‹ Les signes du tempsChapitre 48 sur 148 · M. LOUIS BOUILHET · texte numérisé non relu

M. LOUIS BOUILHET

M. Bouilhet. Il sait aiguiser le trait, faire étinceler la métaphore, aligner l'antithèse ; il étale un luxe d'images et de mots d'auteurs qu'on ne saurait certainement se procurer ni à Pézénas ni à Caudebec, pas même à la Villette ou à Bercy ; il faut être Parisien, en effet, et Parisien du boulevard, pour traduire ainsi toutes choses, comme à l'Opéra, en symphonies et en tableaux, en sons et en couleurs. Mais ceux qui sont habitués à respirer un air plus pur, qui, par exemple, préfèrent la senteur des mélèzes à l'odeur de l'asphalte , se lassent vite d'un art aussi raffiné, d'où la pensée est absente et que ne féconde aucune inspiration personnelle. Beaucoup de souvenirs grecs ou romains, beaucoup de refrains modernes déjà ente dus et surtout beaucoup de nudités et de rimes sensuelles — car la bosse de la beauté plastique est très-développée chez M. Bouilhet — voilà ce qui frappe surtout dans Festons et Astragales. C'est dire à nos lecteurs qu'ils ne sauraient trouver place à tous les foyers, bien qu'ils renferment plusieurs pages irréprochables , comme, par exemple, ce petit tableau d'intérieur;

La mère de l'amille a quUlé la maison ; Elle dort mainlenant sous la colline verte. Le père s'est assis dans la salle déserte, Tandis qu'à l'àtre éteint fume un maigre tison.

Le père s'est assis les coudes sur la table,

En pressant dans ses mains un front chargé d'ennui ;

Ses trois fils aux bras forts, rangés autour de lui, Ne sauraient soulever le fardeau qui l'accable.

Mais la petite fille a neuf ans pour le moins ! La petite descend, va, vient, court, se trémousse, Elle commande aux gens et grossit sa voix douce, Ménagère à l'œil bleu, qui jouait dans les foins!

C'est aussi un esprit tout parisien que M. Blaze de Biiry, malgré ses prétentions allemandes (il a traduit Faust et publié tout un volume sur les écrivains et poètes de l'Allemagne) ; mais c'est surtout un artiste, un amoureux de la forme, un musicien qui fait des vers, ou, si vous aimez mieux, un poète qui écrit des partitions. Ses Intermèdes et Poèmes auraient pu paraître chez Escudier tout aussi bien que chez Michel Lévy; ils sont vifs, légers et entraînants comme le Comte Onj et le Domino noir, faciles à lire ou à entendre, mais j'y trouve de nombreuses réminiscences, bien plus de souvenirs que d'inspirations originales ; pour tout dire, beaucoup d'échos et fort peu de voix :

Musique italienne et musique allemande,

C'est une question qui ne finit jamais;

L'un proclame l'orchestre et l'autre le gourmande;

Celui-ci n'a de goût que pour les grands elTets,

Les modulations, les clairons et leur bande;

Celui-là veut un air sentimental et frais...

Vous aimez Bellini, je suppose, madame.^

Et certes, volontiers, je conviens avec vous

Que c'est un enchanteur dont la voix porte à l'àme,

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