coup d'œil sur la cité du monde ; le vieillard écoute sans mot dire et avec une patience héroïque un récit en vingt-quatre chants, heureusement assez courts, puis il se livre à une petite dissertation, qui remplit le chant vingt-cinquième et dernier, sur le bonheur de la vie religieuse.

Voilà où en est l'épopée en l'an de grâce et de prose 1839. C'est dire que la muse épique, cette pauvre poitrinaire qui , pendant deux siècles, a

traîné sous notre pâle soleil sa chétive existence, est bien et dûment descendue dans la tombe :

Nul n'y viendra verser de pleurs !

Passons maintenant à des genres plus vrais et à des poètes mieux inspirés.

Voici des vers d'une merveilleuse souplesse, d'un fini et d'une ciselure à rendre jalouse l'ombre du grand Benvenuto. L'auteur, M. Louis Bouilhet, les a intitulés Festons et Astragales, sans doute par un ironique souvenir de Boileau ; en tout cas, les festons et les astragales se déroulent , non sans grâce, tout autour du temple de la muse; l'encens fume aux pieds de la déité et l'oreille se complaît aux accords d'une musique, sinon bien neuve, du moins élégante et douce. Le vers de M. Bouilhet est travaillé, savant, pur et harmonieux ; sa précision rappelle — de loin — celle du vers de Théocrite ou d'Horace, deux maîtres qui ont, plus d'une fois, servi à l'auteur d'inspirateurs et de guides, bien que parmi nos rimeurs il n'existe pas d'esprit qui soit plus contemporain et plus parisien que celui de

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