‹ Les signes du tempsChapitre 51 sur 148 · CHANSONS .V DANSER · texte numérisé non relu

CHANSONS .V DANSER

M. Moreau de la verve, de l'esprit, une morale irréprochable, qui contrastent avec l'insignifiante médiocrité ou la légèreté coupable de la plupart des chansons à danser. Quant aux airs, l'auteur a conservé avec raison ceux qui ont reçu la sanction du temps et qui tiennent de l'habitude une véritable puissance : ce sont les vieux airs français, ceux qui ont fait la joie de nos arrière-grands-pères et qui amuseront sans doute encore les enfants des siècles futurs.

M. Marcellin Moreau a donc sous tous les rapports atteint le but utile et modeste qu'il se proposait. En dirai-je autant du Béra.nger des familles, de cette étrange fantaisie du cher Perrotin qui vient frapper à la porte du foyer domestique avec la prétention hautement avouée de placer sur les lèvres de nos femmes et de nos filles des refrains qui n'avaient infesté jusqu'à ce jour que les ateliers, les mansardes, les casernes , les estaminets et les collèges malpropres ? Quels sont donc les droits du chantre de Lisette et de Frétillon au titre de poète des familles? Il a bafoué sans pudeur tout ce qu'on apprend à aimer et à respecter dans une maison honnête et chrétienne : la religion, la royauté, le mariage, les sentiments purs, la sœur de charité, la nourrice, la grand'mère, et jusqu'à l'ange gardien. Nul n'a plus que lui contribué à désapprendre le respecta notre malheureuse généra-

tion en attaquant l'autorité à tous ses degrés et sous toutes ses formes, depuis celle de l'Eglise jusqu'à celle du père; en ameutant tour à tour le faubourien contre le monarque , le soldat contre ses chefs , le paroissien contre son curé, le contrebandier contre la douane, le collégien contre ses professeurs, le vagabond contre le gendarme, et tout le monde contre la pudeur, contre la fidélité, contre la justice et contre Dieu. Belles leçons de morale domestique, en vérité ! — Mais, dit-on, le Déranger des familles ne contient que des chansons expurgées. — Il est d'abord très-douteux qu'on puisse jamais expurger les œuvres de Béranger; elles échappent au donec corrigatur, comme celles de Piron, de Parny, de Chouippe, de Crapulet et de Gautier. En tout cas, l'édition qu'on nous présente comme telle, et qui est ornée d'une vignette où l'on voit deux jeunes iîlles souriant à l'auteur de la Gaudriole, a été confiée à une main d'une indulgence excessive en matière de correction. Elle fourmille de refrains impurs et d'impiétés bêtes. J'y trouve la justification du suicide dans îa chanson sur la mort d'Escousse et de Lebras :

Et, vers le ciel se fra\ant un clicrjiiii. Ils sont partis en se donnant la main.

Plus loin, une invitation à ne pas payer ses impôts :

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