M. BLAZE DE BURY
Un maestro divin, et que, si j'étais femme, Ce cygne élégiaque, harmonieux et doux, Je le préférerais à Mozart comme à tous.
11 avait des accents de tendresse divine.
De suaves langueurs d'un délire inûnij
C'était le chant d'Orphée au fond de sa poitrine,
Une amoureuse voix soupirant son ennui.
Un poëte a parlé des larmes de Racine ;
Ne chantera-t-on pas les pleurs de Bellini î
Trala la la, tra la la la, quel est donc cet air? Ah ! oui, je m'en souviens, il est de l'auteur de Mardoche, de ce maestro qui est mort après avoir trouvé comme tant d'autres au fond de la coupe plus d'absinthe que de miel, et après avoir fondé toute une école de guitares et de refrains andalous dont je souhaite que votre bon ange vous préserve, madame et mademoiselle qui lisez ce livre près de votre chaste foyer. Mais ses élèves n'ont pas toute la valeur incontestable de M. Blaze de Bury, qui , tout en imitant , sait imprimer à ses œuvres un cachet d'originalité. Dans ses Intermèdes et Poèmes, il y a un drame, un épisode delà vie littéraire, dont l'accent, nouveau et d'une réalité douloureuse, mérite l'attention : c'est l'histoire de Jenny Plantin , une pauvre fille éprise de littérature qui s'est amourachée d'un faiseur de vers , d'un fruit sec de la poésie , la pire espèce des fruits secs. Elle l'épouse avec la perspective que les œuvres de « son poëte, » en attendant la gloire et la fortune, feront toujours bien
marcher le ménage et bouillir le pot-au-feu. Hélas! hélas ! le piètre rimeur ne produit rien qui vaille :
... Le public le trouvait assommant.
Et Jenny de crier à l'injustice, à la sottise du public, à la jalousie des rivaux, au poëte Incompris ! La pauvre enfant finit par se percer le cœur, s'imaginant que c'est elle-même qui tient l'inspiration de son époux enveloppée dans les langes de la vie domestique, et que, elle partie, ce poëte endormi dans l'impuissance retrouvera l'accent du génie. Or, savez-vous ce qu'il advient de ce beau sacrifice? ce malheureux va se consoler au cabaret en compagnie du poëte Grimaud, de l'illustre dramaturge Monestier et de Saint-Godard :
On mangea le veau gras, l'arrosant de son mieux Dans des flots de Champagne et de bourgogne vieux !
Dans ses Vierges du foyer, M. Barillot s'est eflForcé de rester pur et lisible à peu près pour tout le monde; mais, chose étrange et caractéristique, il en demande pardon dans sa préface , comme naguère certains poètes cherchaient à s'excuser des licences de leur inspiration. Sa muse n'emprunte absolument rien i\ l'art , elle est couronnée de fleurs fraîches et naturelles, cueillies dans les champs, au bord d'une source pure, par une matinée printanière. Elle