‹ Les signes du tempsChapitre 5 sur 148 · MM. DEMOGEOT ET ROBIOL · texte numérisé non relu

MM. DEMOGEOT ET ROBIOL

au milieu des portraits austères de ces personnages tout bardés d'érudition, de ces nouveaux Sicambres dont le front s'est courbé devant les douces vertus et l'incomparable éloquence du saint évêque. Malgré ces lacunes, on ne saurait disconvenir que le recueil de M. Feugëre ne soit le produit d'une érudition du meilleur aloi. On voit que l'auteur est de la race des hommes dont il a écrit l'histoire, race forte et patiente dont la vie s'est écoulée dans la recherche pénible et désintéressée de la science.

MM. Demogeot et Robiou^ sont, comme M. Feugère, du petit nombre des lettrés érudits qui n'ont pas éparpillé leur savoir dans les feuilles périodiques. Ils sont voués au professorat, et il ne faut pas leur demander les qualités gu les défauts qui font le succès de la critique légère : l'élégance, l'esprit, le trait vif et piquant, l'actualité, comme nous disons, nous autres journalistes. Ils viennent, toutefois, de traiter l'un et l'autre un sujet fort à la mode aujourd'hui : la littérature française dans la première moitié du dix-septième siècle, avant Descartes et Corneille. Mais si le sujet sur lequel s'est portée l'attention des deux écrivains est le même, il y a dans leurs

1. Tableau de lu littérature frauçum au XVII^ siècle, avant Corneille et Descartes, par Jaeque.s Demogeot. I vol. in-8, Î8â9. — Essai sur t'Iiisloirc de In littérature et des luwurs pendant la première moitié du XVII« siècle, par Félix Robiou. 1 vol. in-8,

procédés et leur point de vue des différences capitales. M. Demogeot, qui est à M. Nisard ce que M. Geruzez était à M. Villemain, c'est-à-dire un suppléant et une doublure, aime à suivre tranquillement les sentiers battus. M. Robiou se jette volontiers, et un peu à l'étourdie, au plus touffu des halliers et des broussailles. Il y a peu de chose à apprendre chez le premier, qui travaille souvent sur des matériaux de seconde main. Il y a trop à recueillir chez le second, dont le livre, assemblage un peu confus de matériaux et de notes, renferme sur des écrivains de dernier ordre une multitude d'appréciations et de détails qui nous semblent presque toujours peu dignes des souvenirs de l'histoire. Assurément les progrès de la science et la légitime curiosité des lecteurs exigent qu'à chaque nouveau livre sur un sujet ancien on fouille plus profondément le champ de l'érudition; mais le bon goût veut qu'un grand esprit de discernement préside à ce travail et qu'on n'entasse pas les découvertes dans un pèle-raêle peu attrayant.

Il faut d'ailleurs le reconnaître, il n'est pas facile d(î garder en pareille occasion un juste équilibre et une mesure parfaite. Tout le monde ne possède pas cet heureux mélange de qualités, en apparence contradictoires, mais sagement tempérées, qui permettent de vulgariser les connaissances érudites, de voiler les aspérités du savoir sous la grâce et la sim-

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